La crise du carburant pourrait faire tâche d'huile

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Hugo Natowicz - Sputnik Afrique
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Comment la Russie, premier producteur mondial de pétrole, s'est-elle retrouvée à court de carburant?

Dans l'Altaï, faire le plein est devenu un véritable tour de force. Si les automobilistes ont la chance de trouver une station-service pas encore à court de carburant, le scénario est connu: des heures de queue, avant d'avoir la chance d'obtenir 20 litres du précieux liquide. Pas un de plus, rationnement oblige. Dans les établissements encore ouverts, les prix ont déjà augmenté de plus de 20%. Plus de la moitié des 700 stations-services de l'Altaï sont à sec, seuls les établissements de l'enseigne Rosneft restant encore approvisionnés. Les journaux n'hésitent plus à parler de crise.

Le marché du carburant de cette région du sud de la Sibérie est contrôlé à plus de 50% par deux compagnies publiques: Rosneft et Gazprom Neft, filiale pétrolière du groupe gazier Gazprom. Selon les responsables des stations-services privées, les deux géants refusent de livrer de l'essence aux opérateurs privés, Rosneft et Gazprom Neft se rejetant mutuellement la balle.

Le gouverneur de la région, Alexandre Karline, est préoccupé. Cette situation menace de saboter la période des semailles, cruciale pour cette région agricole. Les opérateurs de stations-services privées et les autorités se sont d'ores et déjà adressés au président de Russie et au Service fédéral anti-monopole (FAS), afin de rappeler les monopolistes à l'ordre.

Comment un pays gorgé de pétrole peut-il être à court de carburant? Les opérateurs privés ont leur explication: le déficit sibérien est directement lié à l'augmentation des exportations. L'export de carburant russe a en effet subi une hausse de 50% entre le premier trimestre 2010 et le premier trimestre 2011.

Situation absurde, mais vraie: lassés des complexités du marché intérieur russe, les compagnies publiques russes se détournent des régions au profit des exportations, nettement plus lucratives. "La priorité c'est l'exportation. Le marché intérieur est passé au second plan", déclarait à la télévision russe Iouri Matveïko, directeur de l'Union du carburant de l'Altaï.

Bras de fer
Derrière le déficit de carburant qui menace de paralyser cette région sibérienne, un conflit symptomatique de la Russie postsoviétique est à l'œuvre. Un bras de fer fait rage entre le FAS, qui exige une réduction des prix qu'il juge déconnectés de la réalité, et les compagnies pétrolières.

Ces dernières ont fait savoir au directeur du FAS, Igor Artemiev, que la crise était la conséquence directe des efforts de régulation des prix à la pompe par l'Etat, qui forcent les compagnies publiques à se détourner des stations-services, devenues trop peu rentables. La tension couvait depuis 2010, mais des déclarations réalisées par Vladimir Poutine en février, exigeant une nouvelle baisse des tarifs, ont constitué la goutte qui a fait déborder le baril. L'"exode" des compagnies russes a en outre été accéléré par une décision du FAS obligeant les compagnies à vendre 15% des produits pétroliers en bourse (un exode qui, soit dit en passant, concerne d'autres secteurs de l'économie russe comme les télécoms).

Caractérisé par la présence de nombreuses stations-services privées, l'Altaï est le premier touché, mais le cas pourrait faire tâche d'huile. "Une situation tendue s'observe à Saint-Pétersbourg, Voronej, Novossibirsk, à Sakhaline et dans la région de l'Altaï. A ce rythme, de nombreuses régions pourraient être à court de carburant dans les prochains jours", a déclaré au quotidien Kommersant le président de l'Union russe du carburant.

Au-delà de l'Altaï, la crise concerne le modèle russe de "capitalisme dirigé". Le marché russe est actuellement régi par la libre-concurrence, mais est régulièrement "recadré" par des autorités soucieuses de tenir leurs engagements sociaux (retraites notamment), et donc de préserver leur popularité. Une telle logique a régulièrement donné lieu à des pressions sur les entreprises publiques, appelées à soutenir la politique du gouvernement. La crise du carburant pourrait indiquer une faille au sein de cette conception du capitalisme.

De la France aux Etats-Unis en passant par la Chine, la flambée des carburants inquiète, la Russie ne faisant pas exception. Les prix à la pompe constituent un enjeu politique crucial dans un pays en plein boom automobile à un an de la présidentielle. Reste à savoir si une intervention coup de poing de Vladimir Poutine (comme dans le cas de Pikalevo) sera en mesure de désamorcer la crise actuelle.

 

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