Syrie: l'Europe prête à intervenir sans l'accord de l'Onu

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L'Occident a évoqué pour la première fois "l’usage de la force" en Syrie, sans prendre en compte la position du Conseil de sécurité des Nations unies, écrit vendredi 23 août le quotidien Kommersant.

L'Occident a évoqué pour la première fois "l’usage de la force" en Syrie, sans prendre en compte la position du Conseil de sécurité des Nations unies, écrit vendredi 23 août le quotidien Kommersant.

Cette annonce fait suite au blocage, par Moscou, du message du Conseil de sécurité adressé aux autorités syriennes exigeant d'autoriser les inspecteurs internationaux à examiner les lieux de la récente attaque chimique. L'opposition syrienne a affirmé que le président Bachar al-Assad avait fait coïncider l'utilisation de l'arme chimique avec l'arrivée des inspecteurs de l'Onu, espérant que les rebelles seraient tenus pour responsables. Selon le ministère russe des Affaires étrangères, les informations sur l'implication de l'armée d'al-Assad dans l'attaque sont une "provocation" et les experts interrogés y voient plutôt un acte de la "troisième force" – les islamistes radicaux.

"Si le Conseil de sécurité de l'Onu ne peut pas prendre de décisions, elles doivent être prises d'une autre façon", a averti hier le ministre des Affaires étrangères français, Laurent Fabius, ajoutant que "l’usage de la force" serait nécessaire si l'utilisation de l'arme chimique était confirmée. Cette annonce a suivi la réunion extraordinaire du Conseil de sécurité sur le projet de communiqué à adresser aux autorités syriennes pour qu’elles fournissent aux inspecteurs de l'Onu l'accès à la Ghouta, à l'est de Damas. C'est à cet endroit, selon l'opposition syrienne, que l'armée gouvernementale aurait employé l'arme chimique dans la nuit de mardi à mercredi, tuant 1 300 personnes.

L'attaque en elle-même est confirmée par des dizaines de vidéos, de photos et de témoignages. Quant aux responsables de cet acte, les avis divergent. "Al-Assad joue depuis longtemps la même comédie : lorsque les observateurs internationaux arrivent dans le pays, il lance des opérations militaires contre sa population car il sait qu'au final on fera porter le chapeau à l'opposition", a déclaré Mahmoud al-Hamza, porte-parole du Comité de soutien à la révolution syrienne en Russie. Cette fois, selon ses propos, les inspecteurs de l'Onu ont été autorisés à visiter seulement trois sites et ils ne se rendront pas dans la banlieue de Damas frappée par l'attaque chimique – d'autant que le communiqué adressé à Damas a été bloqué par la Russie et la Chine et n'a donc pas été approuvé par le Conseil de sécurité.

La Russie doute que les autorités syriennes aient utilisé l'arme chimique. Selon le porte-parole de la diplomatie russe Alexandre Loukachevitch, il s'agit d'une "provocation" qui vise à "obtenir à tout prix un prétexte pour exiger du Conseil de sécurité qu’il passe du côté des opposants syriens et sape les chances d'organiser la conférence de Genève. Le diplomate souligne que le missile a été lancé depuis un territoire contrôlé par les rebelles. "L'armée syrienne libre contrôle effectivement l'oasis de Ghouta mais ne peut pas utiliser l'arme chimique contre ses propres hommes, rétorque Hamza. Il serait plus logique d'envoyer ces missiles dans les régions contrôlées par le gouvernement ou d’attaquer les positions des militaires."

Vladimir Sotnikov, expert au Centre de sécurité internationale à l'Institut d'économie mondiale et des relations internationales de Moscou, reconnaît qu'il n'est pas favorable, pour l'opposition, d'utiliser l'arme chimique maintenant. "L'opposition, soutenue financièrement et militairement par l'Occident, n'aurait pas provoqué la communauté internationale, qui plus est au cours d'une visite des observateurs", a-t-il expliqué. Toutefois, selon l'expert, les autorités ne sont probablement pas non plus impliquées car à l'heure actuelle "l'initiative est entre leurs mains". Dans ce sens, l'expert suppose qu'une "troisième force" en serait responsable, par exemple le Front al-Nosra ou une autre organisation islamiste.

Dans ce cas, l’usage de la force en Syrie mentionnée par Fabius deviendrait de plus en plus réel. Néanmoins, Vladimir Sotnikov pense que le ministre français "met en garde Assad" une nouvelle fois car ni les Européens ni les Américains ne sont prêts à s'ingérer dans la gravissime crise syrienne. Les opposants syriens semblent également avoir perdu tout espoir de recevoir une aide extérieure directe. "Aujourd'hui Fabius dit une chose, se plaint Hamza. Et dans une semaine il l’oubliera."

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