Satellites européens, cosmodrome de Kourou, lanceur russe

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Une fusée russe a été pour la première fois lancée depuis un cosmodrome situé dans l’hémisphère occidental.

Une fusée russe a été pour la première fois lancée depuis un cosmodrome situé dans l’hémisphère occidental. La fusée-porteuse Soyouz avec des satellites de navigation européens a été lancée à partir du cosmodrome français de Kourou en Guyane française. L’agence spatiale russe Roskosmos porte les services de lancement de l’astronautique russe à niveau foncièrement différent, en agissant dans le cadre de la stratégie annoncée d'augmentation de la rentabilité pratique du secteur spatial.

Un lancement historique

La fusée Soyouz-ST (la version améliorée de Soyouz-2) a placé sur orbite circulaire intermédiaire deux satellites de Galileo. Il s’agit du système analogue des systèmes de navigation par satellite GPS et GLONASS, conçu par l’Union européenne.

Deux dispositifs d’essai Galileo ont été auparavant mis en orbite par des fusées Soyouz à partir du territoire russe. Deux autres y seront envoyés en 2012 également avec la fusée porteuse russe au départ de Kourou. A la fin de la décennie, le groupe atteindra une trentaine d’appareils (27 de travail et 3 de réserve), et à partir de 2014 le système commencera à fournir un signal pour les clients et deviendra pleinement opérationnel en 2016.

Un rôle particulier dans ces plans sera joué par le contrat signé par l’Agence spatiale européenne avec le consortium Starsem, créé en 2006 pour promouvoir les fusées porteuses Soyouz en tant que plateformes commerciales sur le marché mondial des services de lancement. La moitié du capital de l’entreprise conjointe appartient à la Russie (25% appartiennent à Roskosmos, et 25% sont détenus par le concepteur de la fusée Soyouz, l’usine Progress de Samara), et l’autre moitié appartient aux Européens:35% sont détenus par la société européenne EADS et 15% par la société française Arianespace.

Le cosmodrome de Kourou est très bien situé. La proximité de l’équateur permet d’augmenter de 15% la charge utile des appareils lancés par rapport à son "confrère du nord" des Caraïbes (le cosmodrome américain de cap Canaveral en Floride), et de près de 40% par rapport aux lancements à partir de Baïkonour (situé au Kazakhstan). Or, cela représente du combustible, des kilogrammes de charge utile et, en fin de compte, de l’argent.

Ainsi, les grands discours sur un lancement historique ne sont pas seulement un signe d’attention et de joie. Les fusées russes Soyouz ont franchi la frontière de la Russie et se sont lancées à la conquête du marché. Le 17 décembre, une autre fusée Soyouz mettra en orbite six appareils à la fois à partir de Kourou.

Le lancement reporté sous les tropiques

Il a fallu attendre ce lancement plus de deux ans. Selon l’idée, les fusées Soyouz devaient être lancées de Guyane dès 2009. Et initialement, les reports des délais de quelques mois ont été considérés comme allant de soi: les projets d’une telle ampleur sont pratiquement toujours reportés.

Cependant, le retard s’accumulait. Le retard a été causé par la tour mobile de service, une immense construction sous la forme d’un hangar qui recouvre la fusée sur la rampe de lancement. L’entretien de la fusée porteuse est réalisé sous cette forme.

La tour a été fabriquée en Russie, et une partie importante des travaux de production des structures de soutènement était réalisée par une entreprise qui, selon elle-même, a été victime d’un raid. Ensuite, le retard était expliqué par un mauvais assemblage (en faisant porter le chapeau aux Français), et même une mauvaise peinture (une peinture prétendument nocive pour la santé aurait été utilisée).

L’année 2009 s’est terminée, l'année 2010 a commencé, et le retard allait croissant. Le calendrier des lancements a été modifié: les satellites prévus pour être lancés par Soyouz-ST ont été mis en orbite par d’autres moyens. Les délais ont été repoussés jusqu’en automne 2010, puis début 2011 et définitivement fixés pour août 2011. Il semblait que ce délai serait respecté, mais une défaillance tout à fait inattendue de la fusée Soyouz a brouillé tous les plans. La fusée a été revérifiée et la préparation du cosmodrome de Kourou a commencé en octobre.

La dernière défaillance s’est produite pas plus tard que jeudi, le 20 octobre (en raison d’une fuite de l’une des soupapes du système d’approvisionnement en combustible du troisième étage). 24 heures plus tard, au moment prévu du lancement, une averse s’est abattue sur Kourou. Mais cela n’a rien changé, et à travers la grise brume la fusée Soyouz est pour la première fois partie dans le ciel sud-américain.

Roskosmos se globalise, les fusées restent

La direction actuelle de Roskosmos a sérieusement l’intention de rehausser la barre de rentabilité pratique des programmes spatiaux russes. Récemment, dans un discours à la Douma (chambre basse du parlement russe), le directeur de l’agence Vladimir Popovkine a déclaré que le principal objectif du secteur spatial russe consistait à augmenter la rentabilité commerciale: la priorité sera la création des satellites de télédétection, de navigation et de communication.

Une attention particulière a été également accordée à la question des bénéfices. La Russie réalise 40% des lancements dans le monde et produit 20% des vaisseaux spatiaux, a souligné le directeur de Roskosmos, mais ne possède que 3% du marché de l’astronautique commerciale.

Durant la même intervention, Vladimir Popovkine a subitement annoncé l’arrêt du programme de la création de la fusée porteuse Rus-M, destinée à remplacer progressivement les Soyouz pour les lancements à partir du futur cosmodrome Vostotchny dans la région d’Amour.

Ainsi, les premières fusées qui décolleront des rampes de lancement en Extrême-Orient russe seront les Soyouz, dont le confrère vient de quitter la côte sud-américaine et s’est élevé au-dessus de l’Atlantique. Une option provisoire mais qui a fait ses preuves. D’un point de vue économique, elle est clairement rentable.

Comme le dit le célèbre adage, il n’y a rien de plus permanent que le temporaire. Les fusées Soyouz sont des héritiers très bien améliorés de la fusée R-7, à laquelle sont associées toutes les réussites de la percée soviétique dans le secteur spatial dans les années 1950 et 1960. Qui sait, peut-être les petits-enfants de cette fusée porteuse fêteront son 100e anniversaire en travaillant dans la jungle sud-américaine, et dans la steppe kazakhe, et dans la taïga d’Arkhangelsk et au milieu des montagnes de l’Extrême-Orient?

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