Poutine et Bush scellent le destin du dossier iranien

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Par Piotr Gontcharov, RIA Novosti
Par Piotr Gontcharov, RIA Novosti

Le rapport des services de renseignement américains sur le programme nucléaire de Téhéran ne peut être qualifié de sensation capable de changer radicalement le sort du dossier iranien. En revanche, il est possible que Vladimir Poutine et George W. Bush aient réglé cette question au cours d'un entretien téléphonique qui a suivi sa publication. Il est vrai, il n'est pas exclu que ce coup de fil ait pu être la conséquence directe de cette affaire.

Certes, ce document a beaucoup fait parler de lui. Mais il ne comporte rien de nouveau, en dehors du fait qu'il a effectivement été rendu public. Tout d'abord, les affirmations du renseignement américain selon lesquelles l'Iran aurait cessé dès 2003 tous les travaux de conception d'armes nucléaires ont, selon eux, un "degré moyen de certitude", c'est-à-dire 50/50. Bref, nous sommes en présence d'un rapport de travail bien ordinaire sur le problème iranien qui est étudié par les experts de tous les niveaux depuis 2003.

Cela concerne également les affirmations selon lesquelles l'Iran ne sera à même de produire suffisamment d'uranium hautement enrichi pour fabriquer des armes nucléaires qu'à partir des années 2010-2015. Elles ne s'appuient sur aucune information précise.

Bref, le rapport ne change rien ni concernant le programme nucléaire, ni concernant l'Iran lui-même. L'espoir que sa publication à la veille de l'examen au Conseil de sécurité de l'ONU d'une nouvelle résolution sur l'Iran porterait un coup dur à la coalition anti-iranienne formée par la Maison Blanche ne sera pas réalisé.

Au bureau de Javier Solana, Haut représentant de l'Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité commune, on a immédiatement déclaré que la publication du rapport n'influerait pas sur l'attitude de l'Union européenne à l'égard du problème nucléaire iranien, qui sera toujours fondée sur le dialogue et la contrainte. Cette déclaration n'a pas été démentie par les principaux pays membres qui négocient avec l'Iran: la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne. Ils jouent également le rôle de coalition anti-iranienne au sein des Six et au Conseil de sécurité de l'ONU. Bref, rien de nouveau.

Il en est autrement de l'entretien Poutine-Bush. Il y a là beaucoup de détails intéressants. Dans ses commentaires publics sur ce coup de fil, le président américain a reconnu le rôle clé de la Russie dans le règlement du problème iranien. Cela arrive rarement à George W. Bush, bien qu'il s'exprime parfois de façon difficilement compréhensible. Le rapport a déchaîné les passions au cours d'une conférence de presse à la Maison Blanche.

"L'une des décisions tactiques intéressantes que la Russie a prises et que les Etats-Unis soutiennent est que l'Iran a un droit souverain de développer un programme nucléaire civil". Ces mots de Bush ne sont pas seulement une révérence faite à la Russie. Ils traduisent une volonté d'accepter d'aller au-devant de l'Iran sur certains points, par exemple, sur la possibilité d'enrichir de l'uranium de façon limitée à des fins scientifiques, ce qui avait été proposé par les experts russes dès le début.

Enfin, et c'est là l'essentiel. Selon George W. Bush, Vladimir Poutine et lui sont conscients du fait que, si l'Iran crée un programme militaire, "cela constituera une véritable menace". Pour empêcher cela, Bush n'a pas seulement accepté "l'approche" proposée par le président russe, il a aussi promis de lui apporter tout le soutien nécessaire.

Il s'agit des livraisons de combustible nucléaire à la centrale de Bouchehr. Les Etats-Unis et l'Europe, ainsi que plusieurs experts russes n'excluent pas que l'Iran puisse retarder la restitution du combustible nucléaire usagé, en l'utilisant pour obtenir du plutonium à usage militaire. Du point de vue technologique, c'est possible, car le combustible usagé est déjà de l'uranium hautement enrichi.

Selon George W. Bush, Vladimir Poutine a proposé que la Russie s'engage à assurer sa restitution obligatoire, certes, avec le concours des Etats-Unis. "J'ai déclaré publiquement "oui", et je le ferai de nouveau", a indiqué le président américain.

Pour ce dernier, dans le contexte d'un rapport qui a fait tant de bruit, cet entretien téléphonique s'est avéré utile. Il a souligné avoir expliqué à son homologue russe le contenu de l'évaluation du renseignement américain en faisant remarquer: "Notre travail commun (Bush-Poutine) a été efficace".

Le projet de résolution prévoyant un durcissement des sanctions contre Téhéran devrait être soumis très prochainement au Conseil de sécurité. Les deux présidents ont en effet évoqué, affirme M.Bush, les efforts déployés en vue d'élaborer une nouvelle résolution, "si le régime iranien ne met pas fin à l'enrichissement de l'uranium". Si leurs avis à ce sujet sont aussi proches que sur les autres questions (apparemment, il en est ainsi), on peut estimer que l'avenir à moyen terme du dossier iranien est déjà tracé.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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