Moscou octroie une semi-reconnaissance à l'Abkhazie (Vremia novosteï/RBC Daily/Kommersant)

S'abonner
MOSCOU, 7 mars - RIA Novosti. Moscou réagit à la proclamation unilatérale de l'indépendance du Kosovo en changeant sa politique à l'égard des républiques autoproclamées dans l'espace postsoviétique, notent vendredi les journaux Vremia novosteï, RBC Daily et Kommersant.

Tout en évitant un conflit direct avec l'Occident, la Russie a accordé à l'Abkhazie un ersatz de reconnaissance politique, en annonçant qu'elle renonçait au régime de restrictions vis-à-vis de l'Abkhazie.

L'analyste politique Dmitri Evstafiev a qualifié cela de "percée dans la politique extérieure russe". Pour la première fois depuis vingt ans, Moscou se comporte de façon juste, en faisant des déclarations mesurées mais en entreprenant des démarches rigoureuses; jusqu'ici, c'était le contraire, a-t-il souligné.

La Russie n'ira certainement pas jusqu'à reconnaître politiquement l'Abkhazie, affirme Alla Iazkova, directrice du Centre de la Méditerranée et de la mer Noire de l'Institut de l'Europe de l'Académie russe des sciences. Mais il ne s'agit que d'un ballon d'essai. En outre, ceci ouvre des perspectives aux compagnies russes, notamment à celles qui sont engagées dans les projets olympiques.

Tbilissi note qu'au cours de ces dernières années, le blocus de l'Abkhazie n'était quasiment pas appliqué. La majorité des habitants de cette république autoproclamée ont obtenu la nationalité russe, ce qui leur a permis de traverser la frontière en toute liberté. Il n'existe aucune liaison aérienne avec l'Abkhazie, mais en revanche, ses ports accueillent même parfois des navires (surtout chalutiers et cargos) battant pavillon turc et ukrainien, pays amis de la Géorgie.

A l'heure actuelle, la Russie, l'Arménie et même la Géorgie sont intéressées par la reprise de la liaison ferroviaire via l'Abkhazie. Pour la Russie, le blocus de cette république devient particulièrement désavantageux en prévision des Jeux olympiques de Sotchi (2014), car l'Abkhazie pourrait permettre de loger une partie des touristes et fournir des matériaux de construction.

D'après Sergueï Grigoriev, vice-président de la corporation publique Olimpstroï (chargée de la construction des sites pour les JO de Sotchi), il est tout à fait légitime d'engager l'Abkhazie dans la mise en oeuvre des projets olympiques, en lui achetant des matériaux de construction inertes. Il s'agit en premier lieu de ciment, dont le manque est déjà manifeste. Les acteurs du marché estiment que les besoins en ciment pour la préparation des Jeux olympiques s'élèveront à au moins 4-5 millions de tonnes. Les capacités des fournisseurs traditionnels du Sud de la Russie (Novorostsement, Kavkaztsement) risquent de s'avérer insuffisantes, et transporter du ciment sur plus de 1.000 kilomètres est économiquement injustifié. Dans ce contexte, l'Abkhazie se présente comme le fournisseur le plus proche, et sa production pourrait s'avérer être la moins chère.

La Russie a proposé aux autres pays de la CEI (Communauté des Etats indépendants) de lever à leur tour les sanctions contre l'Abkhazie. Mais cela ne concerne pas l'Ossétie du Sud, l'autre république autoproclamée au sein de la Géorgie, ce qui s'explique par sa situation géographique. Si Tskhinvali obtient la permission d'exporter des produits agricoles, l'ensemble de la Géorgie de l'Ouest en profitera. Avant l'imposition de l'embargo, un important flux de marchandises géorgiennes passait par le territoire sud-ossète. Or, un tel scénario ne peut se reproduire en Abkhazie: jusqu'ici, Soukhoumi a interdit le passage par le territoire abkhaz de marchandises géorgiennes destinées à la Russie.

Cet article est tiré de la presse et n'a rien à voir avec la rédaction de RIA Novosti.

Fil d’actu
0
Pour participer aux discussions, identifiez-vous ou créez-vous un compte
loader
Chat
Заголовок открываемого материала