L'OTSC en quête du statut d'alliance militaro-politique internationale

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Fedor Loukianov - Sputnik Afrique
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Lors de sa récente visite à Moscou, le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon est intervenu à la réunion élargie du Conseil permanent de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), ce que les commentateurs ont qualifié d'étape importante.

Lors de sa récente visite à Moscou, le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon est intervenu à la réunion élargie du Conseil permanent de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), ce que les commentateurs ont qualifié d'étape importante. Plusieurs années durant, la Russie a cherché à obtenir la reconnaissance officielle de l’importance de cette structure au niveau international, avant tout au sein de l’ONU et de l’OTAN. C’est loin d’être gagné pour l’instant avec l’Alliance, bien qu’au fur et à mesure de l’aggravation de la situation en Afghanistan les pays membres de l’OTAN ne soient plus aussi catégoriques. La coopération avec l’ONU est plus réussie. Un accord officiel a été conclu au printemps 2010, et aujourd’hui Ban Ki-moon a énoncé les principaux axes de la coopération: la lutte contre les stupéfiants et le terrorisme, le maintien de la paix et de la stabilité. Ainsi, on pourrait féliciter la Russie pour ce succès.

Cependant, désormais le plus difficile reste à faire: transformer l’OTSC en une alliance militaro-politique à part entière effectivement capable de remplir les fonctions auxquelles elle prétend.

L’OTSC (anciennement l’Organisation du traité de Tachkent) a existé pendant pratiquement vingt ans en tant que "club des amis de la Russie" sans obligations concrètes, et sous cette forme elle convenait à tous. Après l’effondrement de l’URSS, il était nécessaire d’établir une certaine coordination, mais la préservation de cette structure a surtout contribué à perpétuer (avant tout pour Moscou) l’illusion qu’une sorte de force conjointe était derrière les pays membres.

Cependant, le temps de l’imitation est révolu. Aujourd’hui, dans le contexte de l’incertitude inquiétante en Afghanistan et de la précarité de la stabilité en Asie centrale, survient un besoin réel de structure régionale efficace de sécurité. L’OTSC n’est pas encore prête à accomplir cette mission. Les relations entre Moscou et ses alliés ne sont pas normalisées, notamment avec l’Ouzbékistan qui devrait en principe jouer le rôle principal: L’Ouzbékistan est le plus puissant pays sur le plan militaire de cette partie de l’Eurasie. On ignore également la position de deux autres alliés: la Biélorussie et l’Arménie, qui n’ont pas d’intérêts en Asie centrale, et il est difficile de s’imaginer leur participation militaire quelque part à la frontière tadjiko-afghane. D’autant plus que Minsk utilise son statut de membre dans des structures multilatérales en tant que levier de pression sur la Russie, avec qui la Biélorussie est constamment en conflit économique.

Par contre, ces deux pays font face à leurs propres problèmes de sécurité. Minsk entretient de mauvaises relations avec l’Occident, et Erevan se trouve formellement en guerre avec l’Azerbaïdjan. Le renforcement des relations bilatérales dans le domaine de la sécurité avec la Biélorussie et l’Arménie pourrait être une solution pour la Russie. Dans le cas de Minsk il s’agit de l’organisation des exercices "Occident" d'une ampleur toujours croissante. Quant à Erevan, il est question du prolongement l’année dernière du séjour de la base russe en Arménie jusqu’en 2045 et du renouvellement des garanties de sécurité du pays le long de ses frontières, c’est-à-dire pas seulement contre la Turquie, comme c'était le cas auparavant, mais également contre l’Azerbaïdjan.

En ce qui concerne l’OTSC, les difficultés liées à la prise de décisions ont été mises en évidence il y a un an, lorsque des affrontements interethniques ont éclaté au Sud du Kirghizstan. Strictement parlant, les affaires internes ne relèvent pas de la compétence de l’organisation. Cependant, la stabilité régionale a été certainement menacée en raison de ces événements, d’autant plus que les Ouzbeks, c’est-à-dire les compatriotes des citoyens et des dirigeants du pays voisin, ont été les principales victimes des massacres. Mais les pays voisins ne désiraient pas rétablir l’ordre dans ce "point chaud" et ne voulaient pas que la Russie s’en occupe. Tachkent et Douchanbé étaient plutôt préoccupés par la possibilité de faire de l’ingérence russe dans leurs affaires un précédent si une situation similaire à la crise du Kirghizstan éclatait ailleurs. L’Ouzbékistan, qui faisait partie du bloc, voulait garder son entière autonomie stratégique et laisser ouverte la possibilité d’une coopération à part entière avec les Etats-Unis et l’OTAN.

De toute évidence, la stabilisation et l’approfondissement des relations entre les alliés de l’OTSC seraient possibles si les pays d’Asie centrale ressentaient une menace réelle en provenance du Sud. Ce qui se produit au Nord de l’Afghanistan, qui était considéré auparavant comme la région la plus calme du pays, et qui se transforme actuellement en un nid de radicalisme (il suffirait de rappeler le massacre de la mission de l’ONU à Mazar-i-Sharif et l’assassinat des employés), ne peut pas ne pas préoccuper les pays d’Asie centrale. Et en cas de force majeure, personne, à l’exception de la Russie, ne fournira à ces pays de garanties de sécurité.

Quoi qu’il en soit, la transformation de l’OTSC sera à moyen terme la priorité principale de la Russie dans le domaine de la politique de sécurité. En partie en raison du fait que l’OTSC efficace deviendrait un atout important dans l’établissement des relations avec l’OTAN et les Etats-Unis, qui ont besoin d’un véritable partenaire en Eurasie centrale. Mais surtout, car toute instabilité grave au Sud des frontières russes se projettera presque inévitablement sur son territoire, ce qui implique la mise en place de mesures préventives.

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La Russie est-elle imprévisible? Peut-être, mais n'exagérons rien: il arrive souvent qu'un chaos apparent obéisse à une logique rigoureuse. D'ailleurs, le reste du monde est-t-il prévisible? Les deux dernières décennies ont montré qu'il n'en était rien. Elles nous ont appris à ne pas anticiper l'avenir et à être prêts à tout changement. Cette rubrique est consacrée aux défis auxquels les peuples et les Etats font face en ces temps d'incertitude mondiale.

Fedor Loukianov, rédacteur en chef du magazine Russia in Global Affairs.

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