Les ailes financières du SuperJet-100

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Par Viktor Safonov, commentateur militaire, pour RIA Novosti
Par Viktor Safonov, commentateur militaire, pour RIA Novosti

La capitale du nord russe devient un lieu de bonheur pour le nouveau moyen-courrier russe Sukhoi SuperJet-100 (ou encore, comme on le désignait il y a quelques mois encore, le Russian Regional Jet, RRJ). Le 9 juin, lors du 11e Forum économique de Saint-Pétersbourg, la société Avions civils de Sukhoi (GSS), une filiale du holding aéronautique Sukhoi, a signé un accord de crédit avec la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) pour un montant de 100 millions d'euros, échelonné sur 10 ans. En partie, ces moyens financeront l'achèvement du projet et le lancement en série de l'avion. Le même jour, Sukhoi et Boeing ont signé un protocole prévoyant l'élargissement de la participation du constructeur aéronautique américain au programme de création des avions de la famille SuperJet-100.

On le voit, le crédit contracté par GSS à la BERD n'est pas trop élevé. Mais il a ceci d'important qu'il permet de régler les livraisons des équipementiers européens et de créer des réserves financières pour mener les tests de l'appareil, fixés pour fin 2007 et début 2008. Les experts estiment que la réalisation du programme de création de la famille des SuperJet-100 demandera des investissements à hauteur de 920 millions de dollars. Le prix d'une unité variera dans les limites de 25 millions USD, en fonction du modèle et des équipements.

Fait intéressant, la BERD accorde ce crédit à un taux d'intérêt traditionnel, sans exiger de garanties supplémentaires ni du gouvernement russe, ni de Sukhoi. La Banque ne doute donc pas que le projet sera un succès et que le prêt lui sera restitué dans les délais spécifiés dans le contrat.

Cette certitude est pourtant facile à expliquer. Premièrement, le projet Sukhoi SuperJet-100 est financièrement soutenu par le gouvernement russe, cas absolument unique dans les projets aéronautiques similaires en cours. Par exemple, le russo-ukrainien An-148, tout comme le russe Tu-334, est conçu grâce aux capitaux privés. Les travaux de création du SuperJet, eux, sont financés par le budget russe, à hauteur de 36 milliards de roubles (1,05 milliard d'euros). Chiffre qui ne semble pas définitif.

Deuxièmement, le projet a été appuyé par de nombreux transporteurs aériens, russes et étrangers. A ce jour, le nombre de commandes fermes d'avions atteint 61. Parmi les acheteurs qui ont déjà investi dans le projet, on trouve Aeroflot (820 millions de dollars), Sibir, le Groupe russe de leasing financier, la société Concord Aviation de Dubaï et Air France.

Troisièmement, il est très important que le projet de Sukhoi SuperJet-100 ait été soutenu par le constructeur aéronautique numéro1, Boeing. D'ailleurs, le nouvel avion russe n'est pas un concurrent pour lui : Boeing ne construit tout simplement pas d'avions de dimensions aussi "réduites", pour 100 passagers tout au plus, comme le SuperJet.

Jusqu'à une époque récente, Boeing s'était contenté de rester consultant dans le cadre du projet SuperJet en matière d'études mercatiques, d'établissement de projets et d'organisation de la production. Mais, désormais, la participation du constructeur américain au projet russe sera plus étendue. En vertu des documents signés à Saint-Pétersbourg, Boeing aidera son partenaire russe en matière d'entretien après-vente et de création du centre conjoint de formation de personnels.

Mais, pour Boeing, le protocole signé avec Avions Civils Sukhoi est non moins important. Car les Américains couvrent grâce aux achats en Russie, à la société ouralienne VSMPO-Avisma, jusqu'à 40% de leurs besoins en constructions portantes en titane, d'une légèreté et d'une solidité particulière. Voilà pourquoi Boeing juge important de maintenir de bons rapports avec la Russie et ses constructeurs aéronautiques. L'an dernier, lorsque le Département d'Etat américain a décrété des sanctions contre Sukhoi en raison d'une prétendue coopération avec l'Iran, les experts du constructeur aéronautique américain ont tout fait pour les abroger. Ce qui fut fait.

Mais il serait injuste de réduire toutes ces réalisations au seul soutien du gouvernement et aux accords signés avec la BERD et Boeing. Le principal avantage du projet SuperJet réside dans le fait que le futur avion répond à toutes les normes actuelles - et à venir - de confort, de sécurité, de vitesse et de commodité de transport pour les passagers. Et en plus les dirigeants de Sukhoi appliquent une politique mercatique judicieuse, eu égard le nouvel avion. Car le projet SuperJet a des concurrents non seulement sur le marché postsoviétique mais aussi dans le monde. A leur nombre, le brésilien EMBRAER et le canadien Bombardier.

Pour les prendre de vitesse, Sukhoi a engagé dans le projet les meilleurs équipementiers du monde. Par exemple, le moteur pour le nouveau moyen-courrier, SaM146, a été élaboré par le russe NPO Saturn en coopération avec le français Snecma (de Safran Group). Le moteur est déjà homologué et, dès la fin de l'année en cours, il sera livré en série à l'usine à Komsomolsk-sur-l'Amour, en Extrême-Orient, où l'avion sera assemblé. Parmi d'autres équipementiers, on trouve Thales (avionique), Liebherr (système de direction), Honeywell (groupe propulseur auxiliaire), Messier Dowty (train d'atterrissage), Intertechnique (système de carburant), Hamilton Sundstrand (ravitaillement en électricité), Air Cruisers (équipements de sauvetage) et d'autres.

Ce qui veut dire que le projet SuperJet s'appuie non seulement sur le soutien financier du gouvernement russe et de groupes bancaires mondiaux mais aussi sur la division internationale du travail, le moyen le plus moderne de production et de promotion sur les marchés internationaux.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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