La "Stratégie 3-2-1", dernière chance de Romney

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Mitt Romney a une chance de devenir président des Etats-Unis. Certes une chance théorique, mais elle existe.

Mitt Romney a une chance de devenir président des Etats-Unis. Certes une chance théorique, mais elle existe. La stratégie du gouverneur du Massachussetts a été résumée par l'un des représentants les plus odieux du parti républicain, Karl Rove.

Aucune fraude, simple calcul

L'idée est la suivante : pour remporter la victoire à l'élection présidentielle américaine, il faut s'imposer dans six Etats indécis. Rove est une personnalité très controversée mais sa théorie mérite de s’y attarder un peu.

Il a en effet schématisé le système électoral américain et a mis en place une stratégie qui mène à la victoire : un système baptisé "3-2-1", soit le nombre et la succession d’Etats où il faut obtenir la majorité des voix pour être élu président.

Les trois premiers Etats sont l'Indiana, la Virginie et la Caroline du Nord, les deux suivants sont la Floride et l'Ohio et, enfin, une victoire est nécessaire dans l'un des sept Etats suivants :
le Wisconsin, le New Hampshire, la Pennsylvanie, le Michigan, le Nevada, le Nouveau-Mexique ou le Colorado.

Les autres Etats sont, traditionnellement, soit démocrates soit républicains - ou le nombre de voix n'influence pas l'issue de la présidentielle.

Grands électeurs


Selon le système électoral en vigueur aux Etats-Unis, chaque Etat regroupe des grands électeurs, qui correspond au nombre de représentants de cet Etat au congrès.

Seule exception : le District de Columbia, où se situe Washington, la capitale. Sans disposer de représentants au congrès, il possède pourtant trois voix de grands électeurs.

Plus la population de l'Etat est élevée, plus les grands électeurs sont nombreux. Par exemple, la Floride dispose de 27 voix, tandis que la Californie en a 55. De cette façon, une victoire en Californie est plus importante qu'une victoire dans le Montana, l'Idaho, le Kansas, le Nebraska, l'Oklahoma, l'Utah et la Géorgie réunis.

Celui qui remporte la majorité dans un Etat recueille le nombre correspondant de voix des grands électeurs. A l'heure actuelle, le collège électoral comprend 538 grands électeurs.

De cette manière, il est nécessaire d’obtenir 270 voix de grands électeurs pour remporter la présidentielle et la majorité absolue de votes dans l'ensemble des Etats ne garantit pas la victoire à l'élection.

Cette situation s'est déjà produite à trois reprises dans l'histoire américaine. En 1876 avec la victoire de Hayes sur Tildon. En 1888, quand Harrison s'est imposé face au président sortant, Cleveland. Et en 2000 lors de la victoire scandaleuse de George W. Bush face à Al Gore.
Il est à noter que ces trois vainqueurs étaient républicains.

Ce système électoral a été critiqué à maintes reprises aux Etats-Unis mais pour l'instant telle est la réalité.

Les Etats indécis

C'est la raison de l'importance des Etats indécis. Le nombre de sympathisants républicains et démocrates y est presque égal et jusqu’à aujourd’hui, les candidats gagnaient dans ces Etats avec un avantage ne dépassant pas la marge d'erreur.

On constate à quel point les voix de ces Etats sont importantes en regardant où Romney et Obama ont mis l'accent dans leur campagne. Dans les Etats indécis, bien sûr.

Romney n'a pas cherché à séduire la Californie, pas plus qu'Obama n'a cherché à s'attirer les faveurs du Texas. Le fait est que même si les candidats avaient fait des efforts inhumains pour mettre de leur côté quelques millions de voix dans ces Etats, ils perdraient de toute façon.

Dans les Etats indécis par contre, le déchaînement des passions atteint son apogée.
Depuis quelque temps par exemple, la presse publie les nouvelles de Virginie sous l'intitulé de "Champ de bataille Virginie" : l’écart entre les candidats y est inférieur à 1%. Une attention particulière est également accordée à l’Ohio. Beaucoup d'experts pensent que le vote dans cet Etat déterminera l'issue de la présidentielle.

La critique de Rove

Depuis son annonce dans la presse, la stratégie "3-2-1" a été particulièrement critiquée.

Bien que la figure de Rove soit scandaleuse, on ne peut pourtant pas nier son talent. Rove, qui a aujourd'hui 61 ans, travaille dans les campagnes électorales depuis 1978 et était aux côtés de Bush en 2000 et en 2004.

De nombreux experts, y compris républicains, affirment que c'est Rove qui a remporté la présidentielle pour Bush. Après sa sortie de la grande politique - du moins officielle -, Karl Rove a commencé à travailler en tant que consultant permanent pour Fox News, Newsweek et Wall Street Journal.

Dans sa rubrique publiée dans le WSJ le 1er novembre, Rove écrit que Romney remportera l'élection avec 279 voix de grands électeurs. Ce qui lui a immédiatement valu une violente critique.

La réaction la plus émotionnelle fut celle d'un journaliste du Washington Post, qui écrit que
Rove "jette un tas de fumier sur les Américains pour voir s'il germera une fleur".

Rappelons les propos du célèbre psychologue américain Dale Carnegie : "Personne ne donne de coups de pieds à un chien mort". Si l'idée de Rove était infondée, nul ne la critiquerait et elle aurait été simplement ignorée dans le flux des appréciations d'experts qui circule dans la presse à la veille de la présidentielle. Par conséquent, quelle que soit la réputation de Rove, sa stratégie mérite attention.

Il sera possible de la tester en pratique pendant l'élection. Quant au candidat républicain, il a désormais une chance, même si elle n'est qu’arithmétique.

Il y a seulement six mois de cela, il n'en avait aucune.

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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