En attendant la fin du monde

© © Photo: KinoPoisk.ru, capture d'écran du film Corps et biensEn attendant la fin du monde
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A la prochaine édition du festival de Cannes, la Russie sera représentée par le

A la prochaine édition du festival de Cannes, la Russie sera représentée par le film Corps et biens (en russe Otdat’ konci, littéralement : Larguez les amarres) de Taïssia Igoumensteva inclus dans le programme « Séances spéciales ». Il ne figure pas dans la compétition mais l’attention que nous y portons n’en est pas moins intense car il s’agit du premier grand film de la jeune réalisatrice de 24 ans, qui a eu la chance d’être remarquée dès la fin de ses études de cinéma. L’année dernière, son court-métrage En chemin a reçu le Grand prix de la Cinéfondation, qui récompense les œuvres d’étudiants à Cannes, et peu après, le Grand prix du jury au Festival international des écoles de cinéma à Poitiers. La nouvelle production n’est pas quelque chose d’inspiré par la réussite : son idée était née bien avant « l’aventure cannoise », mais en même temps, elle en est un peu tributaire. C’est au retour de Cannes que Taïssia apprend l’approbation par le Ministère russe de la culture de son projet Corps et Biens, approbation équivalant financement. Avec ce soutien elle peut se permettre de réaliser son rêve, faire un film tragicomique.

T.I. C’est un film qui traite plusieurs histoires parallèles où il n’y a pas de personnages principaux ni secondaires. En tout, on voit dix personnes, plus le chien Rambo et la vache prénommée Bonbon. J’espère que le public appréciera car notre film est fait avec sincérité, et il plein d’humour peu banal. Nous avons essayé de réhabiliter la notion de comédie dans le cinéma russe.

VDLR. Le film de Taïssia Igoumentseva parle d’un petit village dont les habitants apprennent la fin du monde. Avant d’évoquer ce qui suit quelques mots sur le lieu où tout se passe.

T.I. Il est difficile d’appeler cela un village même si c’en est un. C’est un lieu étrange. Nous sommes partis évidemment des images de vie russe mais en transposant notre récit dans un espace surnaturel, fantastique. Les habitants du village, des drôles de types, passent leur temps en allant le soir à leur maison de la culture locale pour voir des films d’art et d’essai. Il y a parmi eux un érudit qui a installé quelque chose comme l’homme de Vitruve devant son isba. Le lendemain, ces gens se réveillent dérangés, qui par un générateur vrombissant, qui par la vache des voisins. Et puis un jour, ils apprennent la nouvelle sur la fin du monde qui approche. Un désordre commence. Chacun se décide à faire ce qui aurait été impensable dans la vie ordinaire. Quelqu’un désespère et se creuse une tombe, un autre commet un suicide, mais pas un vrai, un suicide mental. Or l’histoire est insolite, riche en images et examinant une variété de types humains.

VDLR. Les types humains et leur comportement, c’est, on peut déjà être sûr, ce qui intéresse le plus Taissia Igoumentseva. Son court-métrage parlait de la solitude de l’homme moderne dans les grandes mégalopoles. La seule occupation qui donnait du plaisir au héros de son film était de sortir dans une zone résidentielle et de traiter les gens qui l’entourent de tous les noms. Étrange? Oui et non,car insulter était, pour le héros, un moyen de se détacher de la dureté du quotidien et de se montrer – un acte à la fois triste et comique. Le nouveau film adopte le même regard. Mais une question se pose tout de même. Si c’est une comédie, n’est elle pas un peu trop noire? Eh bien non, car la fin du monde ne vient pas. Elle ne vient pas tout en affectant profondément les personnages. Taïssia Igoumentseva :

T.I. Tout le monde vit une révision des valeurs. Ils comprennent que ce qui a été dit et fait durant l’attente de la catastrophe doit maintenant être corrigé. Les uns se cachent dans leur maison, d’autres n’osent pas regarder leurs voisins dans les yeux. Je ne veux pas dévoiler tout, mais le public comprendra de quoi il s’agit. C’est une histoire sur les rapports humains où il y a de la place pour l’amour, la solitude, les rêves. Et puis le dénouement est aussi très amusant.

VDLR. Or, la fin du monde ratée tournée par la jeune Taïssia Igoumentseva et qui sera présentée à Cannes dans le cadre des « Séances spéciales » a l’air d’être pleine de subtilité et d’humour. C’est un film fait par une équipe de jeunes comme elle partageant ses goûts et ses ambitions. Leur objectif est de créer une œuvre qui ne ressemble à rien et à personne d’autre. Souhaitons de la chance à la réalisatrice, ainsi qu’à ses confrères, et espérons voir prochainement Corps et biens sur grand écran en Russie et en France. A propos, un autre film russe qui sera projeté prochainement à Cannes est un court-métrage La norme de vie de Evgueny Byalo, sélection Cinéfondation.

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