Russie – Etats-Unis: objectif - minimiser les pertes

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Fedor Loukianov - Sputnik Afrique
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En 2011, les analystes des relations russo-américaines se demandaient fréquemment si le fameux redémarrage était terminé, et dans l'affirmative – avec quel résultat.

En 2011, les analystes des relations russo-américaines se demandaient fréquemment si le fameux redémarrage était terminé, et dans l'affirmative – avec quel résultat. Cette question paraît un peu bizarre car, sous sa forme conçue au printemps 2009, le redémarrage s’est terminé avec succès en décembre 2010 par la ratification du Traité de réduction des armes stratégiques (START-III). Le redémarrage comprenait un nombre limité de thèmes. Globalement, son objectif était de faire sortir les relations bilatérales de l’impasse totale dans laquelle elles s’étaient retrouvées à la fin du second mandant de George W. Bush et de passer au dialogue. Les principaux axes étaient les suivants: le traité START, la coopération sur le règlement en Afghanistan et les sanctions contre l’Iran. Toutes ces tâches ont été remplies avec succès. C’est tout ce que l’on pouvait espérer du redémarrage, du "reset", en d’autres termes, une seule pression sur un bouton. D’autre part, on était en droit de s’attendre à ce que le redémarrage, telle une période de transition, soit suivi d’une autre politique mais ce ne fut pas le cas.

Il est vrai, d’autre part, que le redémarrage a été suivi de deux tentatives pour continuer sur la même lancée. La première (les pourparlers sur l’ABM européen conjoint) a échoué, la seconde a été couronnée de succès (la Russie a adhéré à l’Organisation mondiale du commerce). Ce dernier succès est une sorte de bonus accompagnant le redémarrage, d’autant plus agréable qu’il a été obtenu au moment où les autres ramifications de cette politique avaient fait long feu.

Quant à l’ABM européen, après le sommet Russie-OTAN de Lisbonne de novembre 2010, les représentants russes et américains ont tenté pendant plusieurs mois de définir une forme de coopération. Toutefois, le dialogue n’a pas seulement échoué: il s’est terminé par un résultat négatif et une déclaration claire et nette sur l’absence de perspectives. Cela n’a pas fait sensation, car dès le début nombreux étaient ceux qui mettaient en évidence l’absence de terrain d’entente. L’absence de progrès a rendu impossible la visite en Russie de Barack Obama prévue pour 2011. Néanmoins, les pourparlers sont utiles, car ils n’ont pas seulement servi à des fins de propagande mais on y discutait des aspects pratiques. Le problème reviendra inévitablement à l’ordre du jour, il est impossible de le contourner ou faire semblant qu’il n’existe pas. Le sommet de l’OTAN de Chicago, en mai 2012, sera la première épreuve, car la Russie a menacé de ne pas y participer en cas d’absence de progrès en matière d’ABM. Des changements seront envisageables après l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle administration américaine en 2013, car elle sera immédiatement confrontée à ce problème. La Russie insistera sur la discussion des principes de la stabilité stratégique directement liée au problème de l’ABM. Et aucune nouvelle idée, hormis la destruction mutuelle garantie, ne se profile à l’horizon.

L’achèvement de la saga liée à l’adhésion de la Russie à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et que tout le monde croyait interminable, a été une agréable surprise dans le contexte des relations entre Moscou et Washington sombrant dans un marasme généralisé. En 2011, les deux pays ont fait un dernier effort en arrivant, de toute évidence, à la conclusion qu’ils n’obtiendraient pas de conditions réciproques plus favorables et qu’un instant plus propice pourrait ne pas se présenter. La bonne volonté s’est surtout manifestée dans les pourparlers menés avec la Géorgie. Washington a exercé une pression importante sur Tbilissi, et la Russie a assoupli sa position. L’adhésion de la Russie à l’OMC n’entraînera certainement pas de changement immédiat dans ses relations économiques avec le reste du monde mais elle représente une garantie supplémentaire de prévisibilité à l’intention des investisseurs, notamment, des Américains.

Washington a été extrêmement déçu par le "roque" politique en Russie, à savoir par le départ imminent du président Dmitri Medvedev et par le retour de Vladimir Poutine à la direction du pays. L’administration américaine avait espéré qu’elle continuerait à coopérer avec Dmitri Medvedev. Premièrement, la nature elle-même de cette alternance du pouvoir a étayé l’opinion de ceux qui considéraient le gouvernement russe comme un régime irrémédiablement incarné par une seule personne et autoritaire. Deuxièmement, nombreux sont ceux qui ont eu l’impression qu’au cours des années précédentes, Dmitri Medvedev avait joué un rôle nettement moins important qu'on ne l’avait pensé et que, par conséquent, le président Obama avait eu affaire à un représentant secondaire de la Russie. Cependant en raison des événements qui ont suivi l’annonce du retour de Poutine au Kremlin, beaucoup d’Américains sont désormais persuadés que des changements rapides sont probables en Russie. Cela a, comme d’habitude, provoqué une certaine agitation à Washington, toutefois elle reste modérée, car tout le monde cherche à évaluer le sérieux des processus.

Les relations russo-américaines ont également été influencées par la position de Moscou au Conseil de sécurité des Nations Unies au cours du vote sur l’ingérence militaire étrangère dans la guerre civile en Lybie. La Russie s’est abstenue, ce qui est tout à fait inhabituel. On n’a jamais vraiment compris les raisons de ce comportement du Kremlin, ni à quel point cette décision avait été concertée au sein du tandem au pouvoir (Poutine-Medvedev). Quoi qu’il en soit, la position de Moscou a été largement décisive pour le futur renversement de Kadhafi avec la participation active des forces de l’OTAN. Cependant l’abstention lors du vote a été sévèrement critiquée en Russie et a finalement été qualifiée d’erreur, ce qui c’est répercuté par la suite sur la question syrienne. Néanmoins, la Russie a créé un précédent avec sa neutralité bienveillante face à une ingérence étrangère dans les affaires d’un Etat tiers. Dans ce conflit, les Etats-Unis ont, d’ailleurs, également fait preuve d’une attitude inhabituelle en optant pour la tactique dite leadership from behind (gestion à distance).

En 2011, l’administration de Barack Obama a commencé à s’impliquer progressivement dans la discussion des problèmes intérieurs de la Russie, tandis qu’elle ne l’avait fait qu’avec réticence jusqu’alors. Les conséquences de plus en plus retentissantes de l’affaire Sergueï Magnitski (juriste employé par le fonds d'investissement Hermitage Capital, décédé lors de sa détention provisoire en Russie), ainsi que la menace du congrès d’adopter une liste importante de personnes interdites de séjour aux Etats-Unis, ont forcé le Département d’Etat américain à agir sans temporiser et d’annoncer qu’il avait établi sa propre liste. Le ministère russe des Affaires étrangère a réagi de façon identique, sans toutefois que les deux parties ne rendent publics les noms figurant sur leurs listes. Par ailleurs, la Russie a accusé les Etats-Unis d’avoir une attitude arbitraire à l’égard des citoyens russes jugés sur le territoire américain, à savoir le pilote Iarochenko et l’homme d’affaires Bout. Après les législatives russes du 4 décembre dernier, un échange de piques a eu lieu entre Hillary Clinton et Vladimir Poutine. Ce dernier a reproché à la secrétaire d’Etat américaine de contribuer à la déstabilisation de la Russie. La polémique sur la démocratie deviendra probablement plus intense au fur et à mesure que les protestations du gouvernement russe se multiplieront et que la campagne présidentielle aux Etats-Unis prendra de l’ampleur.

L’année 2012 sera difficile pour les relations russo-américaines. L’agenda positif est épuisé, et si les remous liés aux campagnes présidentielles dans les deux pays devaient amener à la surface des thèmes bilatéraux, ceux-ci seraient de nature exclusivement conflictuelle. Ainsi, Moscou et Washington devraient chercher à minimiser les pertes pour empêcher une aggravation jusqu’au moment où une nouvelle période politique commencera dans les deux pays.

 

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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