Kosovo 1998 : voyage à Pristina

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Le 16 octobre 1998, je me retrouvai à Pristina, la route avait été difficile et dangereuse. Mais encore une fois d’anciennes connaissances et de bons amis m’avaient aidé. Mon premier choc fut le nombre incroyable d’antennes paraboliques. On regardait la « télévision musulmane », le plus souvent Istanbul et les émissions religieuses des riches pays arabes. On a fait le plein d’islam. J’ai remarqué que même entre Albanais les relations n’étaient pas au beau fixe : ceux qui communiquaient et étaient amis avec les Serbes passaient pour des traîtres. On m’a expliqué qu’il valait mieux parler albanais avec ses compatriotes.

A Pristina, la population a une vieille habitude, celle de se retrouver dans de petits bars. Certains sont réservés aux Albanais, d’autres aux Serbes. Les clans des familles Demaci, Kelmendi, et Krasniqi étaient considérés comme les plus influents et les plus riches. Ils pouvaient passer des accords avec leurs « partenaires » en Albanie et en Europe. Ce sont ces gens qui finançaient généreusement l’Armée de libération du Kosovo (UCK).

Durant l’été, l’UCK contrôlait encore les deux tiers du Kosovo. A Pristina, j’ai rencontré un collègue journaliste, Milovan Drecun. Il travaillait alors au Kosovo. Milovan m’a appris que dans l’UCK, d’après des sources militaires occidentales, on trouvait beaucoup de soldats Britanniques. Ils avaient commencé à arriver au Kosovo début mars. Il s’agissait en général de retraités expérimentés ayant servi de longues années dans les unités spéciales de l’armée britannique. Ils accomplissaient une mission de consultants auprès des militaires albanais. On ne peut exclure l’éventuelle implication de mercenaires dans les combats. Les services de ces mercenaires étaient payés au prix fort : 2 000 dollars U.S. par mois avec des « primes » pour la destruction des véhicules blindés et des troupes serbes.

Les provocations de l’UCK n’ont pas cessé, même après l’armistice. Voici un bref résumé établi par le ministère de l’Intérieur de Serbie :

« Le 17 octobre, dans le village de Dragobilje, un groupe de l’UCK a mitraillé un poste de police au lance-grenades. Des hommes du ministère de l’Intérieur serbe ont confirmé qu’un assaut avait été mené avec des mitrailleuses et des fusils automatiques dans les villages de Kraljanje, Sipolje, Dulje et d’autres. Un poste de police a été pris pour cible dans le village de Vranjevac. L’attaque terroriste de la ville de Podujevo avait été bien préparée. Des grenades ont été jetées contre un poste de police dans le centre de la ville, et au même moment, dans l’une des rues de la ville une patrouille de police a été la cible de tirs, et l’un des points de contrôle à l’entrée de la ville a également été attaqué. Dans le village de Donja-Bitinja la maison d’un policier serbe d’origine albanaise a été attaquée. Un jeune policier a été tué dans le village de Dragobilje. Un gardien de la mine de Belasevac a été grièvement blessé par les terroristes. Un représentant des forces de l’ordre a été blessé par balle dans le village de Mirena. »

Tous les faits indiquent que l’UCK a instauré une terreur sourde et maintient cette tension tant que les commanditaires l’ordonnent. Ce scénario n’est pas nouveau et a déjà fait ses preuves. Richard Holbrooke avait bien mis en garde les Albanais locaux, leur indiquant qu’ils « feraient mieux de ne pas plaisanter avec la mission de contrôle de l’OSCE. » Ce n’étaient que des mots, dans les faits c’est différent.

Le principal est que les Américains sont arrivés en Yougoslavie sous la bannière de la « protection des malheureux » (la même que celle utilisée en Bosnie et en Croatie). Et alors ils ont pu contrôler de près Milosevic en levant ou en étendant les sanctions. Le niveau de vie en Serbie est tombé jusqu’à devenir « mauvais ». Si jusqu’en 1991 un ouvrier touchait 2 000 deutschemarks par mois, à présent il en gagne 200. Les gens se sont mis à vivre sur leurs réserves (du temps de Tito, la population avait dans des bas de laine quelque 50 milliards de dollars U.S.) ou à travailler au noir.

Il y avait beaucoup d’armes dans la région et de nombreux « chiens de guerre » prêts à effectuer n’importe quelle « besogne sanglante » pour 1 000 dollars U.S. Il est évident que l’Albanie qui ne dormait pas et ne se voyait pas dans un Etat unique avec les Kosovars – c’est-à-dire avec les Albanais du Kosovo – a essayé d’aider ses frères de sang et ses frères par la foi. Dans les mots, l’Albanie et ses dirigeants ont soutenu le règlement de la « crise du Kosovo » par la voie pacifique et par le biais des négociations, mais par leurs actes, ils ont aidé moralement l’UCK, ainsi que Rugova et Thaci. Pendant longtemps, les arsenaux étaient illégalement transférés entre l’Albanie et le Kosovo. Officiellement il a été reconnu que la population albanaise détenait 1,2 million d’armes à feu. T

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