Deux chasseurs bombardiers polyvalents modernisés Su27IB (alias Su-32FN/Su-34, ou Fullback (défenseur), selon la classification de l'OTAN) arriveront prochainement au Centre de formation et de recyclage du personnel navigant de l'armée de l'air russe de Lipetsk (Russie centrale).
Les appareils de combat à réaction de troisième génération - différentes versions des Su-17, MiG-27 et Su-24 - constituaient, au début des années 1980, le fer de lance de l'aviation soviétique de chasse et de bombardement tactique. A l'époque, les Bureaux d'études Sukhoi, qui venaient de lancer la production en série du chasseur monoplace Su-27, abordaient déjà l'élaboration d'un appareil plus performant et plus compétitif, un chasseur-bombardier biplace, désigné dans un premier temps comme Su-27IB.
Au printemps 1995, le Su-27IB a été exposé au Bourget sous le nom de Su-32FN (FN - Fighter Navy, chasseur naval). C'était le troisième nom d'un seul et même appareil, sans compter ses désignations de travail données par ses concepteurs (même si l'armée russe préfère le dénommer à l'ancienne, le Su-27IB, Sukhoi le présente comme le Su-34 et, et à l'étranger, comme le Su-32. Situation qui a engendré pas mal de confusions auprès des experts et des amateurs.
Dans les grandes lignes, le Su-32 a sauvegardé les particularités de l'architecture aérodynamique et de la disposition des principaux éléments propres à la famille des Su-27. Comme ce dernier, le Su-34 a un nouveau nez de fuselage, une aile renforcée, un empennage vertical (mais sans crêtes au-dessus des poutres), un empennage horizontal avant (analogue à l'empennage des Su-33 et Su-35) et un nouveau train d'atterrissage. A l'opposé du chasseur de série Su-27, le Su-34 est équipé de prises d'air non réglables, ce qui a permis de simplifier et d'alléger la charpente et de garantir l'escamotage du diabolo des supports de trains d'atterrissage.
Le cockpit et le logement de la jambe avant du train se trouvent dans le nez du fuselage qui commence par un capot elliptique transparent aux ondes radio du radar de bord. La partie avant du capot du radar porte la perche du principal récepteur anémométrique et les antennes des équipements radio de navigation. Afin de protéger efficacement l'équipage contre les balles et les obus, le cockpit a la forme d'une capsule blindée (pour la première fois, cette solution a été utilisée sur l'intercepteur Su-25). L'équipage y accède non par la verrière supérieure (accès traditionnel), mais par le logement de la jambe avant du train d'atterrissage, au moyen d'une échelle d'embarquement encastrée. Une cabine assez spacieuse permet au pilote et au navigateur de se mettre debout (même le bombardier stratégique Tu-160 n'offre pas cette possibilité). Le cockpit est équipé d'un thermos, d'un réchaud électrique, d'une trousse de médicaments, d'une installation sanitaire. Le compartiment qui comporte les principaux équipements radio, la caisse à cartouches et à munitions pour le canon achèvent la partie nez. Deux éléments d'accrochage d'armements sont situés sous le fuselage, sur l'axe symétrique entre deux nacelles-moteurs. La partie arrière du fuselage se compose de deux compartiments moteurs, de la poutre centrale et des poutres terminales. La poutre centrale comporte le réservoir à carburant arrière, le logement pour les parachutes-freins et le compartiment équipements radio.
Chaque extrémité d'aile comporte des ferrures de fixation de quatre pylônes pour l'arrimage des armements. Au lieu des pylônes, les ailes peuvent porter des conteneurs avec des équipements de lutte radio-électronique. Le plan central comporte des logements pour les supports principaux des trains d'atterrissage et leurs ferrures. Des équipements électroniques sont également disposés sur les élargisseurs d'ailes, l'élargisseur de droite portant en outre un canon automatique de 30 mm très rapide.
Le système de carburant de l'avion se compose de quatre réservoirs d'une capacité agrandie (trois dans le fuselage et le plan central, un dans les extrémités des ailes), de pompes et de jauges de carburant. L'installation de réservoirs largables est également possible. L'avion est équipé d'un système d'approvisionnement en vol.
Le Su-34 est destiné à réaliser des frappes au missile et à la bombe puissantes et précises contre des cibles ennemies en profondeur tactique. Dans le même temps, des équipements radio-électroniques perfectionnés et des missiles guidés air-air permettent d'utiliser le Su-34 dans un combat aérien. C'est pour raison qu'il est considéré comme un avion polyvalent. De ce point de vue, l'unique analogue étranger du Su-34 est le F-15 Eagle qui équipe l'armée de l'air américaine depuis 1988.
Le Su-34 qui devra remplacer dans les régiments aériens de l'aviation tactique russe les avions de troisième génération Su-24 et, comme son prédécesseur, il servira de base à l'élaboration d'une série de versions spécialisées destinées, notamment, à mener une reconnaissance aérienne à l'échelon tactique et l'antibrouillage. A côté des avions de quatrième génération MiG-29, Su-27 et leurs versions, le Su-34 constituera la base des forces aériennes russes au début du nouveau millénaire. Pour ce qui est des clients étrangers, la Libye, dont l'armée de l'air compte 60 Su-24, est la première sur la liste des pays candidats à son acquisition.