La Russie vue par la presse de la CEI et des pays baltes

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ESTONIE

La déclaration du vice-président de Gazprom Alexandre Riazanov, selon laquelle le holding augmente le prix du gaz vendu aux pays baltes de 50% au début de l'année prochaine (en le portant à 120-125 dollars les mille mètres cubes) est au centre de l'attention des médias locaux. Les journaux publient aussi bien les déclarations paniquées des représentants du ministère de l'Economie que des commentaires rassurants. "La déclaration de Gazprom est une surprise et elle pourrait être à l'origine d'une augmentation du prix du chauffage de 20% l'an prochain. Près de la moitié de l'énergie thermique en Estonie est produite avec le gaz ("Eripaev", 30.11). "Ce tapage informationnel n'a rien de nouveau pour nous. Ces dernières années, les dirigeants suprêmes de Gazprom ont à plusieurs reprises averti les pays baltes que l'augmentation des prix du gaz naturel serait brusque (...). La hausse des prix restera au niveau projeté" ("SL Ohtuleht", 30.11).

Mais, dans l'ensemble, la presse n'est pas encline à expliquer la hausse des prix gaziers exclusivement par des causes politiques. "Ces dernières années, les cours du brut sur le marché mondial n'ont cessé de croître, ce qui a à son tour expliqué le relèvement des prix du gaz. Le monopole russe n'a aucune raison d'exporter du gaz à un prix inférieur à celui que le marché est disposé à payer. Et l'Estonie devrait être contente que le nouveau prix du gaz accuse dans un premier temps du retard sur les tarifs en vigueur dans de nombreux pays de l'Europe occidentale" ("Pohjarannik", 01.12).

LETTONIE

La presse lettonne focalise son attention sur la rencontre des leaders des pays d'Europe de l'Est à Kiev au cours de laquelle la décision a été prise de créer la "Communauté du choix démocratique". Les médias lettons mettent en avant les tendances antirusses de cette organisation. La presse de langue russe évoque en premier lieu le problème du remboursement des dettes vis-à-vis de la Russie. "Pour la première fois depuis la fin de la "guerre froide", une alliance politique tournée contre un Etat fondateur de l'ONU et membre permanent du Conseil de sécurité se crée en Europe. Fait curieux, l'Ukraine, la Moldavie et la Géorgie, principaux débiteurs de la Russie, veulent jouer un rôle de premier plan dans cet "axe antirusse". Tout porte à croire que ces pays refuseront ostensiblement d'amortir de manière civilisée leurs dettes envers la Russie et choisissent, dans leurs rapports avec Moscou, la tactique du chantage et des menaces" ("Tchas", 02.12).

La hausse prochaine des tarifs énergétiques reste la question principale dans les relations économiques entre Riga et Moscou. "Au pays le plus pauvre d'Europe, la Moldavie, Gazprom projette de vendre le gaz aux prix mondiaux - 150 à 160 dollars (les milles mètres cubes) contre 80 dollars actuellement (...). Le président moldave, Vladimir Voronine, arrivé au pouvoir il y a quatre ans sous le mot d'ordre de l'intégration avec la Russie, a changé d'orientation à 180° dès son entrée en fonctions, en mettant le cap sur l'Occident. Gazprom n'a pas non plus pardonné la "révolution orange" à Viktor Youchtchenko : à partir du nouvel an, l'Ukraine devra payer le gaz importé 150 à 160 dollars. Tout cela rappelle très fortement une "fustigation exemplaire" menée dans le but de "dissuader les autres". La Lettonie a de quoi réfléchir : nos rapports avec le Kremlin sont déjà très tendus" ("Biznes&Baltia", 30.11).

LITUANIE

La plupart des articles économiques sont de nouveau consacrés à la situation autour des négociations sur la vente des actions des raffineries Mazeikiu Nafta. Les journaux rappellent que le gouvernement lituanien et Yukos poursuivent des objectifs différents. Alors que le consortium russe a besoin d'argent pour amortir ses dettes, la Lituanie est intéressée à la fourniture ininterrompue de pétrole pour ces raffineries et le "loyalisme politique" du futur propriétaire de MN. "Acculé au mur par Yukos, le gouvernement caresse encore l'espoir de racheter les actions à la société en détresse, faisant valoir son droit prioritaire (...). Si Yukos vend ses actions à Kazmunaygaz, qui offre le plus, la Lituanie pourrait oublier ce milliard de lits (monnaie lituanienne) qu'elle projetait de débourser pour compenser les dépôts en roubles (de ces citoyens). Le gouvernement lituanien projetait de gagner autant en vendant une partie (20%) de ses actions de Mazeikiu Nafta ("Lietuvos Rytas", 03.12).

La hausse de 50% du prix du gaz annoncée par Gazprom a suscité de vastes échos mais a été accueillie avec compréhension par une partie des médias. "Il est clair que la Russie utilise ses entreprises énergétiques et ses fournitures de matières premières pour faire pression et manifester sa puissance. D'autre part, on comprend la volonté des Russes de gagner davantage sur les matières premières énergétiques chères. Donc, nos politiques et nos partis qui, depuis longtemps et avec enthousiasme, n'ont cessé de souligner leur animosité envers la Russie peuvent enfin s'attribuer une nouvelle victoire politique dans la lutte pour la liberté : à l'issue de leurs longs et insistants conseils, les Russes, rejetant leur disposition amicale pour la Lituanie, l'ont enfin mise sur le même pied que les autres pays libres d'Europe qui ne bénéficient d'aucun privilège de la part de Moscou. Et les entreprises de nos pays n'ont qu'à s'accuser elles-mêmes de ne s'être pas préparées à ce "jour victorieux" ("Respublika", 05.12).

UKRAINE

Le complexe combustibles-énergie retient l'attention des médias. La presse est certaine que le conflit "gazier" qui perdure avec la Russie a des raisons politiques, car la position catégorique occupée par Gazprom traduit la réaction du Kremlin à la "révolution orange" et à la politique pro-occidentale de Kiev. "Pour punir l'Ukraine, la Russie a choisi le secteur de l'économie le plus vulnérable: celui du gaz ... Le durcissement considérable des positions de Gazprom à l'égard de l'Ukraine a été concerté avec le Kremlin ... La Russie n'a pas pardonné à l'Ukraine l'arrivée de Viktor Iouchtchenko au pouvoir. La tactique employée par les gaziers russes vise à remettre l'Ukraine "à sa place". (Glavred", 01.12).

Selon les médias, la décision de l'Union européenne d'accorder à l'Ukraine le statut de pays à économie de marché lui permettra de renforcer ses positions de leader régional, ce qui contribuera à la diminution de sa dépendance vis-à-vis de Moscou. "La victoire remportée hier dans la lutte pour le statut de pays à économie de marché et les multiples compliments reçus de la part des autorités européennes ont redonné de l'assurance à l'Ukraine pour édifier des rapports égoïstes avec la Russie" (Rupor, 02.12). "L'Occident a reconnu le rôle de leader démocratique joué par Kiev dans l'espace postsoviétique ... La décision politique de reconnaître que l'Ukraine est un pays à économie de marché est un nouveau cadeau offert par l'Occident à Kiev à l'occasion de l'anniversaire de la "révolution orange". A présent, l'Ukraine a un avantage sur la Russie, elle est le leader démocratique au sein de la CEI" (Podrobnosti", 02.12).

MOLDAVIE

L'intention de Gazprom de porter les tarifs du gaz pour la Moldavie à 150-160 dollars est le sujet brûlant de la semaine. "L'attaque gazière lancée contre Chisinau a pour but de défendre la Transnistrie, d'éviter sa disparition humiliante pour Vladimir Poutine. En fin de compte, la Russie sera contrainte de renoncer à la région séparatiste, mais elle cherche à retarder ce moment en attendant l'occasion propice pour partir en créant l'impression qu'elle reste". (Flux, 02.12).

La presse cite l'avis du ministre moldave de l'Economie et du Commerce Valeriu Lazar, selon lequel la hausse du prix du gaz ne sera pas catastrophique pour l'économie de la République de Moldavie. "Ce ne sera pas un coup dur, car la part des entreprises consommatrices de ce gaz ne constitue que 1,7% dans le PIB". (Vremia, 30.11).

La presse critique la tentative du président moldave Vladimir Voronine pour normaliser les rapports avec Moscou d'une manière informelle. "La visite privée du président moldave le place dans une situation désavantageuse, en tout cas, il doit se justifier. Aucun chef de l'Etat qui se respecte et doué de l'instinct de conservation ne se promène dans un pays inamical. Heureusement, Vladimir Voronine n'a pas la même signification pour Moscou que Rudolf Hess pour Londres". (Flux, 30.11).

Arménie

La prochaine hausse du prix du gaz russe est, depuis quelques semaines, le sujet le plus débattu dans les médias. "Au moment où des "révolutions colorées" se succèdent sur le territoire de la CEI (Communauté des Etats Indépendants) et ces pays se tournent vers l'Occident, pourquoi la Russie n'augmenterait-elle pas le prix du gaz pour eux? Mais une autre question se pose: est-ce que les pays de la CEI se soumettront à la Russie après cela, ou bien s'aligneront-ils encore plus sur l'Occident?". (Azg, 01.12). "La compagnie publique Gazprom et, par conséquent, la Russie, suivent uniquement la logique du marché, sans faire la différence entre l'Arménie, "partenaire stratégique", et la Géorgie ou les pays baltes, dont les rapports avec la Fédération de Russie sont inamicaux". (Aravot, 01.12).

Selon les experts, Moscou peut décider d'aider l'Arménie, d'une manière ou d'une autre, dans la "question du gaz", mais cela conduira inévitablement à l'accroissement de la dépendance d'Erevan de la Russie. "Il n'est pas exclu que la Russie lance contre l'Arménie une attaque gazière plus douce que contre d'autres membres de la CEI. Selon les rumeurs, la Russie compensera la hausse du prix du gaz pour l'Arménie par l'octroi d'une aide financière qui reviendra ensuite en Russie... Mais le compromis ne peut pas être unilatéral. Autrement dit, l'Arménie devra aussi faire une concession. Par exemple, l'approfondissement des rapports de l'Arménie avec les Etats-Unis Moscou et les structures euro-atlantiques n'enthousiasme guère Moscou". (Azg, 01.12).

GEORGIE

La situation autour du traité-cadre entre la Géorgie et la Fédération de Russie fait couler beaucoup d'encre. Ce traité est déjà pratiquement prêt à la signature bien qu'un point important reste à régler - Moscou exige notamment que la Géorgie s'engage formellement à ne jamais accueillir sur son territoire de bases militaires d'un pays tiers. "La Géorgie est limitrophe des régions Sud de la Russie, de sorte que le territoire géorgien peut devenir une excellente tête de pont lors d'une éventuelle agression contre la Russie depuis le Sud. Il est évident que la Géorgie n'aura pour cela ni la force ni la volonté requises, mais qui sait ce qui peut arriver dans les 15 à 20 années à venir. Moscou s'affole à l'idée même que l'Alliance atlantique puisse créer tout un anneau de bases militaires autour de la Russie et menace ainsi sa souveraineté. Force est de reconnaître que les préoccupations de Moscou ne sont pas gratuites. En effet, la Pologne est disposée à accorder son territoire pour le déploiement de missiles antimissiles américains, destinés justement à détruire les missiles balistiques stratégiques russes. Une importante base militaire américaine sera prochainement inaugurée en Roumanie, et la Bulgarie est prête à accueillir sur son sol des militaires occidentaux... La Géorgie ambitionne l'adhésion à l'Alliance de l'Atlantique Nord et ne refusera pas à l'OTAN le déploiement de ses bases militaires sur le territoire géorgien, pense sans doute à juste titre Moscou" ("Kviris palitra", 05.12).

AZERBAIDJAN

La presse critique violemment le Kremlin pour son ingérence par trop désinvolte dans les affaires intérieures d'un Etat indépendant. "Le problème est que, depuis ces derniers temps, Moscou a adopté un comportement trop cavalier en Azerbaïdjan, alors que les repères des officiels de Bakou en politique extérieure devenaient de plus en plus pro-russes... Aujourd'hui, de nombreux médias russes reconnaissent ouvertement que le scénario des dernières élections parlementaires en Azerbaïdjan a été "établi" par le Kremlin... Tout porte à croire qu'il se trouve des gens pour apprécier le principe selon lequel s'il n'y a pas d'opposition, il n'y a pas non plus de problèmes. Autrement dit, la question du maintien du pouvoir disparaîtra d'elle-même. Il n'est pas exclu que la décision d'agir selon la recette proposée par les services spéciaux de Russie ait été adoptée pour cette raison précise" ("Zerkalo", 30.11).

Les déclarations de "Gazprom" sur une imminente hausse considérable des prix du gaz naturel russe ont provoqué des retentissements aussi larges que défavorables pour Moscou.

Cette "guerre de gaz" déclenchée par la Russie contre ses "voisins récalcitrants", et avant tout contre l'Ukraine et la Géorgie, est en train de dégénérer en conflit politique qui affecte le directement les intérêts de l'Azerbaïdjan... Peu après la déclaration des autorités russes sur leur intention de vendre le gaz à des "prix mondiaux" aux pays manquant de loyauté à l'égard de Moscou, on a annoncé à Bakou que, dans l'immédiat, après le lancement du gisement de condensat de gaz "Shah-Deniz", l'Azerbaïdjan renoncerait aux livraisons de gaz russe et procéderait aux exportations de gaz lui-même" ("Ekho", 01.12).

KAZAKHSTAN

La presse d'opposition critique très sévèrement la campagne électorale et accuse d'autoritarisme le Président en exercice du Kazakhstan. De l'avis des journalistes, Noursoultan Nazarbaïev exagère les progrès économiques enregistrés par le Kazakhstan et contredit même ses propres déclarations selon lesquelles aucun dirigeant ne doit occuper un seul et même poste des décennies durant.

"Restrictions frappant les rencontres avec les électeurs des personnes de confiance et du candidat à la présidence Jarmakhan Touyakbaï; confiscation sans explication de journaux d'opposition, ainsi que de des programmes et autres matériels électoraux expliquant au peuple ses démarches; passages à tabac et arrestations de militants d'opposition... Il se peut que non seulement l'opposition à l'intérieur du Kazakhstan, mais l'ensemble du monde civilisé n'arrivent toujours pas à comprendre si le Président est civilisé ou pas" (Navigator-II, 06.12).

Bon nombre de publications portent sur le forum pétrolier Kazakhstan-Russie-Chine qui vient de se dérouler à Pékin. A part les questions relatives au business pétrolier, le Kazakhstan attache une grande importance au projet de construction du gazoduc depuis le Kazakhstan vers la Chine. Or, la dépendance dudit projet vis-à-vis de "Gazprom" est signalée. "Le sort du débouché du gaz kazakh sur les marchés européens dépend du monopoliste russe qui a évidemment beaucoup plus d'intérêt à vendre son propre gaz plutôt que de laisser le gaz en provenance du Kazakhstan traverser le territoire de la Russie" ("Kazainform", 02.12).

KIRGHIZISTAN

Certains médias regrettent le peu d'intérêt que font montre les entreprises russes à l'égard du marché kirghiz.

"Les structures d'affaires russes n'ont pas hâte de s'implanter sur le marché du Kirghizistan, ayant cédé ce droit aux Chinois, aux Turcs, aux Américains et aux Japonais. Le pays a commencé à attirer des investissements russes seulement au cours de ces cinq dernières années, mais essentiellement dans le secteur des industries de transformation et textile et celui des constructions mécaniques" ("MSN", 01.02).

Pour les journalistes, la tâche essentielle de l'Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC) consiste à augmenter le rôle géopolitique de la Russie dans l'espace post-soviétique.

"Moscou essaye d'échafauder, à partir de l'OTSC, un simulacre de l'Organisation du Traité de Varsovie, de créer dans le cadre de cette organisation des forces de maintien de la paix afin de contrôler la situation dans ces pays... L'OTSC ne répond qu'à un seul objectif: celui de remédier aux complexes impériaux des dirigeants russes. Le Kremlin se laisse guider par les principes de la géopolitique du siècle dernier. Conformément à ces principes, le succès de l'Etat est défini par les territoires qu'il est capable de contrôler, ainsi que par le nombre d'alliances militaires qu'il a réussi à conclure avec les Etats étrangers" ("Obchtchestvennyï reïting", 02.12).

OUZBEKISTAN

La presse cite les propos du patron de la société Rusal (Aluminium russe), Oleg Deripaska, qui a promis d'accorder plus d'attention aux problèmes écologiques en modernisant l'Usine d'aluminium du Tadjikistan, qui se trouve à proximité des frontières ouzbèques.

"Il est notoire que différentes substances toxiques rejetées dans l'atmosphère par l'Usine d'aluminium du Tadjikistan suscitent depuis longtemps des préoccupations de la part des structures de la santé publique, des organismes chargés de la protection de l'environnement et de l'opinion publique en général. Il n'est un secret pour personne que la population de la région de Sourkhandarya de l'Ouzbékistan souffre également des rejets de l'usine. Oleg Deripaska, qui est arrivé dans notre pays pour examiner de près la situation s'est rendu dans la région de Sourkhandarya. Au cours de son entretien avec le président, il a fait ressortir que l'objectif principal de Rusal était d'organiser une production écologiquement propre et que la société avait déjà accordé 173,4 millions de dollars aux mesures de protection de l'environnement" (OuzA, Ouzbékistan, 02.12).

TADJIKISTAN

Les médias publient le texte de l'intervention de l'ambassadeur des Etats-Unis dans la République du Tadjikistan, Richard Hoagland, devant les dirigeants du Parti démocratique populaire du pays, les représentants du Comité pour les affaires de la jeunesse auprès du gouvernement tadjik et les étudiants des écoles supérieures de la capitale. L'ambassadeur appelle les Tadjiks à se libérer de la dépendance vis-à-vis de la Russie.

"Dans le monde contemporain, les pays doivent en premier lieu définir ce qui fait partie de leurs intérêts nationaux. Qu'est-ce qui les rendra vraiment stables et prospères? Qu'est-ce qui donnera à leur population un espoir dans l'avenir? Et, je dois vous le dire, cela ne signifie pas que chaque fois que vous voulez traverser une route, vous devez tenir par la main votre "grand frère" ("Asia Plus", 01.12).

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