Une nouvelle coalition d'opposition en Russie

© RIA Novosti . Grigory Sisoev  / Accéder à la base multimédia Vladimir Ryjkov, Mikhaïl Kassianov, Boris Nemtsov et Ilia Iachine
 Vladimir Ryjkov, Mikhaïl Kassianov,  Boris Nemtsov et Ilia Iachine  - Sputnik Afrique
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Plusieurs politiciens de " l'opposition hors système " ont annoncé l'intention de créer une nouvelle coalition. Quatre " ex " promettent de la rejoindre : l’ancien premier ministre Mikhaïl Kassianov, l’ancien vice-premier ministre et ancien gouverneur Boris Nemtsov, l’ancien chef de la fraction " La Russie, notre maison " de la Douma (chambre basse du parlement russe) Vladimir Ryjkov et l’ancien chef de l'organisation de la jeunesse du parti Iabloko Ilia Iachine.

Plusieurs politiciens de " l'opposition hors système " ont annoncé l'intention de créer une nouvelle coalition. Quatre " ex " promettent de la rejoindre : l’ancien premier ministre Mikhaïl Kassianov,  l’ancien vice-premier ministre et ancien gouverneur Boris Nemtsov, l’ancien chef de la fraction " La Russie, notre maison " de la Douma (chambre basse du parlement russe) Vladimir Ryjkov et l’ancien chef de l'organisation de la jeunesse du parti Iabloko Ilia Iachine.

Ces quatre politiciens occupent aujourd'hui également des postes dans des partis et des mouvements d'opposition non enregistrés. Il existe un cinquième membre de la coalition potentielle, l'ancien vice-président de la Banque centrale de Russie, désormais un homme d'affaires indépendant, Sergueï Alexachenko. L'union est créée afin de participer conjointement aux élections parlementaires de 2011, et par la suite, ces messieurs ont l'intention de présenter un candidat unique pour les élections présidentielles.

En principe, ce genre de coalitions n’acquiert un certain sens politique qu’une fois interdites, poursuivies, réprimées, et non admises aux élections. Dans de telles circonstances les malchanceux obtiennent l'auréole de " victimes du régime ". Ils attirent immédiatement l'attention des médias, surtout étrangers, ont matière à se permettre des déclarations du type " Si on nous avait donné une chance, nous aurions pu montrer à tout le monde "...

En réalité, l'opposition hors système n'a pas la moindre chance de succès aux élections. En raison de certaines raisons objectives, et non pas à cause des persécutions ou des poursuites.

Avant tout, ces coalitions sont extrêmement fragiles et précaires. Au cours des dix dernières années, on a tenté d'en créer au moins quatre. Elles ont porté diverses appellations, Comité-2008, " Une autre Russie ", l'Assemblée nationale, " Solidarité ". Et en règle générale, elles s'effondraient avant même le lancement des campagnes électorales.

Les raisons d'une telle fragilité sont toutes aussi objectives. Les unions sont ravagées par des luttes internes féroces et brutales engendrées par des contradictions inconciliables. La lutte pour la prééminence au sein des coalitions constitue la principale raison de ces contradictions. Pratiquement derrière chaque membre supposé de la coalition se trouve sa propre organisation, ne serait-ce que toute petite. Et ils voudraient conserver leur primauté.

De plus, " dans leur vie antérieure ", avant leur entrée dans un parti de l'opposition hors système, la majorité d'entre eux occupait des postes gouvernementaux de premier plan et ils ne voient aucune raison d'abandonner les positions dirigeantes à ceux qui n'en ont jamais occupées. Ces derniers, à leur tour, estiment qu'ils ont davantage de raisons de " prendre les rênes " car les autres ont déjà été dirigeants et qu’il faut du sang neuf.

De temps à autre, les leaders potentiels déclarent qu'ils n'ont " aucune ambition " ou " aspiration au pouvoir ", et se nomment les uns les autres co-présidents de toutes les coalitions possibles et imaginables. Mais les contradictions entre les co-présidents ne disparaissent pas, et les coalitions s'effondrent inévitablement. Par ailleurs, une gestion collective convient peu pour une campagne électorale. C'est le principe du proverbe : une barque qui a plusieurs pilotes court droit au danger.

Mais admettons que la cinquième coalition d'opposition ne s'effondre pas et survive jusqu'aux élections. En tant que force politique elle présente un autre défaut congénital : l'absence d'un programme positif concret. En d'autres termes, ils savent parfaitement qui doit être démis de ses fonctions. Ils sont unis par le slogan " Dehors! " et l’exigence de voir organisées " des élections honnêtes ".

En fait, plus on les empêchera de s'enregistrer et de se présenter aux élections, et plus leur coalition ou union demeurera. On a parfois l'impression qu'en empêchant les politiciens hors système de participer pleinement à une campagne électorale, on leur évite une défaite désastreuse.

Par leur existence ils personnifient la fameuse thèse de Karl Marx, formulée dans l'essai Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte : l'histoire se répète toujours deux fois : la première fois comme tragédie, la seconde comme farce.

À l'époque stalinienne, à la fin des années 30, l'étonnant terme de " bloc droite-gauche " a fait son apparition. Il est clair qu'une telle organisation n'a jamais existé, ce qui n'a pas empêché le régime d'exécuter tous ceux à qui on imputait la participation au conglomérat artificiel.

Mais à la fin du XXe siècle, " le bloc gauche-droite " est devenu réalité. Et sous forme de deux hypostases à la fois.

Premièrement, les coalitions, dont l'unité se basait exclusivement sur l'opposition au " régime " car elles comportaient des composantes incompatibles, sont déjà apparues à plusieurs reprises dans l'histoire postsoviétique. L'un des derniers exemples concerne " Une autre Russie ", où le respectable libéral Mikhaïl Kassianov et l'extrême communiste Viktor Anpilov se tenaient côte à côte à la tribune lors des manifestations.

Deuxièmement, même après l'effondrement de ces structures fantastiques, à l'instar d'un château de cartes, l'incroyable idéologie des " blocs gauche-droite " était intégrée dans les programmes politiques : aussi bien dans les partis hors système que dans leurs unions temporaires.

Ces programmes comportent deux bases s'excluant mutuellement, libérale et sociale. D'une part, ils invitent à libérer les entreprises et à limiter le rôle de l'État. D'autre part, ils promettent d'augmenter les retraites, les salaires du secteur public et les diverses allocations.

C'est précisément la particularité d’un programme portant un nom vif et éclatant, " 300 pas vers la liberté ", avec lequel les membres de la coalition d'opposition prévoient de se présenter aux élections.

Plus sérieusement, pratiquement tous les programmes des campagnes électorales sont irréalisables, tous les hommes politiques font des promesses qui sont loin de convaincre la population, et peu de politiciens se pressent de les tenir. Mais quant à Kassianov, Nemtsov et d'autres, leur situation est aggravée par leurs passés à des postes gouvernementaux. Ils avaient une toute autre politique sociale et ont particulièrement marqué les esprits des futurs électeurs. Les électeurs croiront à peine en une transformation des anciens chefs. Pour cette raison, dans le meilleur des cas, la nouvelle coalition d'opposition ne s'effondrera pas avant d'avoir la possibilité de perdre les élections.

Ce texte n'engage que la responsabilité de l'auteur.

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