Egypte 2013 : un coup d'Etat militaire et populaire

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La seconde révolution en Egypte ne fait que commencer et l’opinion publique se demande si les militaires égyptiens ont réellement été les exécutants de la volonté du peuple. Le nombre élevé de mécontents face aux agissements du « Pharaon-islamiste » ne fait désormais aucun doute. Le simples gens et les fonctionnaires, les milieux d’affaires, et même la police, étaient contre lui.

L'ambassadeur d'Egypte aux Etats-Unis Mohamed Tawfiq a déclaré dans une interview au magazine Foreign Policy: « Ce fut un soulèvement populaire. L'armée ne l’a pas lancé. Et ils se sont immiscés uniquement pour éviter la violence. »

Les violences ont d'abord été provoquées par les meetings rassemblant des millions d’adversaires de Morsi. Mais l'armée a une nouvelle fois décidé d’éliminer non pas les conséquences de ces violences, mais leur origine. Le premier président démocratiquement élu a été écarté du pouvoir, des arrestations ont eu lieu au sein du parti au pouvoir dans le pays. Par ailleurs les médias pro-présidentiels ont été fermés et les démarches visant la formation d’un nouveau gouvernement ont été coordonnées. En théorie, c'est ce qu'on appelle un coup d'Etat militaire, ce qui suscite le doute chez de nombreuses personnes. Le Wall Street Journal a même dressé un parallèle : « Les Egyptiens seraient heureux si leurs généraux suivaient le même chemin que Pinochet, qui a pris le pouvoir au milieu du chaos, a engagé des réformateurs pour créer un marché libre et assurer la transition du pays vers la démocratie. »

Cela ne fonctionnera pas. Les experts affirment que les généraux égyptiens ne veulent pas assumer le fardeau de la direction du pays. Il est par ailleurs évident que personne n'est plus en mesure de résoudre la profonde crise économique, améliorer la vie des Egyptiens et devenir leur président bien-aimé.

Mais l'armée égyptienne ignore la notion de crise. Il s'agit d'une institution autonome, fermée et neutre avec une unité de puissance indépendante, sa propre économie et son budget. Cela n’a eu aucune influence sur l'aide financière américaine à l'armée égyptienne, à l’intention de laquelle Washington a déjà débloqué en mai une tranche à hauteur de plus d'un milliard de dollars, ce qui constitue sa part pour l’année en cours. La prochaine tranche n’arrivera pas avant le printemps prochain.

Peut-être que Morsi a provoqué une vague de mécontentement au sein de l'armée en destituant en août 2012 le chef du Conseil suprême des forces armées (CSFA), le maréchal Hussein Tantawi et le chef d'état-major Sami Anan. Mais selon les experts, il s’agissait d’un accord passé avec l'armée. Quant à Tanawi, il s’est trouvé lui-même un successeur, le général al-Sissi.

Mais il faut compter avec la communauté internationale. Les risques d'une intervention militaire et la spontanéité sont également relatifs. La réaction des autres pays, l'ancien chef du renseignement militaire, le général al-Sissi semble également l’avoir calculée à l'avance. Au début de mai, une source fiable au Caire a indiqué à un journaliste américain: « Les militaires reprendront le pouvoir dès l’automne et les pays occidentaux sont d’accord. » La seule condition, c’est que l'armée doit avoir une « apparence civile ».

C’est un gouvernement civil par intérim qui contrôle actuellement l’Egypte. Apparemment, les généraux ont prévu toutes les variantes de développement des événements. Ils avaient un plan qui tient compte de tous les détails militaires et politiques des actions de l'armée. Mais il est nécessaire de prendre en compte une chose: lors d’une intervention armée des Frères musulmans pour renverser leur président, une Révolution de velours est impensable. De même, dans le contexte du mécontentement général et des protestations de masse, il était impossible que les Frères musulmans se maintiennent au pouvoir et sortent le pays de la crise. Il n’y avait aucune autre issue.

Lorsque récemment les journalistes ont demandé à un général en retraite si le président légalement élu a le droit de « conserver son poste jusqu’à la fin de son mandat », ce dernier a répondu : « Il en a tout à fait le droit. Mais vous voulez que j’attende que mon pays s’effondre ? ». De toute manière, on n’a pas trouvé de meilleur moyen pour maintenir l’ordre devant la menace de guerre civile. Seule l’armée en était capable. T


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