S'unir contre la Russie pour sauver l'euro?

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La crise de l'euro pourrait-elle pousser les Européens à passer à la vitesse supérieure en matière d'intégration, notamment en s'unissant militairement contre un adversaire commun? La thèse peut sembler un brin fantaisiste.

Hugo Natowicz, pour RIA Novosti

La crise de l'euro pourrait-elle pousser les Européens à passer à la vitesse supérieure en matière d'intégration, notamment en s'unissant militairement contre un adversaire commun? La thèse peut sembler un brin fantaisiste. C'est pourtant l'idée esquissée par un article assez préoccupant qui, derrière de nobles intentions, soulève le spectre d'une Russie menaçante, contre laquelle il serait nécessaire de se mobiliser.

L'article surgit à un moment doublement important: il coïncide avec un nouveau plan d'aide à la Grèce, qui confirme l'agonie de la monnaie unique, et avec la transmission de la présidence tournante de l'Union européenne à la Pologne, un ancien Etat du bloc communiste qui entretient des relations complexes avec Moscou.

L'idée-force de l'auteur, c'est que sans passer à la vitesse supérieure en matière d'intégration, c'est-à-dire sans se doter d'un financement commun, l'Europe risque de disparaître. Idée éculée, de nombreux commentateurs estimant que seule une gouvernance économique unique (et donc une renonciation accrue aux prérogatives nationales) serait en mesure de régler en profondeur les problèmes de la zone euro.

La où le bât blesse, c'est quand on observe les modalités d'une telle consolidation européenne. M. Attali compare l'Europe actuelle à l'Amérique de 1790, quand pour faire face à la menace anglaise et au risque de faillite, "les fondateurs des Etats-Unis se dotèrent d’une capitale fédérale et émirent des bons du Trésor". Fait tu par l'auteur, 1790 coïncide aussi le début des guerres indiennes qui allaient consolider dans le sang l'unité américaine.

Pour M. Attali, pas de doute: "de tout temps", le financement commun n'a pu être mis en place que grâce à une défense commune. Le hic, c'est que cette défense n'apparaîtra pas sans menace. Et si cette menace n'existe pas, il faudrait selon lui l'inventer: "Pour aller vers ce budget commun, il va falloir ressentir la nécessité d'une défense commune, et donc d'une menace commune". La formulation n'est pas anodine, et sera répétée plus bas: "ce budget ne pourra être justifié que par la perception de la nécessité d’une défense commune. Et donc d’une menace commune". Quant on connaît la capacité du système à créer des menaces pour justifier ses aventures géopolitiques (voir le cas irakien), on ne peut qu'adhérer à la logique implacable de M. Attali.

La Russie en filigrane

C'est ici que la présidence polonaise de l'UE entre en jeu: la Pologne, qui n'est pas membre de la zone euro, serait selon l'auteur dissuadée de s'intégrer plus avant dans l'Europe en raison des relations trop proches qu'entretiennent certains pays de l'UE avec la Russie, "qu'elle considère comme une menace". Cette menace, nécessaire au renforcement de l'Union européenne, semble donc russe: ce pays entrave l'intégration ultérieure de la zone euro. Mais cette "menace russe" tombe à point nommé, car elle pourrait servir de catalyseur afin de consolider la défense européenne (quel moteur plus puissant que la peur?) face à un ennemi commun.

La réflexion de M. Attali s'achève de façon extrêmement ambigüe: après avoir souhaité dans son article que cette menace existe au nom de la survie de l'euro ("Aussi longtemps que les Européens ne comprennent pas que ce qui menace les uns menace aussi les autres, ils ne mettront pas en commun les ressources nécessaires. Car il en va de l'avenir de l'euro"), il fait mine de redouter l'émergence d'une menace "plus ou moins imaginaire venue du Sud ou de l'Est". Et de conclure: "Très dangereuse conjoncture: l’histoire devient très périlleuse quand la tension militaire y devient une nécessité logique et financière".

L'article de M. Attali dit vrai: l'Europe ne survivra peut-être pas dans sa forme actuelle sans faire le "grand saut" vers une intégration plus poussée. Alors que l'année 2012 pourrait se caractériser par des bouleversements économiques (crise finale de l'euro?) et politiques (élections en France, Russie et Etats-Unis), il se pourrait fort bien que l'on assiste à la conjonction des conditions pour un dérapage, peut-être militaire, en Europe.

Selon la tournure que prendront les événements, certains (l'auteur ne le fait qu'à demi-mot) pourraient être tentés de dépeindre la Russie comme cette "menace", ce catalyseur capable d'accélérer le processus: Etat jeune et pas entièrement soumis aux dogmes de la modernité telle que la conçoit l'occident, cet énorme pays pose problème, et son intégration à la mondialisation ne va pas de soi. Pourtant, ce serait oublier que la Russie est un pays pleinement européen, et que ce qui nous lie à elle est bien plus profond qu'une monnaie commune. La continuité d'une Europe charnelle s'étendant de Lisbonne à Vladivostok doit être défendue, et non pas menacée en bâtissant de nouveaux murs de Berlin, ou en dressant les Européens les uns contre les autres.

La Pologne devrait prendre garde: nombreux sont ceux qui souhaitent instrumentaliser sa présidence pour raviver d'anciennes blessures et de vieilles divisions. Ce pays dynamique pourrait au contraire, dans le sillage de son propre travail de réconciliation avec Moscou, œuvrer à la mise en place d'un solide partenariat avec les Russes, en fédérant les Européens au lieu de les diviser. 

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction.

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