Il faut reconnaître que l’explosion dans le métro de Moscou en mars 2010 était en quelque sorte un attentat "interne" plutôt destiné à intimider les Moscovites. Mais lorsqu’on fait exploser des "portes internationales", c’est une tout autre affaire. La logique est imparable: c'est un moyen efficace de "fermer les portes" du pays. Au moins l’une d’elles. Ainsi, on "frappera" moins souvent aux autres portes. Et après l’attentat de l'aéroport moscovite de Domodedovo, "l’instabilité caucasienne" et la guerre antiterroriste qui semblait si lointaine n’ont pas seulement frappé à la porte de la Russie, mais ont retenti dans le monde entier.
C’est la manière pour les extrémistes de s'exprimer dans l'arène internationale et, c'est malheureusement une manifestation de l’instabilité dans le Caucase. De quelle victoire sur l’extrémisme peut-on parler face à de tels événements?
Or, quelque chose de ce genre avait été promis par les terroristes dès l’année dernière, voire auparavant. Ils avaient averti de leur arrivée en Russie. Il sera désormais difficile de convaincre le monde en dehors de la Russie que la situation est sous contrôle. Certes, les responsables de l’attentat seront retrouvés et punis. Mais si seulement la vengeance pouvait permettre de résoudre le problème. Malheureusement, ce n'est pas le cas.
Comment fermer la porte ouvrant sur l’Europe
Ceux qui partent le plus souvent à l’étranger sont les hommes d’affaires et les touristes. Or, se trouvant à l’étranger, les gens appartenant aux catégories susmentionnées (quel que soit leur pays d'origine) présentent l'étrange particularité de considérer la probabilité ou le danger potentiel avec énormément d’indifférence. Mais seulement jusqu’à l’instant où la violence extrême dans tel ou tel pays les touche directement. Tant que la possibilité d’être "impliqué dans un attentat" paraît faible, on peut prendre le risque.
Après les événements de Domodedovo, il faudra malheureusement revoir la probabilité de ce risque à la hausse. La zone d’arrivée de l'aéroport le plus grand et le plus moderne de Moscou, où des passagers étrangers étaient également présents (juste avant l’explosion arrivaient des vols en provenance d’Europe de l’Ouest, il y a des victimes britanniques, françaises, italiennes), a été visée par les terroristes pour rapprocher tous ceux qui n’ont pas encore compris le "danger qu'il y a à se rendre en Russie" du front du djihad antirusse.
Les journaux britanniques ont déjà noté que les explosions ont eu lieu à la veille de l’ouverture du sommet économique de Davos, où devait se rendre le président russe Dmitri Medvedev, contraint d’abréger le programme de sa visite. A Davos, il s’apprêtait à parler de la modernisation de la Russie, qui nécessite des investissements étrangers: difficile de trouver un meilleur endroit pour faire un discours sur ce thème.
Mais quelle image peut-on avoir du pays où l'on fait exploser une bombe dans le plus grand aéroport international de sa capitale? Ou dans le métro de l’une des plus grandes villes européennes 10 mois auparavant?
Des événements similaires, des attentats frappant exclusivement des étrangers ont eu lieu en Egypte il y a quelques années et sur l’île indonésienne de Bali. Et dans d’autres pays. A l’époque, l’Egypte et l’Indonésie ont enregistré un immense manque à gagner dû aux pertes des revenus issus du tourisme, pertes chiffrées à des milliards de dollars sur une année.
La Russie ne risque rien sur ce terrain. Le tourisme en Russie est un filet d’eau, dont l’amincissement ne serait même pas remarqué. Cela n’aurait aucune incidence que ce soit sur le nombre d’emplois ou sur les revenus financiers.
Mais cela pourrait avoir une incidence majeure sur l’attractivité des investissements à Moscou, à défaut de quoi la modernisation et le développement des innovations seront compromis.
Il est peu probable que les compagnies étrangères interprètent avec optimisme et enthousiasme les invitations à venir et à conquérir le marché russe stable et rentable, qui plus est dans le contexte de l'attentat de Domodedovo. Pourquoi mettre la vie du personnel en danger? Ou pourquoi payer plus les employés pour compenser le "risque russe", pour l’assurance? Le business occidental a déjà suffisamment de problèmes avec la manière russe de réaliser des affaires, de gagner de l’argent et de contourner les lois.
Parfois, il est très utile de se regarder à la troisième personne. De loin, de préférence. On voit ce que nos propres yeux ne distinguent pas. Voici un extrait du Guardian datant du 16 septembre 1999, juste après les attentats de Volgodonsk. Un immeuble avait été dynamité et entièrement détruit. 19 personnes sont mortes, près de 90 ont été blessées.
"La faiblesse de la Russie contemporaine et l’incompétence de ses forces de sécurité, surtout dans le domaine du renseignement, ont été soulignées par une série d’explosions. Nul doute, les assassins seront retrouvés, mais il existe un risque énorme que leurs actes impitoyables ne conduisent à l’avenir à quelque chose de bien plus grave."
L'article évoque pratiquement les 10 derniers mois d'attentats "terroristes" en Russie (à partir de mars 2010). Or à l’époque c’était loin de Moscou. Les événements de Boudennovsk (prise d'otages à l'hôpital de Boudennovsk, dans le sud de la Russie, en 1995), de Beslan (prise des centaines d'enfants et d'adultes en otage dans l'école numéro 1 de Beslan, en Ossétie du Nord, en 2004) ou du métro ne s’étaient pas encore produits… Et le même journal rappelle qu’après l’explosion de mars 2010, les services spéciaux russes ont averti que la cellule terroriste comptait entre 20 et 30 kamikazes. Et cela il y a 10 mois. La mise en garde à bel et bien existé.
Alors pourquoi oublions-nous si souvent des choses élémentaires: lorsque la guerre arrive en ville, il est trop tard pour demander de rendre des comptes à ceux qui protègent la ville, les maisons, les magasins, les cafés, les cinémas, les maternelles, les gares, les aéroports, etc.? Il faut demander des comptes à d’autres. Ceux qui doivent empêcher l’expansion de cette guerre, la circonscrire et la stopper. Comme toujours en Russie, la cause disparaît derrière l’effet. Depuis dix ans "on poursuit les terroristes jusque dans les chiottes", mais en vain.
Certains experts occidentaux avertissent que les attentats en Russie à la veille de la présidentielle de 2012 seront de plus en plus fréquents. Glen Howard, président du fonds américain Jamestown Foundation, estime que tous ces attentats visent à briser l’autorité du premier ministre russe Vladimir Poutine qui lutte contre le terrorisme. "L’explosion d’une bombe à Domodedovo renforcera l’opinion de l’élite russe que Vladimir Poutine perd le contrôle de la sécurité de la capitale, ce qui joue en faveur de ses ennemis."
Que faire pour empêcher les attentats futurs?
Les experts internationaux déclarent qu’après Domodedovo tout le monde devra se poser de nouveau la question de savoir comment faire en sorte que le vol, l’accueil et l’accompagnement dans les aéroports ne se transforment pas en "roulette russe." L’attentat conduira au changement des méthodes visant à garantir la sécurité dans les aéroports du monde entier. Jusqu’à présent, des millions de dollars étaient dépensés pour contrôler les départs. Apparemment, au XXIe siècle, cela ne suffit plus. Il faut désormais protéger les cibles dans les zones d’accueil des passagers.
Il sera probablement impossible de toutes les fermer. En Europe il n’existe pour l’instant qu’un seul aéroport qui passe aux "rayons X" toute personne pénétrant dans son enceinte, l’aéroport international d’Istanbul.
Norman Shanks, ancien chef de la sécurité de British airports authority (BAA - propriétaire et gestionnaire des sept principaux aéroports britanniques et de plusieurs aéroports dans le reste du monde), estime que la seule réponse pratique à une nouvelle menace est la surveillance cachée de toutes personnes pénétrant dans l’enceinte de l’aéroport. Toutefois, dans la majorité des cas cela permettra seulement d’identifier la menace, mais pas forcément de la neutraliser.
Depuis février 2010, la BAA a lancé le programme de "l’évaluation du comportement" et du scan complet des passagers. De la tête aux pieds. Il est également en service dans l’aéroport de Manchester et de Heathrow à Londres. Le personnel spécialement formé détecte les personnes "louches" et les interpelle pour une "radioscopie" complète. Trois passagers sur dix sont soumis à ce type de contrôle à Heathrow. Ce procédé est très coûteux. Un scanner de ce type (il "déshabille" complètement une personne) coûte 100.000 livres. C’est cher mais c’est nécessaire.
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