La mort de Ben Laden, la fin d’une époque

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L’opération d'élimination du terroriste Oussama Ben Laden marque la fin d’une époque courte mais tumultueuse dans l’histoire de l’humanité: les années 2000.

L’opération d'élimination du terroriste Oussama Ben Laden marque la fin d’une époque courte mais tumultueuse dans l’histoire de l’humanité: les années 2000. Beaucoup de choses se sont produites au cours de ces années 2000, et on ignore quelle aurait eté l’évolution de l’histoire mondiale si le 11 septembre 2001 l’opération planifiée sous la direction de Ben Laden n’avait pas conduit à l’explosion de deux gratte-ciels en plein centre de New York.

Qui est le vainqueur?

Strictement parlant, même à l’heure actuelle nous savons très peu de choses sur cet acte horrible, et avant tout nous n’avons pas de réponse précise à la question qui nous taraude: pourquoi cet attentat? Les raisons de ce mystère sont globalement compréhensibles: les documents ne seront pas déclassifiés avant de nombreuses années. Pourquoi un ancien protégé des services spéciaux américains dans la lutte contre l’URSS en Afghanistan s’est-il brouillé avec ses anciens maîtres et alliés, c’est une question à part. Tout peut arriver. Mais pourquoi porter un tel coup en plein cœur des Etats-Unis? Il peut y avoir une multitude de réponses, mais pour l’instant on ne peut qu’essayer de deviner. Or, les objectifs politiques (et moraux) d’une telle opération ne sont pas des broutilles.

On pourrait pour l’instant s’en tenir à la version suivante: les années 1990, avec les illusions de la "mondialisation" selon la version américaine, les illusions de l’apparition d’une seule superpuissance, les Etats-Unis, étaient totalement inacceptables pour beaucoup de cultures et de peuples. Et les frappes militaires "chirurgicales" des Etats-Unis et de l’OTAN en Yougoslavie en 1999, la crise financière suspecte en Asie en 1997-1999 et un grand nombre d’autres événements créaient l’illusion d’une offensive imparable des Etats-Unis sur toute la planète. L’attaque contre l’épicentre de la domination financière des Etats-Unis avait dans le contexte de l’époque une signification symbolique et, disons le franchement, a eu un impact puissant. Et les danses et les chants dans les rues de certaines villes du Moyen-Orient, où les Etats-Unis n’étaient pas en guerre, ont montré sur quel public comptaient les terroristes.

Quelques années après les événements de 2001, un journal militaire tout à fait respectable a même classé Oussama Ben Laden parmi les grands chefs de guerre de l’histoire mondiale (juste derrière Gengis Khan) avec le commentaire suivant: un parfait exemple de riposte asymétrique contre un ennemi largement supérieur sur tous les plans.

La guerre des civilisations n’a pas eu lieu mais…

L’évolution de l’histoire mondiale dans les années 2000 pourrait être résumée par une seule phrase, certes un peu longue. En s’appuyant sur la compassion mondiale et la solidarité dans la lutte contre le terrorisme, les Etats-Unis ont tenté d’éliminer l’infrastructure de l’organisation de Ben Laden en Afghanistan, mais ont tenté parallèlement de régler d’autres tâches concomitantes, en initiant une guerre en Irak, et ont montré leur incapacité militaire d’atteindre leurs objectifs ainsi que les limites financières de leurs possibilités: ce qui a conduit à la mise en évidence de la faiblesse des Etats-Unis aux yeux du monde et la croissance de l’influence d’autres puissances, avant tout de la Chine. Le siècle aux couleurs des Etats-Unis n'a pas vu le jour. Et il est clair que Ben Laden ne pouvait rien prévoir de tel. Sans parler de la crise financière qui a commencé en 2008 et qui a accéléré tous les processus susmentionnés.

Si par les attentats Ben Laden et son organisation Al-Qaïda comptaient pousser les Etats-Unis vers ce qu’on appelle le "choc des civilisations", autrement dit la guerre entre les civilisations occidentale et musulmane, ils ont échoué. Il existe une multitude de raisons à cela. La principale raison concerne probablement le fait que l’extrémisme musulman n’est qu’une partie de ce qui se passe dans les sociétés du Proche-Orient, d’Afrique du Nord et d’une partie de l’Asie Sud-Est. Les révoltes arabes de l’hiver et du printemps derniers ont montré que la civilisation musulmane avait beaucoup de problèmes, personne ne sait comment les régler et se battre contre les Etats-Unis est loin d’être une solution. Bien sûr, Al-Qaïda tente d’utiliser ces événements à son profit, mais il y existe déjà de nombreux acteurs et figurants.

Il est impossible de prédire si la mort de Ben Laden aura une influence sur les tumultueux événements actuels, par exemple, en Libye. Probablement, le triomphe des services de renseignement américains aidera Barack Obama à rester à son poste pour un second mandat (ce n’est pas encore gagné). Mais n’oublions pas qu’Obama, qui a tiré les leçons de l’expérience amère de son prédécesseur, s’est très habilement retiré de l’opération libyenne, en la laissant aux Européens. Leurs tentatives frénétiques d’éliminer le colonel libyen Mouammar Kadhafi pourraient être comparées à la traque de nombreuses années de Ben Laden et qui a porté ses fruits, mais en réalité il s’agit de sujets complètement différents. Ben Laden est tout de même un homme des années 2000, d’une autre époque, il s’agit d’autres symboles et parallèles.

Un homme et un mythe

Oussama Ben Laden, est-il en vie, existe-t-il réellement ou a-t-il été tué en 2001-2002 pendant la campagne américaine en Afghanistan? Jusqu’à aujourd’hui, beaucoup cogitaient à ce sujet. Et même après l’élimination de Ben Laden dans la ville d’Abbottabad au Pakistan, beaucoup d’adeptes de la théorie du complot diront qu’ils n’ont pas vu personnellement le corps du terroriste, qu’il a été jeté à la mer, et que les documents et les vidéos ne sont pas une preuve tangible. (Sans parler du fait qu’il est toujours possible de trouver une version alternative des attentats du 11 septembre 2001).

Cette mythologie est une conséquence inévitable de la science de la guerre contre un ennemi spécifique maîtrisée progressivement par les services spéciaux. La désinformation ou le recel d’informations, malheureusement ou heureusement, sont tout simplement nécessaires. La Russie le voit sur de nombreux exemples des opérations antiterroristes dans le Caucase du Nord et à d’autres endroits.

Mais bien sûr, Ben Laden n’est pas un mythe. D’autant plus que selon ses biographies relativement détaillées ou brèves, malgré une barbe grisonnante, il était un homme relativement jeune et en bonne santé né en 1957. Mais il était probablement isolé du réseau clandestin terroriste depuis les dernières années, car tout le monde savait que tôt ou tard il serait retrouvé. Et c’est bien ce qui est arrivé. On voudrait ajouter que ce sera le sort de chacun… mais pour l’instant on en est loin.

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction.

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