Inédit: la Russie se dote de deux gouvernements…

© RIA Novosti . Ekaterina Shtukina / Accéder à la base multimédiaNouveau gouvernement russe
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La nomination des ex-ministres de l'ancien gouvernement russe dissous suite à l'élection présidentielle du 4 mars dernier aux postes d'assistants du président Vladimir Poutine et leur mutation au sein de l'administration présidentielle (cabinet du président) équivaut en fait à la formation d'un second gouvernement, déclarent les experts.

La nomination des ex-ministres de l'ancien gouvernement russe dissous suite à l'élection présidentielle du 4 mars dernier aux postes d'assistants du président Vladimir Poutine et leur mutation au sein de l'administration présidentielle (cabinet du président) équivaut en fait à la formation d'un second gouvernement, déclarent les experts. Probablement les ex-ministres continueront à exercer une influence sur le fonctionnement de leurs anciens ministères. On ignore encore quelle sera l'efficacité d'une telle structure

Après la formation du nouveau gouvernement le 22 mai dernier, le président russe Vladimir Poutine a signé des décrets sur la nomination des fonctionnaires clés du cabinet du président. La majorité des ministres de l'ancien gouvernement remerciés ont été nommés assistants de président. Ces postes ont notamment échu à Tatiana Golikova, ex-ministre de la Santé et du Développement social, à Elvira Nabioullina, ex-ministre du Développement économique, à Andreï Foursenko, ex-ministre de l'Éducation et de la Science, à Igor Chtchegolev, ex-ministre des Télécommunications et des Communications de masse, et à Iouri Troutnev, ex-ministre des Ressources naturelles et de la Protection de l'environnement. L'ex-ministre de l'Intérieur, Rachid Nourgaliev, a été nommé sous-secrétaire du Conseil de sécurité. Igor Levitine, ex-ministre des Transports, est désormais conseiller du président.

Un gouvernement parallèle
Ainsi, Vladimir Poutine, qui vient de quitter le siège du premier ministre pour retourner au Kremlin, a été suivi par la majorité des ministres de son gouvernement. Ces personnes supervisaient les réformes cruciales au sein du cabinet précédent. Selon les experts, en tant qu'assistants du président, ils continueront à contrôler les changements dans leurs anciens domaines de responsabilité.

De fait, le président russe forme un second gouvernement au sein de l'administration présidentielle. Il sera investi de compétences de contrôle et pourra toujours amender les décisions prises par le conseil des ministres, a déclaré à RIA Novosti Igor Bounine, président du Centre des technologies politiques. "Dmitri Medvedev sera contraint de toujours prendre en compte l'opinion de Vladimir Poutine et ne pas dépasser certaines limites", fait remarquer M. Bounine.

Qui plus est, les ex-ministres ne joueront pas forcément un rôle secondaire par rapport aux membres du nouveau gouvernement. Certains seront aux premières loges, estime Alexeï Makarkine, vice-président du Centre des technologies politique. Ainsi, Maxim Topiline (nouveau ministre du Travail et du Développement social) et Veronika Skvortsova (nouvelle ministre de la Santé) sont tous les deux des anciens adjoints de Tatiana Golikova, et si cette dernière est mutée au cabinet du président, elle n'en conservera probablement pas moins le contrôle réel de ces domaines, estime Alexeï Makarkine.

Les décisions seront prises au Kremlin
"Les nouveaux ministres devront bien se rendre compte que si auparavant un seul fonctionnaire pouvait réunir en sa personne une influence officielle et officieuse, ces deux éléments seront désormais dissociés. Et l'influence officieuse pourrait s'avérer plus importante", avertit M. Makarkine. Dans ce cas de figure, la plus grande influence est exercée par ceux qui ont un accès direct à Vladimir Poutine, car un système hiérarchique est actuellement mis en place en Russie qui est dominé par le président, leader de jure et de facto de toute l'architecture du pouvoir, explique l'expert.

Toutes les décisions stratégiques seront désormais prises par le cabinet du président, déclaré à RIA Novosti Valeri Khomiakov, directeur général du Conseil de la stratégie nationale.

Cependant, Pavel Sviatenkov de l'Institut de la stratégie nationale, estime qu'aucun conflit sérieux n'éclatera entre le gouvernement et le nouveau cabinet du président.

Premièrement, "la prééminence de Vladimir Poutine dans la politique russe est indiscutable, or le cabinet du président le représente personnellement", explique M. Sviatenkov.

Deuxièmement, les ex-ministres, devenus assistants du président, lèguent, en règle générale, leurs anciens fauteuils à leurs propres adjoints, c'est-à-dire leurs propres collaborateurs. "Les ex-vice-ministres ont gravi un échelon supplémentaire en devenant ministres, mais les ex-ministres conserveront tout de même leur emprise sur leurs anciens subordonnés", estime l'expert.

Mais si les ex-ministres mutés au cabinet du président s'entendent probablement sans problème avec leurs successeurs, il n'en reste pas moins que les vice-ministres promus auront désormais un nouveau degré de responsabilité et de prise de décision, explique Valeri Khomiakov. L'expert n'exclut donc pas le surgissement de situations conflictuelles et "d'autres manifestations indésirables."

Mais même si on parvient à éviter des conflits ouverts, l'avenir des nouveaux ministres n'est cependant pas enviable, estime Valeri Khomiakov. "Ils endosseront la responsabilité de toutes les erreurs, or tous les succès seront à mettre au crédit du cabinet du président et de l'institution de ses assistants créée en son sein", déclare-t-il.

Mise au rancart ou pouvoir réel?
La majorité des ex-ministres ont justement été nommés aux postes d'assistants du président. "Ces dernières années le poste d'assistant du président était très important, déclare Pavel Sviatenkov. Si les ex-ministres sont chargés en tant qu'assistants du président de superviser leurs anciens domaines de compétence, probablement leurs anciens ministères seront contraints de se plier face au diktat des fonctionnaires du cabinet du président." Ainsi, la nomination des ex-ministres aux postes d'assistants du président est loin d'être une mise au rancart.

C'est plutôt la nomination d'un fonctionnaire au poste de conseiller du président qui ressemble à la retraite dorée: ce poste est effectivement insignifiant. "L'ex-ministre des Transports Igor Levitine a justement été nommé à ce poste, explique M. Sviatenkov. Seul le conseiller du président Mikhaïl Lessine (ex-ministre de l'Information au début des années 2000) a exercé une influence réelle à ce poste, rappelle-t-il et ajoute que "les autres conseillers du président étaient dans leur majorité des retraités promus à ce poste pour qu'ils puissent bénéficier d'une voiture de fonction ou disposer d'un cabinet au Kremlin."

En revanche, un assistant du président est un membre important du cabinet du président. Les assistants ont toujours exercé une influence considérable, selon les experts. "Arkadi Dvorkovitch était tout récemment encore assistant du président [Dmitri Medvedev]. Or, il vient d'être muté au gouvernement (en tant que vice-premier ministre - ndlr). Vladislav Sourkov occupait officiellement le poste d'assistant du président tout en étant premier adjoint du directeur du cabinet du président", énumère M. Sviatenkov. Ainsi, la mutation au poste d'assistant au cabinet du président est une façon de se voir investi de compétences réelles.

Rachid Nourgaliev, ex-ministre de l'Intérieur, a été nommé sous-secrétaire du Conseil de sécurité. "C'est une forme de retraite dorée", déclare Mikhaïl Remizov, directeur de la fondation Stratégie 2020. Les experts partagent son avis et déclarent que le Conseil de sécurité en Russie est la réserve traditionnelle qui sert à caser les anciens fonctionnaires haut placés des ministères chargés de la sécurité.



L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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