Budget d'austérité en prévision pour le Pentagone

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Le 30 juin, le secrétaire américain à la Défense Robert Gates accomplissait officiellement sa dernière journée de travail au Pentagone.

Le 30 juin, le secrétaire américain à la Défense Robert Gates accomplissait officiellement sa dernière journée de travail au Pentagone. L’ancien directeur de la CIA Leon Panetta lui succède. Et l’ex-chef des forces américaine et de l’OTAN en Afghanistan, le général David Petraeus, prendra la place de Panetta à Langley. Tous ces changements font partie du grand remaniement conçu par Barack Obama. Gates transmet à Panetta un département, dont le budget nécessite une "chirurgie financière."

La CIA, un creuset pour les ministres de la Défense
Aux Etats-Unis, il est rare que les nouveaux ministres soient nommés à l’unanimité par le Sénat. Panetta est l’une de ces exceptions: sa candidature a été soutenue unanimement par les sénateurs. C'est probablement dû à la génétique politique particulière de Leon Panetta: il a été républicain à une époque, mais a changé de camp pour rejoindre les démocrates en 1971.

Robert Gates, au contraire, a toujours loyalement servi les présidents républicains (directeur de la CIA puis ministre depuis 2006). Pendant l’administration du démocrate Bill Clinton en 1993 il a même démissionné et est revenu seulement après l’élection de George W. Bush. Et Obama en a "hérité."

En fait, Gates, officier de carrière à la CIA, compte tenu de son caractère et de ses tendances, pouvait servir n’importe quel président: son principal trait de caractère a toujours été la diligence et l’engagement. Par exemple, au départ, Gates soutenait (à l’époque de Bush) le nouveau système de défense antimissile (ABM) en Europe, et lorsqu’Obama est arrivé, il a soutenu sa nouvelle configuration.

Le fait que le successeur de Gates au Pentagone a été approuvé à une telle unanimité témoigne de beaucoup de choses (on s’attend à une approbation similaire pendant l’examen de la candidature du nouveau directeur de la CIA David Petraeus). La politique afghane de l’administration convient plus ou moins aussi bien aux démocrates qu’aux républicains. Il y existe bien sûr des nuances, mais elles ne sont pas aussi prononcées qu’elles le paraissent à première vue.

L’important est que les uns et les autres sont parfaitement conscients que les Américains devront rester en Irak et en Afghanistan plus longtemps que ne le prévoyait Obama. La seule question est de savoir qui restera: les conseillers, les instructeurs où les assistants?

Le chef du renseignement Leon Panetta a toujours été plus sceptique que le ministère de la Défense quant aux possibilités d'engager l’Afghanistan et les talibans dans la voie de la paix et de la démocratie. Etant donné que l’administration, à en croire les journaux américains, a déjà établi des contacts avec les leaders des talibans pour parvenir à la paix, le choix de ce candidat au poste de chef du Pentagone paraît très logique.

L’heure de la "chirurgie financière"
Mais avant tout, Panetta devra s’occuper des dépenses du ministère de la Défense. Il possède une grande expérience dans le domaine des finances. A son époque, l’ancien congressiste âgé de 73 ans dirigeait la commission de la Chambre des représentants du Congrès pour le budget, et sous Bill Clinton il était à la tête de la direction administrative et budgétaire de la Maison blanche. Autrement dit, il connaît tous les mécanismes apparents et cachés qui permettent de savoir qui décide du montant des dépenses et de leur affectation.

Et Obama a justement besoin de réduire le budget alloué au Pentagone. En août, le Congrès devrait décider s’il est nécessaire d’augmenter le plafond de la dette publique des Etats-Unis, à défaut de quoi le gouvernement risque la faillite. Pratiquement comme la Grèce.

A l’heure actuelle, la législation limite la dette publique à 14.300 milliards de dollars. En réalité, elle a déjà atteint 14.320 milliards de dollars (les autorités fédérales reçoivent de l’argent grâce aux résolutions intermédiaires pour le financement du gouvernement), et l’administration prévoit d’augmenter le plafond à 14.700 milliards de dollars.

Panetta a une solide réputation de "chirurgien budgétaire." Il a pratiquement toujours réussi à trouver des solutions et des méthodes pour réduire les dépenses. Et vu que pendant la campagne présidentielle toutes les discussions tourneront autour du déficit budgétaire (1.400 milliards de dollars), d’une dette nationale colossale, de l’économie, des salaires, des subventions et des retraites, son expérience est indispensable pour Obama.

Gates a réussi à réduire les dépenses prévues du Pentagone de 400 milliards de dollars pour les dix prochaines années. Obama voudrait que cette somme soit au moins doublée. Il s’avère que Panetta est nommé au poste de ministre de la Défense à une époque d'austérité budgétaire stricte. Et les Etats-Unis et le président, qui espère être réélu en 2012, en ont grandement besoin.

Plus coûteuse que la Seconde guerre mondiale

Récemment, l'université Brown (l’une des plus anciennes universités américaines, qui, avec Yale, Princeton et Harvard, entre dans ce qu’on appelle la Ligue du lierre, l’association des établissements d’études supérieures les plus prestigieux des Etats-Unis) a rendu publique une étude spéciale sur les dépenses des Etats-Unis pour la "guerre contre le terrorisme." La matinée tragique du 11 septembre 2001 a été prise pour point de départ. Selon les calculs des experts de l’Institut de Relations internationales Watson (qui fait partie de l’université Brown), ce que les Etats-Unis ont dépensé à ce jour pour les guerres en Irak, en Afghanistan et au Pakistan (1.300 milliards de dollars) ne sont que la partie émergée de l’iceberg.

Selon les estimations de Brown, au total ces guerres coûteront aux Etats-Unis entre 3.700 et 4.400 milliards de dollars! Il s’avère que Washington payera pour la lutte contre le terrorisme, dont la fin est attendue pour 2012-2014 (il n’y a pas de date butoir) pratiquement autant qu’il a dépensé pendant toute la Seconde guerre mondiale. La direction budgétaire du Congrès américain a calculé qu’en convertissant aux prix actuels, la Seconde guerre mondiale a coûté aux Etats-Unis 4.100 milliards de dollars.

L’université additionne les dépenses du Pentagone et de la CIA, ainsi que le financement de la "guerre contre la terreur sur le territoire national" (les mesures de sécurité, les vérifications, les surveillances), et les dépenses pour les dédommagements des familles des soldats tués, les taux d’intérêts des emprunts, les subventions pour le traitement et le soin des vétérans, etc.

En ce qui concerne les pertes humaines, Brown a réuni tous les chiffres officiels des pertes parmi les soldats américains et la population civile en Irak et en Afghanistan, les a comparés aux chiffres des autorités afghanes et aux données des organisations internationales, et il a calculé que dans les deux guerres depuis leur début (Afghanistan en 2001 et l’Irak en 2003) entre 225.000 et 258.000 personnes ont été tuées. Dont 6.100 soldats américains. Selon les chercheurs de Brown, plus de 14.000 civils ont été tués en Afghanistan, et plus de 125.000 en Irak.

Les organisations non gouvernementales mettent en doute ces chiffres et estiment que les pertes sont deux fois supérieures. Sans parler du fait que quelque 8 millions d'individus sont devenus des réfugiés à la suite des guerres. Toutefois cela dépasse largement le cadre des préoccupations du nouveau secrétaire à la Défense.


L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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