Madonna, une blonde à l'assaut du public russe

Par Iouri Bogomolov, RIA Novosti

L'éventuelle arrivée de Madonna en Russie sera un événement. Son éventuelle non-arrivée en sera aussi un. Une semaine avant le miracle annoncé, les chances que celui-ci se produise en sont à 50-50, avec un retentissement garanti dans les deux cas.

Tout montre que nous avons plutôt affaire à une anomalie. Aucune autre idole de la chanson pop n'aura fait une tournée aussi controversée.

Combien de fois il a fallu changer de scène: la place Rouge, l'esplanade des monts des Moineaux, le palais omnisports Loujniki, l'aérodrome de Touchino, à nouveau Loujniki...

Jamais les Moscovites n'ont connu de situation où tous les panneaux publicitaires annoncent une date de concert (11 septembre), et où tout le monde parle d'une autre (12 septembre).

Nul ne connaît jusqu'à présent l'hôtel où descendra Madonna, mais on sait que cet hôtel mettra à sa disposition un étage entier, où les travaux de réparation sont réalisés dans la plus grande hâte, mais aussi qu'une pile de 267 serviettes-éponges et 56 morceaux de savon exclusifs seront préparés pour le concert.

Personne ne se souvient que tous les billets pour un tel show largement médiatisé aient été vendus et revendus alors même qu'on murmure à Moscou que les organisateurs de la tournée blufferaient, que Madonna elle-même aurait peur de venir en Russie ou même qu'elle n'en aurait jamais eu l'intention.

Il est possible que tous les malentendus, toutes les incertitudes entourant le lieu et la date du concert de la méga-star internationale soient le résultat de la gabegie traditionnelle des Russes. Mais il est tout aussi possible qu'il s'agisse là d'une campagne de publicité bien réfléchie et minutieusement calculée. D'ailleurs, l'amalgame des deux n'est pas exclu non plus, et peu importe donc la véritable origine des remous.

L'important et le curieux sont ailleurs. Curieuse est d'abord Madonna elle-même, et l'aura mythique qui l'entoure apparaît encore plus intrigante.

...Voici les principaux jalons du glorieux parcours de cette reine du showbiz international âgée de 48 ans. Ses premiers singles lancés au début des années 1980 n'ont pas impressionné beaucoup de monde. Ses récitals se limitaient aux night-clubs des grandes et petites villes d'Amérique. Sa popularité n'allait pas au-delà du public adolescent. Son chant criard et ses vêtements qui l'étaient tout autant devenaient inévitablement l'objet de railleries et de quolibets de la part de l'establishment pop.

Mais la Britney Spears de l'époque ne voulait pas se contenter de son statut d'idole des adolescents, et elle s'est lancée à la recherche d'une autre formule. Certains clips vidéo la présentaient comme une punkette naïve, d'autres comme une vamp sans scrupules. Elle a même tenté de gravir le podium vacant après la mort de Marilyn Monroe, la blonde la plus célèbre du monde.

Le clip vidéo de la chanson "Like a Prayer", tirée de l'album du même nom, a marqué un nouveau tournant dans sa vie. Les images ont déclenché une avalanche de protestations dans les milieux catholiques: des croix en flammes, une héroïne qui effleure de ses lèvres les pieds d'un Noir et un érotisme débordant.

Le clip a fait impression. L'Eglise s'est estimée offensée, les croyants aussi, alors que la société Pepsi, partenaire de la chanteuse, a dû résilier son contrat en jetant de l'huile sur le feu.

Depuis, le scandale est devenu la bonne étoile de Madonna. Sa recette du scandale suppose la présence d'au moins deux ingrédients, un érotisme débridé et des attributs ecclésiastiques, dont l'alliance fait l'effet d'une bombe.

Et ces bombes sont particulièrement efficaces dans le contexte des interdits qui frappent ses shows et leur diffusion. Et si la vague de protestations, de manifestations et de désordres monte, celle du succès de l'idole pop monte encore davantage, et c'est d'ailleurs ce que nous observons lors de cette tournée internationale de Madonna.

L'heure est venue de comprendre que nous vivons dans un monde hypercomplexe où le paganisme, la mythologie, la religion et l'art non seulement cohabitent, mais aussi sont inséparables. La religion se saigne aux quatre veines depuis des siècles pour se séparer du paganisme, mais en vain, d'où cette rancune, cette jalousie vis-à-vis de la culture de masse, héritière directe de la mythologie païenne, qui provoque à son tour les institutions religieuses.

Les arts contribuent, dans la mesure du possible, à civiliser l'univers des superstitions et des fantaisies maladives.

Bon gré mal gré, Madonna associe et mélange le sacré et le diabolique, le païen et le religieux, elle fait passer l'enfer pour le paradis.

Gilbert Chesterton avait peut-être raison en disant: "Il est naturel pour l'homme de rendre un culte. Même si l'idole est sévère et laide, celui qui prie est noble et beau".

Il se peut aussi que l'homme ne se sente plus grand qu'en s'inclinant...

Toutefois, ces arguments sont-ils suffisants pour déculpabiliser la blonde ambitieuse? Quant aux condamnations, blâmes, malédictions et anathèmes dont fait l'objet la chanteuse, il y en a plus qu'assez, et il y en aura encore plus. Autant d'émotions auxquelles on pourrait souscrire, si elles n'étaient pas absurdes.

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