Les compagnies publiques sont devenues les instruments principaux de l'Etat corporatif. Appliquant le principe fondamental de l'Etat corporatif consistant à privatiser les bénéfices et à nationaliser les pertes, elles sont passées aux interventions massives dans le secteur privé: Youganskneftegaz, Sibneft, Power Machines, etc.
Si les objectifs de la modernisation sont retirés de l'ordre du jour, si les réformes sont arrêtées, même dans leur variante simplifiée, si le comportement de l'Etat dans l'arène internationale suscite une tempête d'indignation dans le monde, cela signifie que la corporation ne défend pas les intérêts de la Russie. La comparaison entre les dépenses prévues pour les projets nationaux en 2006 (environ 5 milliards de dollars) et les dépenses effectuées l'année dernière par les compagnies d'Etat pour de nouveaux actifs (23 milliards de dollars) montre le mieux ce qu'est l'orientation principale de la corporation et ce qu'est une man�uvre visant à détourner l'attention.
Ce n'est rien d'autre que le choix conscient en faveur du modèle social des pays du tiers monde. Le modèle économique et politique actuel du développement de la Russie est une impasse historique. Aucun pays ayant emprunté cette voie n'est devenu ni plus riche ni plus fort, ni plus développé.
L'absence de démocratie n'abroge pas le changement de pouvoir. Cela arrive malgré tout. Mais on peut agir dès aujourd'hui. On peut commencer à faire ce que les autorités postsoviétiques n'ont pas fait en quinze ans en oeuvrant pour atteindre l'objectif principal de l'ordre du jour national: séparer l'Etat des citoyens. On peut s'en séparer en lançant une campagne de non-participation des citoyens aux affaires de l'Etat corporatif. En agissant ainsi, on peut commencer le rétablissement - non pas par l'Etat, mais par la société - des libertés civiles, politiques et économiques.