La guerre de 1812 vue par les médias russes de l'époque

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Pendant la Campagne de Russie (Guerre patriotique) de 1812, le magazine russe Russki Vestnik (le Moniteur russe) était considéré à juste titre comme une édition sociale et politique influente de tendance patriotique.

Pendant la Campagne de Russie (Guerre patriotique) de 1812, le magazine russe Russki Vestnik (le Moniteur russe) était considéré à juste titre comme une édition sociale et politique influente de tendance patriotique. Le magazine fondé par Sergueï Glinka, membre de la noblesse russe, se démarquait par des contenus antifrançais et antioccidentaux.

Russki Vestnik publiait les communiqués des opérations, des articles, des commentaires et des entrefilets sur la guerre, ainsi que des essais et des poèmes patriotiques. La guerre de 1812 y était présentée comme une de campagne de défense de la religion orthodoxe, de l'empereur russe et de la patrie. Afin d'améliorer le moral de la population, le magazine publiait en 1812 et 1813 des articles et des poèmes sur le patriotisme, le courage, la générosité et les autres vertus russes.

Russki Vestnik affublait les ennemis de la Russie, à savoir Napoléon et les Français, de traits grotesques. Aussi bien dans leurs odes solennelles que dans les contenus prosaïques, Sergueï Glinka et ses collaborateurs ne ménageaient pas les expressions les plus virulentes, voire insultantes en évoquant l'empereur des Français.

Le magazine collaborait régulièrement avec le comte Fiodor Rostoptchine, gouverneur de Moscou et père de Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur, qui finançait ses parutions. F. Rostoptchine rédigeait des proclamations patriotiques qu'il éditait sous forme de feuillets séparés ou bien les publiait dans le magazine. Les proclamations s'adressaient en apparence aux soldats et aux miliciens et étaient écrites dans la langue populaire. Elles étaient destinées à rassurer les Russes et à remonter leur moral en leur faisant croire que l'ennemi était sur le point d'être battu. Elles raillaient les Français et relayaient les communiqués officiels des opérations dans une langue compréhensible pour le peuple. Les proclamations étaient lues aussi bien à Moscou que dans d'autres villes russes. Au total, les chercheurs ont dénombré 57 proclamations de Moscou écrites entre juillet et décembre 1812.

La vague patriotique que la société russe a connue pendant la campagne de 1812, a contribué à la création à Saint-Pétersbourg du magazine Syn Otetchestva (le Fils de la Patrie). Nikolaï Gretch, rédacteur en chef et fondateur du magazine, ainsi que professeur de russe et secrétaire du comité de censure de Saint-Pétersbourg, s'est vu allouer 1.000 roubles par l'empereur Alexandre I. Le titre du magazine reprenait l'expression employée dans une lettre par le frère de Nikolaï Gretch, Alexandre, lieutenant d'artillerie mortellement blessé à la bataille de la Moskova (en août 1812). "Je mourrai, mais je tomerai en véritable fils de la patrie!" Le premier numéro du magazine a paru en octobre 1812, au moment dramatique de la guerre lorsque Moscou était occupée par la Grande armée.

Dans chaque numéro, le Fils de la Patrie publiait des proclamations et des articles visant à renforcer le patriotisme et la fierté nationale des Russes. Les ennemis (les Français) étaient dépeints de manière satirique ce qui était mis en relief par l'emploi d'un nouveau procédé, les caricatures réalisées par les peintres Venetsianov et Terebenev.

Le Fils de la Patrie était un hebdomadaire de 40 à 50 pages. Le magazine se démarquait par la diversité des genres: hormis les communiqués des opérations, il publiait des œuvres littéraires. Ainsi, le célèbre Ivan Krylov l'a utilisé pour la publication de ses fables patriotiques.

Dans chaque numéro, la section des Mélanges servait à la publication de petits entrefilets et reportages de 10 à 20 lignes sur la vie quotidienne de l'armée russe. Le personnage clé était un simple soldat russe, courageux, endurant, habile et prêt à se sacrifier pour la patrie. Etant plein de joie de vivre, il aimait les blagues, avait l'esprit de repartie et appréciait les chansons vigoureuses pleines d'entrain. Les Mélanges publiaient des chansons militaires et populaires.

Le succès du Fils de la Patrie a dépassé les attentes de l'éditeur. Le tirage initial de 600 exemplaires s'est avéré insuffisant: il a fallu procéder à une deuxième, ensuite à une troisième édition de tous les numéros de 1812, et ils ont immédiatement été écoulés.

Le journal Rousski Invalid (l'Invalide russe), fondé à des fins caritatives par l'homme des lettres Paul Wilhelm von Pomian de Pesarovius d'origine germano-balte, a connu un grand succès pendant la campagne de 1812. L'Invalide russe versait tous ses revenus aux soins des blessés et organisait par ailleurs la collecte de fonds en faveur des héros de la Guerre patriotique de 1812. Le premier numéro du journal a paru le 1er février 1813. Etant donné la mission noble du journal, l'Invalide russe a bénéficié du privilège d'être le premier à publier les communiqués des opérations ce qui lui assurait l'intérêt croissant du public. Dans un premier temps, le journal était publié sur six pages d'un format réduit. Les trois premières pages contenaient les actualités russes et étrangères, les trois autres, dites Rajouts, étaient destinées aux informations sur les donations aux œuvres caritatives et sur la situation financière du journal.

Severnaïa Potchta (le Courrier du Nord), ou Sankt-Peterburgskaïa Gazeta (le Journal de Saint-Pétersbourg), était un bihebdomadaire publié par le ministère russe des Postes à partir de 1809. Le journal rapportait les événements marquants de la vie sociale, politique et économique. Le déroulement de la campagne de 1812 a été présenté en détail, ainsi que la situation de l'armée russe la veille de la guerre, la formation de nouvelles unités dans les arrières, l'aide de divers groupes sociaux (dont les paysans) à l'armée en espèces, en vêtements et en denrées. Le journal a décrit en détails l'abandon tragique de Moscou par l'armée russe et la présence de l'armée française dans la ville, le grand incendie de cette dernière, les exploits des soldats russes sur les champs de bataille en Russie et au début de la campagne d'Europe. Plusieurs numéros du journal contenaient des rapports et des bulletins de Mikhaïl Koutouzov, général en chef des armées russes, adressés à l'empereur Alexandre I et rapportant les événements de la campagne.

 

Les informations sur la campagne de 1812 étaient diffusées par le biais de tracts publiés par l'imprimerie de campagne de l'armée russe et expédiés aux personnalités officielles. Les contenus des tracts étaient ensuite relayés par des journaux pour paraître sous forme de suppléments. Entre juillet et décembre 1812, près de 80 tracts ont paru contenant des informations sur les manœuvres de l'armée, sur les affrontements, sur les pertes subies par l'ennemi et sur les prises de guerre, ensuite sur la situation désastreuse de la Grande armée. Les tracts étaient lus en public devant de grandes foules.

Au cours de la campagne de 1812, on publiait également en Russie les journaux suivants: Sankt-Peterburgskie Vedomosti (les Nouvelles de Saint-Pétersbourg), Moskovskie Vedomosti (les Nouvelles de Moscou), Senatskie Vedomosti (les Nouvelles du Sénat), ainsi que le magazine Vestnik Evropy (Le moniteur de l'Europe).

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