Il y a 30 ans, aussitôt après la réunion du Bureau politique du Comité central du Parti communiste de l'Union soviétique au cours de laquelle fut prise la décision d'introduire des troupes soviétiques en Afghanistan, un groupe d'état-major constitué d'urgence, avec à sa tête le général d'armée Sergueï Akhromeïev, s'apprêtait à se rendre immédiatement à Kaboul.
Mais, il y a 30 ans, l'URSS qui introduisait ses troupes en Afghanistan était un Etat ayant une frontière commune avec ce pays. A présent, c'est la frontière turkméno-afghane ou ouzbéko-afghane, ce qui signifie que la situation est foncièrement différente.
Ce qui s’est produit il y a 30 ans n’a pas seulement marqué la dernière étape de l'existence de l'URSS: un modèle tout à fait nouveau d'organisation politique de l'Asie centrale y a pris racine. D'ailleurs, ce modèle est aujourd'hui en cours de formation, même s'il semble à d'aucuns qu'il n'y a là que des troupes américaines et celles de l'OTAN, et rien de plus.
Cependant voici qu’une source haut placée dans le gouvernement indien a révélé un fait inattendu pour beaucoup: il s'avère que le gouvernement et les hommes d'affaires indiens ont déjà investi 1,3 milliard de dollars dans l'économie afghane.
La Chine prévoit d'investir environ 3 milliards de dollars rien que dans un seul projet: celui des mines de cuivre d'Aïnak. Il y a encore l’Iran, dont les contacts avec l'Afghanistan sont peu connus mais qui, néanmoins, existent.
Il convient de noter qu’alors que nul ne voit l’issue de la guerre, les pays voisins de l'Afghanistan y mènent leur politique comme si aucun coup de feu n’était tiré.
L'ambassadeur d'Ouzbékistan en Russie, Ilkhomjon Nematov, a rappelé au cours d'un entretien avec l'auteur de ces lignes que la menace principale du point de vue de la sécurité pour l'Asie centrale, y compris pour l'Ouzbékistan, émanait de l'Afghanistan où une guerre totale se poursuit depuis plus de 30 ans et où est réalisée plus de 90% de la production d’héroïne au monde. Pour cette raison, l'Ouzbékistan trouve un intérêt vital à voir un renforcement de la paix et de la stabilité chez son voisin, ainsi qu’un règlement de la crise afghane dans les plus brefs délais.
Selon l'ambassadeur, l'Ouzbékistan fait beaucoup au niveau bilatéral pour le redressement économique de l'Afghanistan. Des entreprises du secteur du bâtiment d'Ouzbékistan y ont construit 11 ponts, les provinces du Nord sont approvisionnées en électricité par ses livraisons en provenance d'Ouzbékistan. Ce pays livre également à l'Afghanistan des engrais minéraux et des matériaux de construction comme du ciment, des armatures, de la brique et beaucoup d'autres articles.
Le chemin de fer Hairaton-Mazar-e-Sharif-Hérat est en cours de construction conjointement avec la Banque asiatique de développement (BAD) et constituera une infrastructure importante du transport pour le développement durable de toute l'Asie centrale.
C’est là que saute aux yeux l’évidence d’une question posée à l'ambassadeur d'Ouzbékistan: comment sont coordonnés les efforts menés par son pays avec ceux des Américains qu’il mentionne ? Peut-on saluer ces derniers?
Ilkhomjon Nematov apporte cette réponse: une grande quantité des livraisons humanitaires apportées par l'ONU et aussi d’autres pays est acheminée jusqu’en Afghanistan via le territoire de l'Ouzbékistan. De même que d'autres pays de la région, notamment comme la Russie, nous coopérons également avec les Etats-Unis en matière de transit de marchandises non militaires vers l'Afghanistan.
Nous avons toujours déclaré aux Etats-Unis que l'Ouzbékistan était prêt à développer la coopération avec les Etats-Unis dans les domaines d'intérêt commun, sur la base de l'égalité, du respect mutuel et des avantages mutuels, poursuit l'ambassadeur. Il s'agit de domaines comme la lutte contre le terrorisme international, le trafic de drogue, l'extrémisme…
La production d'héroïne s'accroît de façon catastrophique. Une situation paradoxale s'est créée. D'après les données de l'ONU, si, en 2001, l'Afghanistan avait produit environ 300 tonnes d'héroïne, à la fin de 2008, cet indice a atteint 8300 tonnes.
Ilkhomjon Nematov rappelle que pour cette raison l'Ouzbékistan salue la décision des Etats-Unis d'envoyer un contingent militaire supplémentaire en Afghanistan.
Mais il rappelle aussi l'initiative du président d'Ouzbékistan Islom Karimov de créer un groupe de contact 6+3 qui permettrait d'associer les voisins proches de l'Ouzbékistan au règlement de ce problème.
La mention de ce groupe mérite qu’on y prête attention. Une proposition sur la reprise de son travail a été formulée par le président Islam Karimov au sommet de l'OTAN de Bucarest du 3 avril 2008. Ce groupe était actif au sein de l'ONU bien avant la guerre américaine, c'est-à-dire avant 2001. Islom Karimov a proposé de maintenir son ancienne composition, à savoir les pays limitrophes de l'Afghanistan (Iran, Chine, Pakistan, Tadjikistan, Turkménistan, Ouzbékistan). Ses trois autres membres sont la Russie, les Etats-Unis et l'OTAN.
On pourrait être mécontent qu'Islom Karimov propose d'ajouter l'OTAN à l'ancien groupe de contact (6+2). D’une manière générale, on pourrait être jaloux de l'initiative en tant que telle (pourquoi pas avec la Russie, ou dans le cadre de l'Organisation de coopération de Shanghai, quel est le rôle de l'Inde, etc.) Mais il serait plus utile de voir le sens profond de cette initiative: le groupe de pays voisins de l'Afghanistan s’essaie déjà à jouer le rôle d'Etats clés dans le règlement des problèmes de la région.
Ce texte n'engage que la responsabilité de l'auteur.
Les armées étrangères quitteront l'Afghanistan, mais les pays voisins y resteront
20:05 14.12.2009 (Mis à jour: 16:05 05.10.2015)

© RIA Novosti . Alexander Graschenkov
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Il y a 30 ans, aussitôt après la réunion du Bureau politique du Comité central du Parti communiste de l'Union soviétique au cours de laquelle fut prise la décision d'introduire des troupes soviétiques en Afghanistan, un groupe d'état-major constitué d'urgence, avec à sa tête le général d'armée Sergueï Akhromeïev, s'apprêtait à se rendre immédiatement à Kaboul.