Le leader libyen a été entre l'après-midi du 29 août et le matin du 31 août au centre d'attention des autorités, de l'opposition et de la plupart des médias italiens. Les déclarations faites par Mouammar Kadhafi à Rome ont fait frémir le Vatican et Bruxelles. L'avion libyen numéro un a atterri en retard d'une heure et demie à l'aéroport de Ciampino. La 4ème visite du « roi de tous les rois africains » et du «meilleur ami de l'Italie et de Silvio Berlusconi » en Italie, écrit Alexei Grigiriev, s'est avérée la plus somptueuse et extravagante. Kadhafi est arrivé aux solennités consacrées à la signature le 30 août 2008 à Benghazi de l'Accord historique, pour reprendre l'expression des deux parties, dans lequel l'Italie a présenté ses excuses pour la colonisation de la Libye entre 1911 et 1943. L'Italie s'est engagée, en outre, à rembourser pendant 25 ans à partir de 2009 à la Libye 200 millions d'euros tous les ans, au total - 5 milliards d'euros ! En voilà un exemple à suivre. Ainsi, l'Algérie a beau insister depuis longtemps pour que Paris lui présente des excuses ne fut-ce que formelles pour 132 ans de colonisation. Ayant abandonné les préjugés, l'Italie, en premier lieu Silvio Berlusconi, ont réglé définitivement tous les problèmes dans les rapports avec la Libye. L'Italie a devancé par là même de multiples concurrents dans l'établissement des liens économiques avec la Libye. Celle-ci a promis d'accorder un régime de faveur aux compagnies italiennes et de garantir les livraisons de pétrole et de gaz à l'Italie. Plus d'une centaine de compagnies italiennes déploient leurs activités dans divers secteurs de l'économie libyenne. L'ENI entend placer 25 milliards d'euros dans le pétrole libyen et son PDG Paolo Scaroni a qualifié ce pays de « pupille des yeux » de ce groupe pétrolier. Après l'actuelle visite de Mouammar Kadhafi à Rome, poursuit notre observateur, l'Italie peut compter sur des bénéfices encore plus sérieux. Silvio Berlusconi a raffermi lundi l'amitié et le partenariat ayant organisé pour son ami une réception splendide au Centre hippique des carabiniers de Tor di Quinto avec la participation de 800 invités y compris les capitaines du business italien. « L'Italie croit en l'accord, c'est ce qu'elle a réaffirmé par une prompte ratification du document », a souligné Berlusconi. Mouammar Kadhafi a salué en réponse « le courage et l'audace » de Berlusconi ayant qualifié les rapports italo-libyens de « pont de l'amitié, de l'amour et de la paix entre l'Afrique et l'Europe ». Le leader libyen a exigé que l'UE accorde au moins 5 milliards d'euros par an pour la lutte contre les immigrés. « Répondre à la demande libyenne est dans l'intérêt de l'Europe, qui sinon, demain, avec l'avancée de millions d'immigrés, pourrait devenir l'Afrique », a affirmé le colonel Kadhafi. « Demain peut-être l'Europe ne sera plus européenne et même noire car ils sont des millions d'Africains à vouloir venir », a-t-il encore déclaré. Des milliards d'euros demandés à Bruxelles doivent être destinés avant tout aux pays maghrébins par lesquels les immigrés affluent en Europe. «Nous refusons d'être le garde-côte de l'Europe sans contrepartie», a déclaré le leader libyen. Bruxelles n'a prêté aucune attention à la demande de Kadhafi ayant, cependant, pris au sérieux les appels du ministère français des AE à convoquer une conférence sur la lutte contre l'immigration illégale et à conclure au plus vite un accord de partenariat global UE-Libye.
Mouammar Kadhafi a, d'ailleurs, accompli à Rome sa mission civilisatrice qualifiée de « show pénible » dans la presse italienne. Il s'agit de deux cours sur les avantages de l'islam pour les femmes donnés par Kadhafi à 700 jeunes Italiennes. Selon les médias invités aux cours, l'agence italienne de personnel les a invitées aux cours à condition d'être « jeunes, belles et muettes ». Elles ont reçu 80 euros chacune de l'agence et un Coran - du leader libyen. « L'islam doit être la religion de l'Europe », a dit Kadhafi ayant conseillé aux jeunes filles d'épouser les Libyens. Or, seules deux Italiennes et une Espagnole ont accepté l'islam. L'appel à l'islamisation a indigné le Vatican, plusieurs institutions publiques et partis ainsi que la presse cléricale. « Si j'avais exhorté les Libyens à la christianisation, je ne serais pas sans doute revenu sain et sauf de Tripoli », a dit le leader du parti chrétien-démocrate Rocco Buttiglione. Avec ses déclarations sur l'islam, « l'objectif de Kadhafi est de faire croire qu'en Occident il n'y a pas de dignité, que l'Europe ne croit qu'à l'argent », a dénoncé Rocco Buttiglione, en demandant de « garantir une véritable liberté de religion en Libye ». Dans l'ensemble, le raffermissement des rapports entre la Libye et l'Italie et de l'amitié personnelle de leurs leaders constitue le bilan essentiel de la visite de 48 heures de Mouammar Kadhafi à Rome. L'ambassadeur de Libye en Italie a fait savoir la veille de la visite que les nouveaux passeports des citoyens libyens porteraient l'effigie de la poignée de main Berlusconi - Kadhafi après la signature de l'Accord, fait sans précédent.
