Ospray. Mirage volant

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Auriez-vous déjà vu un balbuzard pêcheur? Si cela ne vous dit rien qui vaille, je vous préviens qu’il s’agit de l’Ospray, appareil hybride américain capable de voler à la fois comme un hélico et comme un coucou normal de type conventionnel.

Auriez-vous déjà vu un balbuzard pêcheur ? Si cela ne vous dit rien qui vaille, je vous préviens qu’il s’agit de l’Ospray, appareil hybride américain capable de voler à la fois comme un hélico et comme un coucou normal de type conventionnel. Depuis le temps qu’on jase de nouveaux projets hydro et aérodynamiques, il était grand temps de sortir quelque chose de bien singulier. Les Russes, eux, ont réussi leur coup avec le soi disant monstre caspien, avion-amphibie capable de voler au ras de l’eau en utilisant les singularités du support aérien pour un transport de troupes en régime d’avion aquatique qui ne peut prendre de l’altitude. En revanche, la vitesse d’un tel avion-écranoplan est bien supérieure à un bateau. Malheureusement, le projet n’a pas réussi à se développer faute de moyens techniques et de bon vouloir des fonctionnaires de l’époque post-soviétique.

A peu près à la même époque les Américains ont développé leur prototype Ospray qui a trouvé son essor en version définitive de MV 22. Ce type d’appareil utilise des rotors basculants qui le rendent difficilement stockable à cause des pales de ses hélices parce que par trop encombrant sur un bâtiment de guerre. On parle de la marine parce que l’avion hybride devait remplacer le fameux hélicoptère américain Sea Knight CH-46 E. A la différence de ce dernier Ospray a un rayon d’action tout à fait étonnant qui se chiffre à 325 miles nautiques soit 585 kilomètres. Mais avec des réservoirs supplémentaires en version commando il peut facilement aller jusqu’à 900 kilomètres. Ce qui est aussi à mettre à son actif c’est l’obstination avec laquelle le Commandement suprême des forces armées des Etats-Unis veut ouvrir un nouveau chapitre dans l’histoire de l’aéronautique. En fait, il s’agit en quelque sorte d’un laboratoire volant qui, bien qu’opérationnel depuis 5 ou 6 ans, reste plus un concept qu’un avion normal. Les Américains ne sont pas à blâmer. Les Russes, quant à eux, ont développé une version de Soukhoï appelé Su-47 Firkin Berkut à l’aérodynamique instable. Les avionneurs cherchent des sentiers non battus et se disputent les lauriers des nouvelles découvertes.

Quoi qu’il en soit l’Ospray ne saurait être considéré comme un avion sans problèmes. Bien que présent dans les conflits armés en Afghanistan et au Proche-Orient, l’appareil reste tellement cher et délicat à l’exploitation que les pilotes font un signe de croix avant de gagner leur cockpit. Cela fait trente ans que les ingénieurs essaient d’en éliminer les carences mais l’avion continue de n’en faire qu’à sa tête. Il est peut être génial mais il y a toujours un système qui ne marche pas et cela est bien malin.

En plus de cela l’Ospray coûte très-très cher et les clients trinquent. Jugez-en par vous-mêmes ! Au tout début le prix du concept était estimé à 39 milliards de dollars. Le prix final frôle joyeusement 56 milliards avec 43 p.c. dans le rouge. A titre de comparaison, je peux vous dire qu’un avion de ligne du type Boeing est élaboré pour un prix allant de 1,5 à 2 milliards de dollars maximum même quand il s’agit d’un Dreamliner tout en plastique. Certes, les projets militaires ont une autre échelle de grandeur mais trop c’est trop. Le prix unitaire de cet oiseau aquatique est à 100 Millions de dollars ce qui fait plus que deux fois le prix d’un Soukhoi de 4ième génération plus. Impressionnant !

Pourquoi persévérer alors ? Ne vaudrait-il pas mieux faire quelque chose de plus prometteur ? Peut être que les gars au drapeau étoilé sont tellement habitués à se juger comme premiers dans toutes les disciplines qu’ils ne savent pas reconnaître leurs échecs ce qui est somme toute assez dangereux.

Si on applique à Ospray les paramètres d’un avion normal, on aura vite fait de comprendre que ce prototype n’est pas utilisable à grande échelle. Tout d’abord sa maîtrise requiert la plus haute qualification des pilotes ce qui de nouveau est très onéreux. Ensuite la règle générale veut qu’un avion soit simple, facile à manier et fiable. Aucune de ces conditions n’est respectée chez Ospray.

Bravo pour la persévérance des outre-atlantistes mais MV 22 restera un mirage volant qui ferait les joies des collectionneurs dans quelques dizaines d’années. Tout compte fait les Russes avaient peut être raison de renoncer à leur monstre caspien avant d’avoir claqué des tonnes d’argent et des années de recherche.

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