Le sujet que notre animateur Alexei Grigoriev a préparé pour aujourd'hui s'intitule "L'Algérie continue de demander à la France des excuses pour la période de sa colonisation". Dans la seconde moitié de notre émission nous vous proposons d'écouter une revue des dernières actualités du Maghreb.
Vendredi dernier, le parti socialiste au pouvoir en Algérie, le Front de la libération nationale, a encore une fois déclaré qu'il "ne cessera jamais d'exiger la reconnaissance et les excuses officielles de la France pour ses crimes coloniaux perpétrés contre le peuple algérien". Cette déclaration a été faite à l'occasion du 55e anniversaire de la tentative du FLN de lever une révolte de la population arabe de la ville de Constantine contre les colonisateurs. L'écrasement de la révolte par l'armée française s'est terminé par un massacre. Plus de 1.200 personnes étaient mortes. Selon le FLN, les pertes s'élevaient à 12.000 personnes, principalement les habitants musulmans de la ville. En 2007, Nicolas Sarkozy a donné son jugement sur le massacre de Constantine. Il a dit: "Le déferlement de violence, le déchaînement de haine qui, ce jour-là, submergea Constantine et toute sa région et tua tant d'innocents étaient le produit de l'injustice que depuis plus de cent ans le système colonial avait infligé au peuple algérien. L'injustice attise toujours la violence et la haine. Mais le système colonial était injuste par nature et le système colonial ne pouvait être vécu autrement que comme une entreprise d'asservissement et d'exploitation". Le discours du président laissait clairement entendre la reconnaissance de la responsabilité de l'armée française et des détachements du FLN pour tous les crimes et le versement du sang pendant les huit ans de lutte anticoloniale du peuple algérien.
Mais les paroles de Nicolas Sarkozy ne comportaient pas d'excuses pour tout ce que la France avait fait en rendant l'Algérie sa colonie en 1830, tandis que le massacre de Constantine n'a été qu'un seul épisode de la longue lutte des Algériens pour leur indépendance. Le président de l'Algérie, Abdelaziz Bouteflika a à plusieurs reprises déclaré qu'il fallait "qualifier le colonialisme comme crime". "Voilà pourquoi, a dit Abdelaziz Bouteflika, l'exigence des Algériens de reconnaitre la responsabilité pour les crimes de la période de la dominance coloniale française est légitime et justifiée du point de vue historique et moral."
Les relations entre la France et l'Algérie sont en "pleine évolution". En France, il y a aujourd'hui plus de quatre millions d'Algériens de plusieurs générations. Ces dernières années des rapprochements s'alternaient avec des scandales entre les deux pays. Le dernier tel événement en date était le scandale du février 2010 lorsque l'Algérie s'est retrouvée sur la liste française des "pays à risque terroriste pour les transports aériens". Le chef de l'Assemblée populaire nationale, chambre basse du parlement algérien, Abdelaziz Ziarri s'est alors indigné: "Comment l'Algérie peut-elle être parmi les pays qui luttent contre le phénomène du terrorisme et dans le même temps figurer sur la liste des pays dont les ressortissants sont soumis à des mesures de contrôle spécifiques?" Le FLN est allé plus loin et a présenté au parlement le projet de loi blâmant les actions des Français au cours des 132 ans de leur colonisation de l'Algérie. Ce projet a, entre autres, une clause instituant les "tribunaux spéciaux" pour "juger les responsables de crimes coloniaux". Si le projet est adopté, la politique de la France en Algérie sera qualifiée en termes juridiques comme un "crime contre l'humanité".
Un autre scandale a fait écho dans les milieux politique des deux pays le 23 février 2005 lorsque l'Assemblée nationale de la France a vanté "le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord". Une disposition abrogée un an plus tard, condamnée par le président Bouteflika et qualifiée de "loi de la honte" par des parlementaires FLN.
En février 2010, Le Journal du Dimanche a publié l'interview du ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, au sujet de l'éventuelle amélioration des relations entre les deux pays. Kouchner a dit que "ce sera peut-être plus simple" lorsque la "génération de l'indépendance algérienne" ne sera plus au pouvoir. Cette phrase a coûté à Bernard Kouchner l'accusation de l'ingérence dans les affaires intérieures de l'Algérie.
Sur fond des scandales qui interviennent entre les deux pays le président algérien Abdelaziz Bouteflika a de nouveau remis de plusieurs mois sa visite de travail à Paris, fixée au juin. L'Elysée s'set indignée. Entre-temps, elle ferait mieux de regarder sur l'exemple de l'Italie. Il y a quelques années, Rome a présenté officiellement des excuses à Tripoli pour la période de la colonisation italienne de la Libye. Bien plus, les autorités italiennes se sont engagées à payer des milliards d'euros pour le préjudice et les humiliations causées par le colonisateur à la Libye. Quant à Paris, il semble refuser aux Algériens même le droit de s'indigner contre l'ancienne métropole. Dans cette atmosphère, jeter des ponts s'avère une affaire difficile mais pas moins indispensable.