Nicolas Sarkozy cherche à établir un pont entre son pays et l’Algérie

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En début de cette semaine le ministre de l’Intérieur de France Nicolas Sarkozy s’est rendu pour une visite de deux jours en Algérie.
En début de cette semaine le ministre de l’Intérieur de France Nicolas Sarkozy s’est rendu pour une visite de deux jours en Algérie. Vu la durée de la période de tension dans les rapports des deux pays, on peut interpréter son voyage comme une nouvelle tentative de Paris officiel d’atténuer, ou encore mieux, de faire disparaître cette tension et de dégager ainsi la voie au processus d’une véritable normalisation des relations avec Alger. Le fait que le président français Jacques Chirac a donné personnellement des instructions à M.Sarkozy indique le bien-fondé d’une telle supposition, écrit Alekseï Grigoriev. Jacques Chirac ne cachait pas que la signature d’un accord de paix avec l’Algérie, comme symbole d’une telle normalisation entre les deux pays, était pour lui une affaire d’honneur. Les parties planifiait initialement sa signature déjà en 2005. Or l’adoption en février 2005 par l’Assemblée Nationale de France d’une nouvelle rédaction de la loi sur la colonisation, qualifiant cette dernière de bien pour les territoires colonisés, dont dans le nord de l’Afrique, a soulevé en Algérie une puissante vague d’indignation et a mis une croix sur tout le calendrier de la normalisation des rapports entre elle et son ancienne métropole. La visite officielle du chef de l’Etat français ce printemps en Algérie a donné en fait peu. Le président Chirac et son collègue algérien Abdelaziz Bouteflika se sont entendus de régler les problèmes mutuels avant la fin de 2006. Mais comme l’année dernière, le même article de la loi sur la colonisation a été la pierre d’achoppement : Alger demandait son annulation et Paris s’obstinait dans son refus de le supprimer. Envoyant le ministre Sarkozy en Algérie, M.Chirac aspirait visiblement à tirer le trait sur les contradictions avec l’Algérie et à signer avec elle un accord sur la normalisation des rapports avant l’expiration de son mandat présidentiel en 2007. Il est difficile de dire si le M.Sarkozy a réussi ou non la mission de son chef de faire avancer le problème de normalisation. En tout cas, venu dans la capitale algérienne avec les intentions, comme il l’a dit, les plus amicales, M.Sarkozy est parti mardi, en reprenant l’expression de la presse algérienne, en emportant « une note plutôt fraîche ». Ses propos tenus devant des journalistes à la veille de son entretien avec le chef de l’Etat algérien, qu’on ne pouvait pas ( nous citons) « demander aux fils de s’excuser des fautes qu’auraient pu commettre leurs pères », sans doute, n’ont pas trouvé d’écho particulier auprès d’Abdelaziz Bouteflika. Qui plus est, durant les cinq heures de pourparlers avec Nicolas Sarkozy le président algérien s’est évertué à éluder le thème de réconciliation avec la France. L’aspect délicat de la situation consistait en ce que M.Bouteflika recevait un ministre français qui était l’un des plus forts prétendants au poste de président de France aux élections de l’été prochain. Le président algérien a consacré la majeure partie de sa rencontre avec M.Sarkozy aux questions des migrants légaux et clandestins d’Algérie en France, ainsi qu’à l’extension des liens économiques et commerciaux entre les deux pays. D’ailleurs, en ce qui concerne la coopération dans cette sphère, les sociétés françaises ne semblent pas être intimidées par la tension marquant les rapports franco-algériens, dont témoigne la croissance permanente des investissements privés français dans l’économie algérienne et le nombre d’entreprises françaises dans ce pays. L’Algérie est devenue aujourd’hui l’un des grands acteurs du marché énergétique mondial, notamment européen. Le programme étatique de renaissance de l’économie algérienne, évalué à des dizaines de milliards de dollars impose lui aussi. L’Algérie de nos jours coopère activement avec de nombreux pays, dont la Russie, la Chine et les Etats-Unis, et encore les sociétés françaises ne veulent pas du tout rester les derniers lors du partage du « gâteau algérien ». Or, l’absence de solution de nombreuses questions politiques et inter-étatiques entre la France et l’Algérie a posé des obstacles sur leur voie. Pour cette raison il est extrêmement indispensable pour Paris de résoudre toutes ces questions, ce qui a été, donc, l’une des tâches essentielles de la visite de Nicolas Sarkozy à Alger. Mais il poursuivait aussi des motifs personnels. Le ministre de l’Intérieur avait besoin de produire une bonne impression sur la société algérienne en prévision des présidentielles en France. On est au courant en Algérie de nouvelles lois dures sur l’immigration adoptées sur l’insistance de M. Sarkozy, comme de ses déclarations agressives à l’adresse des organisateurs des émeutes des jeunes de ces deux dernières années en France même, principalement d’origine maghrébine, notamment algérienne. De là, les propos pathétiques de M. Sarkozy devant des médias algériens après sa rencontre avec le président Bouteflika. « Il est tout à fait clair que nous sommes condamnés à avoir un avenir commun. Nous ne pouvons rien contre les lois de la géographie et de l’histoire, l’amitié est nécessaire, indispensable entre nos pays », a-t-il lancé aux journalistes. Toutefois, M. Sarkozy est venu en Algérie avec un cadeau sous forme d’une nouvelle politique des visas. Il a annoncé avoir obtenu des autres pays membres de l’espace Schengen la suppression de la procédure de consultation préalable avant toute délivrance d’un visa à un ressortissant algérien. Une mesure réclamée par Alger, qui considérait cette situation comme une discrimination et qui réaligne, donc, l’Algérie sur ses voisins, Maroc et Tunisie. On comprend qu’un tel cadeau n’a pas manqué de réjouir les Algériens. Peut-être, les autorités du pays elles-aussi l’ont perçu comme un signal de Paris pour une réconciliation avec Alger. Et pourtant on est, d’après tout, encore loin de l’acte même de réconciliation. Du moins, jusqu’au moment où Paris trouve du courage de renoncer ou du moins de revoir la disposition de la loi sur la colonisation humiliant la dignité des Algériens.
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