Crise de 2008: le monde s’attend à de nouveaux bouleversements

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Crise de 2008: le monde s’attend à de nouveaux bouleversements - Sputnik Afrique
Dans la nuit du dimanche au lundi 15 septembre 2008, la banque américaine Lehman Brothers, dont la dette s’élevait à 613 milliards de dollars, a déposé le bilan et a demandé au tribunal la protection contre les créanciers.

Dans la nuit du dimanche au lundi 15 septembre 2008, la banque américaine Lehman Brothers, dont la dette s’élevait à 613 milliards de dollars, a déposé le bilan et a demandé au tribunal la protection contre les créanciers. Il est convenu de considérer cet événement comme le début de la crise de 2008. Mais, selon les économistes, la crise est loin d’être terminée. Au contraire, au cours des derniers mois la probabilité d’une seconde vague a considérablement augmenté, comme en témoigne la situation de la Grèce au bord de la faillite, la volatilité sur les marchés financiers, l’abaissement des notes des géants banquiers français Société générale et Crédit Agricole.

50/50

Connaissez-vous la blague de la blonde qui estimait la probabilité de rencontrer un dinosaure à 50/50: "Soit je rencontre un dinosaure, soit je ne le rencontre pas." Approximativement de la même manière, 50/50, les économistes évaluent aujourd’hui la probabilité d’une nouvelle crise.

Les nuages s’amoncellent. Les fonctionnaires et les experts indépendants reconnaissent que depuis que la Grèce s’est retrouvée au bord de la faillite, la probabilité d’une nouvelle crise s’est considérablement accrue.

"Aujourd’hui, la situation s’est quelque peu dégradée. Il existe une forte probabilité de nouvelle crise, a déclaré le 10 septembre 2011 Alexeï Koudrine, ministre russe des Finances, lors de la conférence de presse consacrée au 20e anniversaire des réformes économiques en Russie. Les anciens problèmes n’ont pas été entièrement réglés, et voilà qu’ils s’aggravent."

Selon Leonid Sliptchenko, analyste d’Uralsib Capital, beaucoup d’acteurs des marchés financiers prédisent également une récession; la probabilité de crise ou de récession est déjà intégrée dans le coût des actions et d’autres instruments financiers.

Il convient de préciser qu’il n’est pas question d’une nouvelle crise, mais de la poursuite de celle qui a commencé en 2008 par la faillite de Lehman Brothers. Certains experts sont convaincus que les mesures anticrises des autorités, qui se réduisaient à l’injection de liquidité dans leurs économies (les Etats-Unis ont dépensé plus de 10.000 milliards de dollars à ces fins), ont seulement gelé temporairement les problèmes économiques existants.

Comme le reconnaît Leonid Sliptchenko, l’assouplissement quantitatif – c’est ainsi que les économistes appellent l’injection d’argent dans l’économie – a stoppé le déclin économique mais n’a pas permis de relancer la croissance économique. Beaucoup d’économistes comparent même les mesures anticrises à un médicament symptomatique qui peut améliorer l’état de santé du patient, mais ne peut pas guérir la maladie. "L’économie se trouve au point mort, les taux d’intérêts demeurent bas, mais cela ne conduit pas à la hausse significative des emprunts. Le taux de chômage reste relativement élevé, déclare Leonid Sliptchenko. Mais ce sont des causes fondamentales qu’il est impossible de régler grâce à l’assouplissement quantitatif."

L’arithmétique de Ford

La crise de 2008 a été au début celle des dettes, puis elle a affecté le secteur financier et, au final, a impacté l’économie réelle. La crise éventuelle, si elle devait survenir, commencerait également par la dette, mais cette fois ce ne sont pas les banques et les particuliers qui seront les mauvais débiteurs, mais des Etats entiers. Toutefois, certains économistes conseillent de chercher les causes fondamentales de l’ancienne et probablement de la future crise ailleurs que dans le secteur financier.

Selon Boris Kagarlitski, directeur de l’Institut de mondialisation et des mouvements sociaux, l’un des principaux problèmes économiques des dernières décennies est la disproportion entre la consommation et la production. A son époque, Henry Ford surpayait sciemment les ouvriers pour qu’ils puissent mettre de l’argent de côté et acheter les voitures qu’ils fabriquaient.

Selon Boris Kagarlitski, l’entrepreneur génial a été le fondateur du "modèle de la main-d’œuvre chère", qui s’est établi après la Seconde guerre mondiale et a commencé à disparaître dans les années 1980, lorsque les pays développés ont misé sur la main-d’œuvre bon marché.

En pratique, cela s’est traduit par la délocalisation générale des industries européennes et américaines dans les régions avec une main-d’œuvre bon marché (avant tout en Asie du Sud-est) et l’importation massive de main-d’œuvre peu coûteuse pour travailler à des emplois faiblement rémunérés. Autrement dit, les ouvriers ne pouvaient plus mettre de l’argent de côté pour acheter une voiture. Mais la grande production ne peut pas exister sans consommation importante. Qui plus est, la production elle-même commence à générer la demande. Le crédit à la consommation est le plus puissant outil de stimulation de la demande des dernières décennies. De cette manière le problème des dettes s’est ajouté à celui de la disproportion entre la production et la consommation en devenant une cause directe de la crise de 2008.

La crise de la dette s’est transformée en crise financière, mais les autorités des pays développés ont empêché la faillite des sociétés financières et ont préféré les sauver grâce aux fonds publics.

Comme le fait remarquer Evgueni Gavrilenkov, directeur de la société d’investissement Troïka Dialog, à ce stade le problème de la dette du secteur privé s’est porté sur le gouvernement. Cela se manifeste avec une force particulière dans les pays européens. Aujourd’hui, on tente de régler le problème de la dette publique grâce aux capitaux privés en privatisant les biens publics, en réduisant parallèlement les dépenses publiques et en augmentant les impôts. Or, cela crée un risque de récession: la diminution du pouvoir d’achat de la population aura un effet négatif sur la demande – la principale locomotive de la production industrielle.

Le cercle s’est refermé.

Une catastrophe salutaire

Toutefois, certains économistes estiment que la répétition de la crise de 2008 est actuellement impossible: beaucoup trop d’argent a été injecté dans l’économie au cours des trois dernières années. "Même en cas de récession dans les pays développés, dont l’éventualité est estimée à 50%, on n’assistera pas à une crise à part entière sur les marchés financiers", affirme Iouri Danilov, chef du laboratoire de l’Institut d’analyse des entreprises et des marchés du Haut collège d’économie. Selon l’expert, la récession éventuelle ne fera que ralentir la relance économique actuelle. "Si les pays développés n’entrent pas en récession, dès la fin de l’année prochaine on pourra constater que leurs économies sont passées en phase de relance, estime Iouri Danilov. Si on entrait en récession, la relance serait reportée à fin 2013-début 2014."

En effet, il y a beaucoup d’argent dans l’économie, mais comme il a été dit précédemment, il n’est pas utilisé à bon escient. La Russie en est un bon exemple: les prix de pétrole ont pratiquement atteint leur niveau d’avant la crise, mais le rythme de croissance a été divisé pratiquement par deux. "L’argent qui coule à flot se déprécie tout simplement, déclare Boris Kagarlitski en commentant la situation. Il ne s’agit pas du pouvoir d’achat; l’argent cesse de fonctionner comme un instrument, dans le meilleur des cas il contribue à la volatilité qu’on observe, mais pas à la croissance."

La majeure partie de la liquidité anticrise est passé carrément à côté du secteur réel. Comme le fait remarquer Igor Nikolaïev, directeur du département d’analyse stratégique de la société FBK, en 2007 les investissements dans les actifs financiers étaient supérieurs aux placements dans les actifs non financiers de 3,6 fois. Au premier trimestre 2011 cet indice a dépassé 12. En présence de telles "bulles", une nouvelle crise n’est qu’une question de temps. Qui plus est, Igor Nikolaïev affirme que seule une nouvelle crise globale est capable de régler les problèmes économiques accumulés. C’est la raison pour laquelle les gouvernements de doivent pas temporiser et la "lancer" maintenant, en réfléchissant au préalable à la minimisation des conséquences.

Boris Kagarlitski estime également que la crise devra atteindre son principal objectif: retirer de l’économie le capital inefficace par le biais de la faillite d’une partie des sociétés financières. Au final, cela conduira à la suppression des disproportions économiques actuelles.

Toutefois, le prix à payer pourrait être très élevé. "La Grande dépression, la Seconde guerre mondiale et la communisation d’un tiers de la planète ont été nécessaire pour que l’Europe passe du modèle de la main-d’œuvre bon marché au modèle de la main-d’œuvre chère, déclare Boris Kagarlitski. Actuellement, on pourrait assister à des événements d’une ampleur similaire. J’espère qu’ils ne seront pas aussi sanglants."

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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