Cette année, la Journée mondiale des échecs (le 20 juillet) est marquée par une atmosphère de luttes, de conflits et de contradictions qui déchirent la Fédération internationale des échecs (FIDE).
Près de 180 pays sont regroupés actuellement au sein de cette puissante organisation sportive dirigée depuis 1995 par Kirsan Ilioumjinov, citoyen de Russie et président de la République de Kalmykie. Il fut élu à ce poste à la Fédération après que le monde des échecs se fut retrouvé déchiré par un schisme profond.
L’activité la plus importante de la FIDE a consisté pendant 85 ans à organiser les Championnats du monde. Depuis la fondation de cette organisation la couronne a été contestée à 51 reprises, dont trois fois au cours de matches-tournois. Depuis la fin du 19ème siècle et jusqu’à la fin du 20ème, treize rois seulement ont accédé au trône de ce royaume, le dernier d’entre eux étant Garry Kasparov. Or, au tournant des 20ème et 21ème siècles, six champions ont fait simultanément leur apparition dans des cadres différents. Deux d’entre eux, a savoir Kramnik et Anand, ont poursuivi la tradition classique en remportant des matches sur leurs prédécesseurs (Kramnik a battu Kasparov et Anand a vaincu Kramnik). Les quatre autres ont gagné le nouveau titre, celui de Champion du monde de la FIDE.
C’est que dès 1993 Kasparov et Short ont refusé de participer au nouveau match sous l’égide de la FIDE et se sont contesté la couronne dans le cadre de l’Association professionnelle des échecs qu’ils avaient eux-mêmes fondée. Résultat, un schisme s’est produit. Dès lors, deux Championnats du monde se sont déroulés en parallèle et deux « rois » se faisaient couronner. Une période trouble s’est instaurée sur l’Olympe des échecs. L’Association professionnelle des échecs a cessé d’exister après la victoire remportée par Kasparov sur Anand, le 13ème Champion voulant faire revenir les échecs à une tradition préhistorique qui voulait que le gagnant choisisse lui-même son adversaire suivant. Enfin, en 2000, le duel Kasparov – Kramnik a eu lieu, organisé par la société Brain Games. En perdant le match, Kasparov a été obligé de déposer la couronne.
En 1997-1998 le Championnat du monde a pour la première fois obéi à un nouveau schéma inventé par Kirsan Ilioumjinov. Le tournoi a réuni les 100 meilleurs joueurs rejoignant la lutte à des stades différents. Il était présumé que Karpov et Kasparov rejoindraient le tournoi en demi-finale et joueraient ensemble, la finale avec leur participation paraissant la plus probable. Or, Kasparov a fait fi de la FIDE et Karpov a pu directement accéder à la finale et devenir le Champion du monde selon la FIDE. Par la suite, il a été détrôné en 2000 par Aleksandr Khalifman et par Vishy Anand. La dualité s’est poursuivie au 21ème siècle avec Kramnik et Ponomarev dominant désormais le monde des échecs.
Cette pagaïe a fini par lasser tout le monde et en 2002 l’unification a commencé à se profiler à l’horizon. Tout d’abord, Kasparov, sentant qu’il risquait d’être relégué aux oubliettes, a effectué son retour aux sources et a même insisté pour que le titre de Champion redevienne propriété de la FIDE. Des matches ont été prévus entre Kasparov et Ponomarev pour contester la couronne dans le cadre de la FIDE et entre Kramnik et Leko pour le titre de Champion des échecs classiques, les gagnants étant sensés participer au match unificateur. Hélas, en 2003 cette idée a fait long feu. C’est Roustam Kassymjanov qui a remporté le nouveau Championnat-knockout en 2004 et Kramnik a conservé son titre dans un duel contre Leko.
Étant donné la nouvelle situation, le président de la FIDE a ordonné un match entre Kasparov et Kassymjanov dont le gagnant devait affronter Kramnik, mais le match a dû être ajourné pour des raisons d’ordre financier. Ensuite Kasparov a fait sa célèbre déclaration selon laquelle les attentes interminables faisaient échoir tous ses plans, que sa patience était a bout et qu’il mettait fin à sa carrière sportive.
A ce moment délicat, Kirsan Ilioumjinov a trouvé une solution. En 2005, en Argentine, les huit meilleurs joueurs de la planète ont lutté pour la couronne dans un match-tournoi de deux tours remporté par Vesselin Topalov. Et en 2006, pour la première fois dans l’histoire des échecs, un match pour le titre du Champion absolu du monde a eu lieu entre Kramnik, le Champion classique, et Topalov, le Champion de la FIDE. Le temps de base s’est terminé à égalité, à six points chacun, mais le jeu d’échecs rapides a assuré la victoire de Kramnik.
Ainsi le pouvoir unique a-t-il été restauré dans le monde des échecs. Or, de nouveaux problèmes n’ont pas tardé à surgir. En 2007, un nouveau Championnat a eu lieu au Mexique consistant en un match-tournoi à deux tours avec huit participants. Après avoir remporté ce tournoi, Vishy Anand a rapporté la couronne en Inde, la patrie des échecs. Le match-revanche entre Anand et Kramnik était à l’ordre du jour. Pourtant, la mise à l’écart de l’ancien Champion Topalov avait l’air incongrue. Par ailleurs, Gata Kamsky avait déjà remporté la Coupe du monde qui avait remplacé le Championnat du monde de la FIDE. Afin de régler tous les malentendus, la FIDE a organisé des matches entre Anand et Kramnik d’un côté, et entre Topalov et Kamsky de l’autre. Le premier match a déterminé le nouveau Champion du monde et le second son futur adversaire. En mai 2010, Anand a battu Topalov à Sofia et a conservé son titre. C’était la fin du schisme dans le Royaume des échecs.
Kirsan Ilioumjinov a réalisé son rêve : il a unifié le monde des échecs. Il paraissait indiscutable que le Congrès de la FIDE de l’automne prochain à Khanty-Mansiïsk en Russie verrait sa réélection pour un troisième mandat, d’autant plus, qu’il s’était assuré le soutien de la Fédération russe des échecs dirigée par Arkadi Dvorkovitch, président du Conseil de surveillance de cette Fédération. Or, une chose imprévue est survenue en mars 2010 lorsque Anatoli Karpov a annoncé sa candidature à la présidence.
Le conflit et la confrontation ont repris de plus belle. Il est à remarquer dans ce contexte qu’alors que Kirsan Ilioumjinov a consacré des millions de ses dollars personnels pour assurer le fonctionnement de la FIDE, Anatoli Karpov, tout en étant un joueur d’échecs illustre, préfère, au contraire, faire appel aux sponsors. Cela veut dire que les Fédérations nécessiteuses de nombreux pays du tiers monde n’ont rien à espérer de sa part sur le plan de subventions financières. Ilioumjinov, par contre, est toujours prêt à les secourir.
Il est curieux que Garry Kasparov, tout récemment encore partisan de Kirsan Ilioumjinov, soutienne actuellement Anatoli Karpov. Mais il s’agit là de pure politique sans aucun rapport avec les échecs.
A ce jour, Karpov n’a présenté aucun programme de réforme de la FIDE et s’est limité pour le moment à fustiger Ilioumjinov à qui il reproche, notamment, la baisse de popularité des échecs.
Malheureusement, ces dissensions constituent un processus naturel auquel ont, d’ailleurs, contribué Kasparov et ce même Karpov, celui-la ayant causé le schisme au sein de la FIDE et celui-ci ayant été sur le point de faire capoter le Championnat national de Russie il y a quelques années en annulant sa participation juste avant le début du tournoi. L’aveu fait alors par Karpov que ses affaires primaient pour lui sur le jeu a choqué tout le monde.
Le caractère spectaculaire des échecs est objectivement inférieur à celui du football et de beaucoup d’autres sports. Quel que soit le gagnant de la lutte pour le poste de président de la FIDE, il ne fera pas revenir le temps jadis où les Champions du monde était de véritables maîtres à penser.
Ce texte n’engage que la responsabilité de l’auteur.
Schisme et échec au Royaume des échecs
08:32 21.07.2010 (Mis à jour: 16:05 05.10.2015)

© RIA Novosti . Rouslan Krivobok
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Cette année, la Journée mondiale des échecs (le 20 juillet) est marquée par une atmosphère de luttes, de conflits et de contradictions qui déchirent la Fédération internationale des échecs (FIDE).