MOSCOU, 18 janvier - par Piotr Gontcharov, RIA Novosti.
La Russie appuie l'appel de Téhéran à la reprise des négociations sur le dossier nucléaire iranien avec la troïka européenne (France, Allemagne, Grande-Bretagne), déclarait mardi Sergueï Lavrov.
Cette fois-ci, cependant, le ministre russe des Affaires étrangères a nettement précisé les conditions: Moscou ne prêtera la main que "dans les conditions universellement reconnues qui supposent le respect par Téhéran de son moratoire sur l'enrichissement de l'uranium".
Les propos de Sergueï Lavrov définissent la position de Moscou sur le dossier nucléaire iranien qui a fait l'objet d'une rencontre urgente, lundi dernier à Londres, des représentants de la troïka européenne, de la Russie, des États-Unis et de la Chine. Une semaine plus tôt, Téhéran avait repris la recherche nucléaire en matière d'enrichissement de l'uranium sur plusieurs sites nucléaires et la troïka avait alors répondu par la suspension des négociations comme "n'ayant plus de raison d'être" et proposé la saisine du Conseil de sécurité de l'ONU.
Si la rencontre de Londres s'est tenue à huis clos, quelques bribes de débats ont tout de même filtré dans les médias. On sait que la troïka européenne a de fait entamé la mise au point d'un projet de résolution argumentant la nécessité du renvoi de ce difficile dossier devant le Conseil de sécurité de l'ONU. Et puisque le renvoi ne peut être décidé que par le Conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), la troïka a annoncé à Londres la convocation d'une session extraordinaire du Conseil les 2 et 3 février prochain. Désormais, le dossier nucléaire iranien a toutes les chances d'être transmis au Conseil de sécurité, et cela essentiellement à cause de l'opiniâtreté de Téhéran.
Convoquée par la troïka européenne, la prochaine session extraordinaire du Conseil des gouverneurs de l'AIEA sera la deuxième en un peu plus de trois mois. À la session précédente, 22 des 35 membres du Conseil des gouverneurs ont voté pour la communication du dossier iranien au Conseil de sécurité de l'ONU, avec une voix contre et deux abstentions, ce qui promettait des sanctions imminentes. Mais le Conseil de sécurité n'a pas été saisi puisque les deux abstentions émanaient de deux de ses membres permanents: la Russie et la Chine. Moscou et Pékin ont fait comprendre qu'ils s'opposeraient aux sanctions sous prétexte que tous les recours diplomatiques n'étaient pas épuisés. La Russie a joué un rôle particulier en proposant d'enrichir le combustible nucléaire sur propre territoire.
Mais les choses ont changé depuis. Téhéran a opté pour le scénario de la confrontation avec l'Union européenne en avançant son droit intangible à l'enrichissement de l'uranium et à la reprise des essais, démarches qui allaient à l'encontre de la position de Bruxelles, car la suspension de l'enrichissement avait été inscrite au moratoire décrété par l'Iran à la demande du Conseil des gouverneurs de l'AIEA. Le retrait de Téhéran de son moratoire devait inévitablement mettre un terme aux négociations, ce qui fut le cas.
La Russie est-elle donc en mesure d'épargner des sanctions à l'Iran? Et le veut-elle?
La reprise des négociations et le retour volontaire de l'Iran à son moratoire offrent une nouvelle chance. La Russie avait déployé beaucoup d'efforts pour expliquer à ses partenaires européens que la reprise par Téhéran des travaux de conversion, étape précédant l'enrichissement, ne nuisait pas aux négociations Iran-UE. En d'autres termes, Moscou a fait de son mieux pour convaincre la troïka et les États-Unis que tout n'est pas perdu dans les négociations sur le dossier nucléaire iranien. La confirmation par l'Iran de sa volonté de reprendre les pourparlers et de renouer avec son moratoire allumera une lueur d'espoir.
Les interrogations se multiplient sur la réponse que donnera la troïka européenne à l'appel de Téhéran, soutenu par Moscou, à la reprise des négociations, mais aussi sur la position que Téhéran adoptera en cas de reprise des pourparlers. Quoi qu'il en soit, l'Iran semble avoir épuisé son crédit qui est à renouveler.