Les événements en Afrique du Nord et le fondamentalisme islamique

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Les "révolutions des dattes" en Tunisie et surtout en Egypte annoncent des changements radicaux dans la conscience des dizaines de millions de gens dans ces pays et dans toute la région de l'Afrique du Nord. Ces changements menacent par une destruction complète du caractère mondain des structures étatiques.

Les "révolutions des dattes" en Tunisie et surtout en Egypte annoncent des changements radicaux dans la conscience des dizaines de millions de gens dans ces pays et dans toute la région de l'Afrique du Nord. Ces changements menacent par une destruction complète du caractère mondain des structures étatiques. Ils freineront voire renverseront la modernisation sociale et culturelle. Non que le chaos et la démocratie de la rue porteront au pouvoir les organisations musulmanes radicales. Jusqu'à présent les autorités tunisiennes et égyptiennes arrivaient à maintenir le contrôle sur ces organisations. Elles étaient hors la loi réduites à la clandestinité. Mais à côté des radicaux islamistes l'arène politique de ces pays est animé par des partis et associations islamistes modérés. Chose normale pour une société proclamant la démocratie comme une de ses valeurs. La Tunisie, par exemple, est perçue comme un pays mondain et en plus comme le pays le plus européanisé dans l'Afrique du Nord. Mais son image européenne n'allait pas du tout avec la corruption débridée dans ses organes du pouvoir. L'opposition existait mais elle était complètement contrôlée par les autorités. Après la fuite du président le gouvernement intérimaire de la Tunisie a levé les interdictions pour tous les partis politiques et les media indépendants. Grâce à cette libéralisation rapide la Tunisie a reçu les propositions d'aide de la part de la France et de l'UE. Cette assistance financière sera également utilisée pour neutraliser les islamistes radicaux profitant des nouvelles libertés et déclarant leurs intentions concernant les postes politiques. La menace de leur arrivée au pouvoir semble être aujourd'hui reléguée au second plan. Mais pour combien de temps? Aujourd'hui le pays capable de changer l'image de l'Afrique du Nord et le rapport des forces, y compris le rôle et la place du fondamentalisme islamique, c'est l'Egypte. Un rôle important revient dans cette situation au mouvement religieux et politique international "les Frères-musulmans", fondé en 1928 à Ismaïlia, dans le nord-est de l'Egypte. En 1954 la fratrie a été interdite par la loi. Mais même en l'absence d'un statut légal il a conservé sa place sur l'arène politique à l'aide de ses représentants dans les listes des partis légaux ou en qualité de candidats indépendants. La fratrie a obtenu le meilleur succès aux élections législatives de 2005 lorsque ses représentants avancés comme candidats indépendants ont reçu 88 sièges en formant la plus grande fraction d'opposition dans l'Assemblée populaire. Les événements tumultueux en Egypte seront suivis des élections présidentielles et législatives. La fratrie n'espère pas décrocher le poste présidentiel. Mais au parlement, en profitant du mécontentement des couches de population démunies, la fratrie pourrait bénéficier d'un nombre importants de sièges. Le mouvement serait soutenu par un quart des 80 millions de la population égyptienne. Son électorat serait le plus discipliné. La devise des Frères-musulmans: "l'islam pure, la solution de tous les problèmes". Tous les malheurs des Arabes proviennent, selon ces idéologues, de l'Occident, de sa culture et des ses valeurs. Donc, il faut retourner aux traditions anciennes de l'islam, nettoyer l'esprit des musulmans orthodoxes des valeurs imposées par les autorités. Après la "révolution des dattes" ramenant l'économie égyptienne considérablement en arrière, les devises de la fratrie attirent de plus en plus de partisans, mêmes dans des couches aisées. La purification radicale de l'islam, c'est l'idéologie de pratiquement tous les parties et groupes islamistes radicaux. Et notamment celle du groupe terroriste Al-Qaeda au Maghreb. Tentant de conserver son pouvoir, Moubarak menace l'Occident et premièrement l'Europe par l'élargissement de la base sociale des islamistes radicaux. Dans une interview à la chaîne de télévision ABC il a déclaré: "Le pouvoir m'ennuie, je suis prêt à partir mais j'ai peur qu'après moi ne viennent les Frères-musulmans et que le pays ne soit embrasé par un chaos". Ce message est adressé non seulement aux Etats-Unis dont le président Obama persuade chaque jour Moubarak de lâcher le pouvoir pour calmer le pays. Ce message vise également à provoquer une scission au sein de l'opposition. Ces derniers jours démontrent l'efficacité de sa politique. Selon la plupart des analystes, quel que soit l'issue de la révolution les fondamentalistes islamiques élargiront leur influence et s'approcheront du pouvoir. Car à l'heure actuelle la fratrie est devenue la seule force politique réelle. Plus forte est seulement l'armée. Bien plus, cette organisation est devenue un nouveau centre de réflexion de l'islam politique dans toute l'Afrique du Nord. Dans cette situation certains analystes estiment même possible la transformation de l'Egypte en un deuxième Iran. Lors de la prière de vendredi à l'Université de Téhéran le guide suprême d'Iran Ali Khamenei a déclaré que les révoltes en Tunisie et en Egypte constituaient un "signe du réveil islamique" dans le monde. Et si en Europe et en Afrique du Nord le fondamentalisme devient une force réelle, alors on risque d'avoir non seulement "un deuxième Iran" mais ce qui est bien pire "un deuxième Afghanistan".

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