Novossibirsk, un îlot de musique au cœur de la Sibérie

© RIA Novosti . Hugo NatowiczNovossibirsk, un îlot de musique au cœur de la Sibérie
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L’Ob immense s’étend tel un bras de mer. Le Transsibérien, avec à son bord une délégation d'écrivains français, est aux portes de Novossibirsk, ville de 1,4 million d’habitants née avec l’arrivée du rail en 1885. Telle une mise en abîme, la gare rappelle une locomotive orientée dans le sens Moscou-Vladivostok.

L’Ob immense s’étend tel un bras de mer. Le Transsibérien, avec à son bord une délégation d'écrivains français, est aux portes de Novossibirsk, ville de 1,4 million d’habitants née avec l’arrivée du rail en 1885.  Telle une mise en abîme, la gare rappelle une locomotive orientée dans le sens Moscou-Vladivostok.

La ville est peu avenante au premier abord, et une certaine tension se lit sur les visages ; les immeubles à l’aspect très soviétique et les usines n’enthousiasment guère les passagers. La fatigue, peut-être, commence à altérer les perceptions. Pas une seule bâtisse ancienne, rien de flambant neuf.

A l'étape précédente, les habitants d’Ekaterinbourg avaient commenté les bouleversements architecturaux qui affectent leur ville, cette course folle vers le ciel qui provoque un certain malaise. Qu’en est-il ici ? « On est tous attachés au passé, et je comprends ceux qui trouvent que la ville était plus belle avant. Mais moi je suis pour le progrès, pour le développement », lance sur un ton résolu Vladimir Miller, directeur adjoint du département de la Culture de la Région.

« Il a fait froid cette année, les hivers étaient moins rudes avant », ironisera-t-il plus tard, tournant en dérision la nostalgie de temps toujours meilleurs.

Vladimir est un Sibérien véritable, géant mû par une force inépuisable. C’est un pionnier, incarnation du Transsibérien : jamais il ne cesse d’avancer en dégageant une grande assurance. Cumulant les fonctions, il fait toutefois volontiers découvrir sa ville à ses hôtes, pour transformer leur première impression.

« Ici, on n’aime pas entendre qu’on est à l’est de l’Oural », aime-t-il rappeler. Bienvenue dans un îlot d’Europe au cœur de la Sibérie occidentale.

Par une de ces coïncidences qui entourent les artistes, l’écrivain Dominique Fernandez, fin connaisseur de la Russie qui visite pour la première fois la Sibérie, trouve immédiatement un langage commun avec Vladimir, ancien directeur de la Philharmonie de la ville : tous deux évoquent Zakhar Bron, célèbre professeur et découvreur de violonistes d’envergure. Une promenade sur les sentiers musicaux de Novossibirsk commence.

Outre sa renommée scientifique, Novossibirsk, située à 2814 km de Moscou, est un centre musical de premier ordre. La ville est parfaitement intégrée au réseau international; l’orchestre philarmonique et le ballet réalisent régulièrement des tournées à travers le monde.

« Il y a dix ans les gens en Europe venaient voir un ensemble de Sibérie car cela avait quelque chose de folklorique. Maintenant ils se déplacent pour entendre l’orchestre de Novossibirsk », constate avec orgueil Alexandre Nazimko, directeur de l’orchestre philarmonique d’Etat de Novossibirsk.

Au sein de l'institution se produisent 21 ensembles, du classique au jazz en passant par la musique médiévale et la musique de chambre. Ce soir, c’est un groupe celtique français qui est à l’affiche. Dans un couloir, nous rencontrons le chef d’orchestre anglais Julian Gallant qui, la veille, a dirigé la Tosca de Puccini.

Le destin musical de Novossibirsk remonte au temps de la Deuxième Guerre mondiale, quand le théâtre Mariinsky y est transféré en raison du siège de Leningrad. La prestigieuse institution finira par regagner la capitale du nord, mais un conservatoire sera maintenu.

Nous nous rendons à l’école spéciale de musique, pépinière de talents qui a vu sortir de ses murs des violonistes de la trempe de Maxim Vengerov et de Vadim Repine sous l’égide de Zakhar Bron.

Le bâtiment est moderne, lumineux, et les sourires se lisent sur les visages d'enfants venus de toute la Russie mais aussi du Kazakhstan, du Japon, de Chine et de Corée du Sud. Pourtant, la compétition est intense et les déçus sont légion. « Parfois la première impression est positive, mais à la longue on voit que le progrès tarit, et il faut alors prendre des décisions difficiles », semble se justifier Alexandre Martchenko, directeur de l’école.

Dans une salle nous accueille chaleureusement Anna Kislitsyna, diplômée de l’école qui y enseigne désormais. Lauréate de concours internationaux, elle s’est produite en septembre 2009 à la salle Cortot et prépare une série de concerts qui la mèneront dans toute la Sibérie à l’automne. Nous lui souhaitons « uspekhov » (succès) et laissons derrière nous l’école qui bourdonne dans une sympathique cacophonie.

Moderne, le centre-ville révèle une certaine harmonie et plusieurs bâtiments présentent une architecture audacieuse, tel le Théâtre de marionnettes, lieu d'une grande originalité construit il y a dix ans seulement.

L’impression dissonante de l’arrivée a laissé place à une sensation d’énergie mêlée de détermination : l'image d'une Sibérie assimilée à une plaine grise et uniforme ponctuée de bâtiments moroses s'évanouit. Sous le bitume malmené par les grands gels sommeille la fougue.

Demain le train des écrivains d’enfoncera plus avant dans cette région fascinante. Destination Krasnoïarsk, sur le majestueux fleuve Ienisseï.

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