Une date mémorable dans l’histoire des relations entre Moscou et Paris

S'abonner
Le 10 décembre est une date mémorable dans l’histoire des relations entre Moscou et Paris. C’est ce jour-l, en 1944, que fut signé à Moscou le Traité d’alliance et d’assistance mutuelle entre l’Union Soviétique et la République Française.
Le 10 décembre est une date mémorable dans l’histoire des relations entre Moscou et Paris. C’est ce jour-là, en 1944, que fut signé à Moscou le Traité d’alliance et d’assistance mutuelle entre l’Union Soviétique et la République Française. Réfléchissant à la portée de ce document, notre observateur Valentin Dvinine écrit :
La 2e guerre mondiale n’était pas encore terminée, et la France commençait seulement à se remettre après les dures années de l’occupation nazie. Au cours d’un entretien avec les dirigeants soviétiques, ayant précédé la signature du Traité, le général de Gaulle, venu à Moscou, disait : « La France a subi trois fois l’invasion allemande. Lors de la première invasion, les Français ont été battus, ils ont perdu des provinces et leur prestige. La deuxième fois, après l’invasion allemande, les Français ont remporté la victoire, mais au prix de sacrifices énormes. A la troisième invasion, la France a été entièrement occupée par l’ennemi et peu s’en est fallu qu’elle ne perde son indépendance ».
Parmi les raisons des mésaventures, échues à son pays à la suite de la troisième invasion, le général de Gaulle cita le fait que « la France n’était pas avec la Russie, n’avait pas d’accord avec elle, n’avait pas de traité efficace ».
Pour combler cette lacune historique, le général de Gaulle arriva en décembre 1944 à Moscou. Mais la nécessité d’alliance avec notre pays avait été comprise par lui encore plus tôt. Déjà en janvier 1942, parlant à la radio de Londres, il déclara : « Pour le malheur général, trop souvent depuis des siècles l’alliance franco-russe fut empêchée ou contrecarrée par l’intrigue ou l’incompréhension. Elle n’en demeure pas moins une nécessité que l’on voit apparaître à chaque tournant de l’Histoire. »
Déclenchée par l’Allemagne hitlérienne, la 2e guerre mondiale fut un des plus brusques tournants pour la France, qui devait éprouver en 1940 toute l’amertume de la défaite et de l’occupation qui la suivit. Mais ses forces patriotiques ne purent jamais en prendre leur partie. Et c’est « France libre », créé et dirigée par de Gaulle, qui devait jouer un des rôles principaux dans la résistance aux nazis.
L’attitude des alliés de la coalition anti-hitlérienne envers ce mouvement était assez ambiguë, écrit notre observateur. Les Etats-Unis essayèrent longtemps d’ignorer tout simplement de Gaulle. La Grande Bretagne, tout en appuyant ce mouvement, comptait – comme devait l’écrire plus tard Charles de Gaulle dans ses « Mémoires » — « en tirer des avantages politiques et dans une certaine mesure des avantages territoriaux au détriment de la France ».
Seule Moscou appuyait « France libre » avec esprit de suite. Encore en septembre 1941, l’Union Soviétique reconnut de Gaulle comme « le dirigeant de tous les Français libres, où qu’ils soient ». La Déclaration du gouvernement soviétique à ce propos exprima « sa ferme résolution d’assurer le rétablissement complet de l’indépendance et de la grandeur de la France après la victoire commune sur l’ennemi commun ».
Au nom de « France libre », le général de Gaulle s’engagea, pour sa part, à « combattre aux côtés de l’URSS et de ses alliés jusqu’à la victoire finale sur l’ennemi commun et à prêter à l’URSS aide et assistance dans cette lutte par tous les moyens dont il disposait ». Ces moyens n’étaient évidemment pas considérables à l’époque. Et pourtant, dès la fin de 1942, notre pays reçut un premier groupe de pilotes français, qui devait constituer plus tard le noyau du célèbre régiment « Normandie-Niémen ». Sa participation aux opérations militaires sur le front soviéto-allemand, décisif de la 2e guerre mondiale, renforça les positions de la France comme puissance combattant aux côtés de la coalition anti-hitlérienne. La conclusion entre Paris et Moscou d’un Traité d’alliance et d’assistance mutuelle eut une grande importance sous ce rapport. Ce fut le premier traité, conclu par le Gouvernement Provisoire de la République Française d’égale à égale avec une grande puissance mondiale.
Il n’est pas étonnant, poursuit Valentin Dvinine, que ce document envisageait tout d’abord la continuation des efforts conjoints pur assurer la victoire sur l’Allemagne fasciste. Sur un plan plus vaste, Moscou et Paris y exprimèrent la certitude que leur coopération étroite sera une condition de rétablissement de la paix « sur une base stable et pour un durable avenir ».
Parlant le 21 décembre 1944 à Paris devant l’Assemblée consultative provisoire, le général de Gaulle qualifia en ces termes le sens du document signé : « Pour la France et la Russie, être unies, c’est être fortes ; se trouver séparées – c’est se trouver en danger. En vérité, il y a là comme un impératif catégorique de la géographie, de l’existence et du bon sens ».
Malheureusement, poursuit notre observateur, les réalités de la guerre froide entrèrent en contradiction avec le bon sens, et en 1955 le Traité fut annulé. S’isolant dans sa propriété des Colombey-les deux Eglises, de Gaulle ne participait plus à la gestion des affaires publiques. Mais confrontée en 1958 à une crise politique grave, la France l’appela de nouveau au pouvoir. Correspondant à cette époque de Radio-Moscou en France, poursuit Valentin Dvinine, je fus témoin du retour hardi de de Gaulle à la politique de resserrement des rapports avec Moscou.
L’invitation au printemps de 1960 de leader soviétique Nikita Khrouchtchev à accomplir une visite officielle en France fut une brillante illustration de cette politique. Et en 1966, de Gaulle effectua déjà en sa qualité de président de France une visite officielle dans notre pays. La coopération avec la Russie soviétique contribua grandement à renforcer les positions internationales de la France, surtout face aux pressions des Etats-Unis, devenues plus fortes lorsque de Gaulle décida au début de 1966 de faire sortir son pays des structures militaires de l’OTAN.
Il ne serait pas exagéré de dire que les bons rapports entre Paris et Moscou leur permirent de devenir des pionniers de la détente internationale, qui devait marquer la fin de la guerre froide entre l’Est et l’Ouest. La politique de coopération bilatérale, proclamée par le général de Gaulle, garde toute sa valeur dans les conditions géopolitiques nouvelles. La coopération internationale étroite entre la Russie et la France, portée dernièrement au niveau de partenariat stratégique, devint un facteur majeur de sauvegarde de la paix et de la sécurité en Europe et dans le monde. Et le Traité, conclu par de Gaulle le 10 décembre 1944 à Moscou fut un jalon de portée historique dans cette voie.
Fil d’actu
0
Pour participer aux discussions, identifiez-vous ou créez-vous un compte
loader
Chat
Заголовок открываемого материала