La Légion d’Honneur ou les largesses de la République

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Raymond Domenech, Karl Lagerfeld, Céline Dion, Césaria Evora, Johnny Halliday, Anna Wintour, John Galliano, Arnold Schwarzenegger, Mireille Mathieu… non vous ne vous trouvez pas dans une soirée mondaine du tout Paris ou encore d’une quelconque soirée au festival de Cannes ou soirée de gala, mais parmi des médaillés de la Légion d’Honneur.

La Légion d’Honneur… ah que cette médaille fit rêver plus d’un grognard de l’Empereur, il suffit de s’en convaincre en lisant les romans patriotiques tels que ceux d’Erckmann et Chatrian, « avoir la Croix, on attrape un colonel, un canon et on a une chance d’avoir la Croix ! », ainsi s’exprimait les âmes simples des soldats de Napoléon lors des campagnes en expliquant aux jeunes conscrits comment recevoir la médaille tant convoitée. L’Ordre de la Légion d’Honneur fut créé par le Premier Consul Bonaparte en 1802 en remplacement des médailles de l’Ancien Régime qui avaient été abolies, notamment le vénérable Ordre de Saint-Louis. Ce n’était pas seulement une médaille militaire même si dans ces temps de campagnes militaires héroïques et incessantes, elle fut surtout donnée à de vieilles moustaches.

Après les campagnes impériales, l’Ordre qui comptait plusieurs milliers de membres avait une telle audience et un tel rayonnement que le Roi Louis XVIII arrivé dans les fourgons de l’ennemi, et qui était un homme intelligent et relativement modéré ne pensa pas un seul instant à le dissoudre. Son frère le Comte d’Artois et dernier Roi de France, ne put à regret s’en défaire et les deux souverains, devaient par ailleurs la distribuer très largement. Elle fut toutefois un moment menacée, dans les moments troubles du retour de Louis XVIII après la balade de l’Empereur débarqué de l’île d’Elbe, escapade tragiquement terminée dans la morne plaine de Mont Saint-Jean. Par la suite la Légion d’Honneur se trouva vite comme un signe de ralliement, le ruban rouge fut porté fièrement par les demi-soldes, « ces débris glorieux » de l’Empire.

Soudainement, l’Ordre rappelait son origine, celle de la Révolution et des idéaux républicains, celle d’une révolution en opposition avec les ultras, ces royalistes sans concession qui souhaitaient le retour à la situation antérieure, celle de 1789 comme si rien ne s’était passé. A cette époque, il y avait donc ceux qui avait reçu la Légion d’Honneur des mains de Napoléon et ceux qui l’avaient reçu du Roi et la différence était grande ! Déjà la Légion d’Honneur se trouvait dévoyée, Louis XVIII fut très prolixe dans sa distribution dans l’idée de remplacer progressivement les « restes » gênants du précédent occupant du trône, et de régénérer l’Ordre. Les Monarchistes par ailleurs ne se firent pas souvent prier pour recevoir une distinction si convoitée, de tous temps les hommes eurent la faiblesse des distinctions, ce fut d’ailleurs le sens de sa création par Napoléon.

A l’époque elle apportait en effet des avantages substantiels, notamment accompagnée de pensions, l’Ordre fut par la suite une constante du pouvoir français, sous le Second Empire bien sûr, et enfin par la République qui continua de l’utiliser en l’associant étroitement au pouvoir, elle était restée et de loin la décoration la plus prestigieuse de la France. Après le premier et à fortiori le second conflit mondial, l’Ordre fut évidemment peuplé par les héros des deux guerres, les grands résistants, les déportés. L’Empereur avait été remplacé bien sûr par le Président de la République, qui est désormais le chef de l’Ordre de la Légion d’Honneur. C’est à partir de la Vème République que les choses se sont au fil du temps aggravées, les hommes et les femmes qui avaient combattu la tyrannie nazie, ceux qui avaient combattu dans nos guerres coloniales sont en train de nous quitter et de nombreuses places de l’Ordre sont chaque année disponible, mais pour les nouveaux gouvernements il ne s’agit plus que de quelques hochets à distribuer. La reconnaissance nationale en même temps que l’idée de la Nation ont disparu. Tous les présidents depuis François Mitterrand qui donna le coup de départ ont distribués cette médaille dans un népotisme scandaleux ou l’ont remise à de tristes sires…

John Galliano, que je vous laisse découvrir pour ceux qui ne le connaissent pas, fut même il y a peu dégradé de sa Légion, tellement la distribution large qui en a été faite, est devenue l’objet d’un trafic éhonté, trafic d’influences, de petites courbettes à ses voisins, d’opérations douteuses auprès des médias ou à l’étranger, une sorte de jouet, une babiole donnée à des personnalités qui n’ont jamais rien fait, ni pour la France, ni pour sa culture, ni pour les Français par ailleurs. Par tradition, les présidents en sont pourvus à leur investiture, ce fut le cas de François Hollande, il y a peu. Nicolas Sarkozy fut un grand distributeur, pas moins par ailleurs que Jacques Chirac, mais en la matière la distribution générale n’a pas de parti ! Nous avons récemment le triste exemple de Cécile Duflot ayant récompensé 28 personnalités douteuses plus ou moins de son entourage, et tant pis pour les qu’en dira-t-on !

Le Tartufe dans l’histoire est que cette brave dame est Ministre de l’Egalité… des Territoires et du Logement, le titre ferait rire, s’il ne donnait pas le droit à la distribution grasse du ruban rouge. Hier c’était le tour de Paul McCartney, Monsieur Hollande n’aura décidément pas jugé qu’en ce domaine le changement était pour maintenant. Un grand artiste que McCartney, ayant énormément œuvré pour la France… tellement œuvré que la scène de la remise ne pouvait que se faire dans l’hilarité, en pointant son pouce histoire de dire « Cool ! », en présence d’un président de la République non moins hilare. C’est ainsi, la Légion d’Honneur désormais fait rire, elle attriste aussi ces Français qui se désolent de voir brocarder l’institution comme si nous nous trouvions dans un « bordeau » ou la morale et la bienséance n’aurait de fait pas leur place.

La Légion d’Honneur qui fut par ailleurs donnée à quelques villes héroïques comme c’est le cas de Mâcon et de Chalon-sur-Saône pour leur résistance courageuse de 1814, est condamnée à être peuplée de quelques artistes étrangers qui n’ont que faire du ruban, à peine le plaisir de paraître l’histoire d’un jour devant des médias avides, peuplée de politiciens véreux parfois condamnés plusieurs fois pour des malversations, le tout encore encadré pour quelques années seulement par de vraies gloires de la Nation, les vieillards qui versèrent leur sang pour la Patrie. Le temps viendra, où nous n’aurons donc que quelques chapeaux à plumes de couturiers extravagants, des acteurs de cinéma à succès ou sempiternels multi récidivistes de la politique du plus grand parti français, « le parti du fromage ». L’Ordre malheureusement est à l’image de la France, en perdition ayant perdu jusqu’aux plus hautes institutions de l’Etat, le sens de la mesure, le goût de la France, la fierté d’être Français. /L

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