Pourquoi Mikhaïl Gorbatchev soutient-il Vladimir Poutine?

S'abonner
Cette semaine, et plus précisément le 19 août prochain marquera le 15e anniversaire des événements d'août 1991, pendant lesquels les membres du "GKTchP" (comité d'Etat pour l'état d'urgence) ont entrepris une tentative de coup d'Etat.
MOSCOU, 15 août - RIA Novosti. Cette semaine, et plus précisément le 19 août prochain marquera le 15e anniversaire des événements d'août 1991, pendant lesquels les membres du "GKTchP" (comité d'Etat pour l'état d'urgence) ont entrepris une tentative de coup d'Etat.

Le journal "Nezavissimaïa gazeta" publie des fragments de son entretien avec le premier (et le dernier) président de l'URSS, Mikhaïl Gorbatchev, participant direct à ces événements historiques.

Question: Quelles sont les leçons du putsch?

Réponse: Ni coups d'Etat, ni abus, ni usurpation de pouvoir ne nous permettront de construire un pays démocratique normal. Le président russe en place pratique une politique d'affirmation des institutions de l'économie de marché et de renforcement de la démocratie dans l'intérêt de la majorité de la population. C'est la raison pour laquelle je soutiens Poutine.

Q: Dans un article publié récemment, vous avez soumis à une critique extrêmement virulente les amendements à la législation électorale que la Douma d'Etat (Chambre basse du Parlement russe) avait approuvés, et vous avez même accusé une "partie de l'élite politique" du pays de vouloir limiter la participation des citoyens aux affaires de l'Etat. Qui classez-vous dans cette "partie"?

R: J'y entends avant tout le parti "Russie Unie".

Q: Dans l'histoire contemporaine de la Russie, un changement de dirigeant a toujours signifié un changement radical de politique. Poutine a déjà plus d'une fois affirmé qu'il abandonnerait son poste de président en 2008. A-t-on lieu de craindre qu'après 2008, une sorte de volte-face ne nous soit réservée?

R: C'est justement pourquoi je dis qu'il nous faut un système électoral qui puisse épargner au pays une perspective aussi indésirable.

Q: Voyez-vous au sein de l'élite politique russe un homme capable de se mettre à la tête du pays en 2008?

R: Cela doit être un homme mûr. Je pense que dans ce cas, l'avis du président compte beaucoup. Mais cela ne signifie pas du tout que le candidat proposé par Poutine n'aura pas de concurrents.

Q: Revenons cependant aux événements d'il y a 15 ans. Fin juillet, peu avant votre départ pour Foros (résidence d'Etat en Crimée), vous avez rencontré Boris Eltsine et Noursoultan Nazarbaïev pour discuter, entre autres, du Traité d'Union�

R: Selon un plan initial, il s'agissait de signer le traité pour adopter une nouvelle constitution six mois plus tard. Sur la base de cette nouvelle constitution, nous aurions organisé les élections. Après la discussion, nous avons décidé de procéder autrement. Sans attendre l'adoption d'une nouvelle constitution, il a été décidé d'organiser les élections juste après la signature du traité. La situation grave dans le pays l'imposait. La question des cadres a été soulevée. Eltsine et Nazarbaïev ont dit que je devais rester président (de l'Union Soviétique - ndlr). Eltsine devait rester, lui, à la tête de la Russie. Pour ce qui est du poste de premier ministre, j'ai proposé la candidature de Nazarbaïev que j'avais toujours respecté. Nous avons aussi parlé du renouvellement des cadres. Il a notamment été question de remplacer Nikolaï Krioutchkov (président du KGB), Dmitri Iazov (ministre de la Défense) et d'autres. Il s'est avéré par la suite que toute cette conversation avait été interceptée et enregistrée par le KGB.

Q: Avez-vous alors décidé vous-mêmes de partir pour Foros?

R: Exactement. J'étais tout simplement au bout du rouleau. Aussi ai-je pris la décision de partir pour deux semaines avant la signature du Traité d'Union prévue pour le 20 août. J'aurais dû revenir le 19. Je ne pouvais même pas m'imaginer qu'après tout ce qui avait déjà été fait (programme anticrise, Traité d'Union prêt à la signature, plan de réforme du PCUS), les ennemis de la pérestroïka se décideraient à tenter un coup d'Etat. Autrement, je ne serais jamais parti en vacances, j'aurais bien tenu cette quinzaine. Et alors, rien de tel ne se serait produit, je vous assure. Somme toute, c'était une aventure pure et simple. Cela dit, l'apparition du GKTchP ne m'a guère surpris. Tout simplement, la nomenklatura du parti n'a pas passé l'épreuve de la démocratie. Ces gens estimaient notamment qu'une fois au pouvoir, ils devaient y rester jusqu'au bout.

Q: Vous avez écrit récemment que les conditions de transition vers la démocratie s'étaient beaucoup aggravées à la suite de la politique erronée pratiquée par la direction du pays dans les années 1990. Attribuez-vous ces erreurs à des actions personnelles de Boris Eltsine?

R: Il a fait effectivement bien des bêtises, en admettant la désagrégation du pays, refusant un avancement progressif dans la voie du marché, la mise en place de nouvelles institutions et d'une infrastructure démocratiques.

Q: Votre arrivée au pouvoir a marqué un tournant dans la politique extérieure de l'Union Soviétique, et la guerre froide s'est terminée. A qui revient, selon vous, la faute dans l'actuelle aggravation des relations entre la Russie et les pays d'Occident, les Etats-Unis en premier lieu?

R: L'Occident n'a pas fait preuve de la compréhension nécessaire à l'égard de la Russie. Il ne s'est pas rendu compte de sa contribution déterminante à l'achèvement de la guerre froide, et quand la Russie s'est retrouvée dans une situation très difficile après la disparition de l'URSS, l'Occident s'est mis à l'évincer tout bonnement de l'arène politique et historique. Pire, l'Occident a même exploité la situation du pays qui n'était pas du tout préparé à vivre dans les conditions de marché. Mais dès que la Russie s'est mise à se redresser, il s'est avéré que cela n'arrangeait pas l'Occident.

Or, à mon avis, la direction de notre pays fait preuve de responsabilité et pratique une politique sérieuse. Le président ne cesse de dialoguer avec tous les pays. Et il a raison.

Fil d’actu
0
Pour participer aux discussions, identifiez-vous ou créez-vous un compte
loader
Chat
Заголовок открываемого материала