Le Mistral et ses concurrents: quel constructeur sera choisi par Moscou?

© RIA Novosti . Alexey Danichev / Accéder à la base multimédiaLe porte-hélicoptère français de classe Mistral
Le porte-hélicoptère français de classe Mistral - Sputnik Afrique
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Nikolaï Makarov, le chef de l’Etat-major général des Forces armées de Russie, a rendu publique la liste des pays qui participeront à l’appel d’offres pour la fourniture des bâtiments de débarquement pour la marine russe.

 

Nikolaï Makarov, le chef de l’Etat-major général des Forces armées de Russie, a rendu publique la liste des pays qui participeront à l’appel d’offres pour la fourniture des bâtiments de débarquement pour la marine russe. Hormis la France qui propose les bâtiments de classe Mistral, les constructeurs navals espagnols, hollandais et russes se battent pour cette partie du budget militaire russe. Qu’ont-ils à proposer à la marine?

Aujourd’hui, les bâtiments de débarquement représentent l’un des produits des plus en vogue sur le marché international des navires de guerre, et les projets les plus populaires de cette classe participent à l’appel d’offres russe. Quels sont leurs points communs et leurs différences, et quelles sont les chances de réussite de chaque offre?

Afin de comprendre les besoins précis de la marine russe, il convient d’étudier brièvement l’histoire des bâtiments de débarquement.

Le premier bâtiment de débarquement a été fabriqué aux Etats-Unis, qui déterminent les tendances dans le domaine des opérations amphibies. Les bâtiments de débarquement de classe LST (Landing Ship Tanks) créés pendant la Seconde guerre mondiale, destinés au débarquement de troupes et de matériel directement sur la côte à l’aide de rampes, avaient des capacités d’exploitation très réduites. Seulement une infime proportion de toutes les côtes du monde pouvait convenir à un tel débarquement. De plus, se trouvant en contact direct avec la rive, un bâtiment de cette classe représentait une cible presque parfaite pour l’ennemi.

En conséquence, l’évolution des opérations de débarquement se poursuivait suivant deux axes: l’éloignement des bâtiments des côtes et l’amélioration de l’accessibilité. L’hélicoptère a joué un rôle clé dans cette évolution, entrant en dotation à la fin de la Seconde guerre mondiale, et en devenant très populaire au début des années 1950 en tant que moyen de transport et d’appui. Les péniches de débarquement, projetées sur la zone de débarquement par des cargos, ont également joué un rôle important de par leur capacité à transporter du matériel militaire et l’infanterie de marine depuis un bâtiment vers les côtes.

Le bâtiment de débarquement est apparu à la jonction de ces deux axes, en conciliant les caractéristiques d’un cargo et d’un porte-hélicoptère de débarquement doté d’un pont d’envol continu.

A ce jour, les bâtiments de débarquement américains se distinguent par leurs capacités parmi les navires de cette classe comme étant les plus imposants, bénéficiant de la meilleure capacité d’accueil de troupes, d’hélicoptères et de matériel. Cependant, ils sont exclusivement réservés à l’armée américaine et sont très coûteux. Pour ce qui concerne les bâtiments de débarquement européens, il convient de commencer par le Mistral, considéré comme le plus prometteur des bâtiments à entrer en dotation de la marine russe.

Les bâtiments de projection et de commandement (BPC) français qui ont un tirant d’eau de 21 300 tonnes sont adaptés aux missions actuelles et ne sont pas destinés à une guerre intense. Les Mistrals, inférieurs de par leur coût et leur armement embarqué par rapport aux bâtiments de débarquement américains, disposent, néanmoins, d’importantes capacités de projection opérationnelle de longue durée dans les régions éloignées de l’océan. Ils sont capables d’accueillir jusqu’à 450 fusiliers marins (jusqu’à 900 en réduisant le niveau de confort et en l’autonomie) et 16 hélicoptères moyens ou 30 hélicoptères légers.

L’équipement du Mistral lui permet de jouer le rôle de poste de commandement et de servir d’état-major de l’unité servant à remplir des missions de maintien de la paix ou de "démonstration du drapeau" dans une région de conflit. De plus, le bâtiment peut être utilisé en tant que base et comme hôpital dans les zones de catastrophes majeures.

Il convient de noter que le projet sera perfectionné pour son exploitation par la marine russe. Les bâtiments construits selon nos besoins disposeront d’une coque renforcée pour résister à la glace et leur hangar sera rehaussé de 17 centimètres afin d’y placer des hélicoptères Kamov, supérieurs par leur taille aux appareils français.

De plus, le bâtiment sera équipé de systèmes russes de défense antiaérienne qui sera renforcé par rapport à l’original du projet pratiquement désarmé.

En optant pour le Mistral, les autorités militaires russes espèrent recevoir non seulement le bâtiment, mais également ses technologies de construction, ainsi que se familiariser avec les systèmes occidentaux de guidage, de navigation et de communication. Dans les 10-15 prochaines années la Russie compte acquérir quatre bâtiments de cette classe, dont deux seront construits en France et les deux autres en Russie.

Le bâtiment espagnol Juan Carlos I, possédant de très bonnes caractéristiques également, est un concurrent du Mistral. De par sa taille il est supérieur au Mistral (27.000 tonnes) et peut accueillir non seulement des hélicoptères, mais également des avions à décollage court et atterrisage vertical du type Harrier ou le futur F-35. Cependant, doter la Marine russe d’un bâtiment de cette classe (le Juan Carlos I - ndt) est pratiquement impossible car notre pays ne dispose pas de chasseurs à décollage vertical, et aucun projet ad hoc n'est en cours. Par ailleurs, l’adhésion au programme de développement du F-35 est impossible à ce jour, aussi bien pour des raisons politiques qu’en raison des problèmes liés à la mise en œuvre de ce projet. Or en l’absence de ce type d’avions, la majeure partie des avantages du Juan Carlos devient inutile.

Le Mistral a un sérieux concurrent – le projet hollandais Rotterdam, qui appartient à une classe quelque peu différente de bâtiments de débarquement, plus précisément la classe des cargos porte-hélicoptères. Ces bâtiments se distinguent des bâtiments de débarquement par l’absence du pont d’envol continu et de hangar de pont. Le vaste héliport est disposé à la poupe du navire, et les hélicoptères sont placés dans le gaillard d'avant.

Le Rotterdam est plus petit que le Mistral (13.000 tonnes contre 21.000), transporte moins d’hélicoptères (4 contre 16) et coûte moins cher. Toutefois, il possède une capacité d’accueil honorable et est un bâtiment de débarquement moderne, capable de projeter et d’assurer les missions d’un bataillon d’infanterie de marine (jusqu’à 450 hommes) avec leur matériel et armement.

Le projet français dépasse le Rotterdam en raison de sa capacité d’accueil d’hélicoptères plus importante. De plus, il dispose d’atouts politiques non négligeables: la coopération entre la Russie et la France est essentielle dans la politique européenne et, par conséquent, les chances de concrétisation du projet français sont bien plus importantes.

Pour terminer, les constructeurs navals russes ne disposent pas à ce jour de projet finalisé de bâtiment de débarquement. Un projet de ce type était en cours de développement actif en URSS, lors de la création du bâtiment du projet 11780. Deux navires de ce projet, Krementchug et Kherson ont même été commandés mais l’effondrement du pays n’a pas permis leur mise en dotation.

De par leurs caractéristiques techniques, les bâtiments du projet 11780 se trouvaient entre les navires américains et français. Ayant un tirant d’eau d’environ 25.000 tonnes, le bâtiment soviétique devait transporter jusqu’à deux bataillons d’infanterie de marine (1.000 personnes), jusqu’à 30 hélicoptères et, évidemment, des aéroglisseurs de débarquement, entre 2 et 4, suivant leur taille, ou un nombre plus grand de péniches de débarquement, d'une taille inférieure.

Toutefois, le projet 11780 devait également avoir des différences avantageuses par rapport aux navires occidentaux. Les constructeurs soviétiques avaient au départ doté le projet d’un moteur électrique puissant, permettant de développer une vitesse maximale de 30 nœuds et d’une meilleure puissance de feu, comprenant un système de défense antiaérienne de moyenne portée et un canon d’artillerie AK-130, ce qui améliorait considérablement la capacité de survie du navire et l’appui lors du débarquement.

Il convient également de noter que la vitesse importante permettait d’exploiter le projet 11780 en tant que navire anti-sous-marins.

Cependant, le projet développé en se référent aux technologies des années 1980 nécessite aujourd’hui un remodelage complet, ce qui demanderait énormément de temps sans aucune garantie de succès. Par conséquent, les chantiers navals russes ne peuvent participer à l’appel d’offre qu’en qualité de sous-traitants. Ils pourraient être chargés de la mise en œuvre d’un projet étranger sous licence. Dans l’ensemble, d’une manière ou d’une autre, la Russie et la France devraient arriver précisément à une telle forme de coopération au sujet de la vente du Mistral. Il ne reste plus qu’à déterminer le degré d'implication de l’industrie russe dans la construction des deux premiers bâtiments en France, et le pourcentage de l’intégration locale pour la construction de la seconde partie en Russie.

 

Ce texte n’engage pas la responsabilité de RIA Novosti

 

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