MOSCOU, 2 décembre - RIA Novosti. La Russie souhaite que la prochaine réunion du Conseil ministériel de l'OSCE, les 5 et 6 décembre à Ljubljana, donne un coup d'envoi à la réforme de cette organisation, a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, dans une interview publiée samedi par le quotidien Rossiiskaïa Gazeta.
"Nous espérons que la rencontre de Ljubljana marquera le début d'une refonte réelle de l'OSCE, qu'elle permettra d'adopter les premières décisions pratiques et le plan d'action pour 2006", a-t-il dit.
L'OSCE qui fête cette année son 30e anniversaire a été conçue en tant que forum permettant de promouvoir un dialogue équitable sur la sécurité en trois dimensions (politico-militaire, économique et humanitaire), et elle l'a été au cours des premières années de son existence, a rappelé le ministre. "Ces dernières années, l'OSCE a pratiquement oublié cette fonction et s'est mise à l'écart des problèmes réellement actuels et importants de la sécurité", a-t-il regretté.
Il ne s'agit toutefois pas d'enterrer cette structure, puisqu'elle offre "toute une série d'avantages: une large couverture géographique (55 États membres), une approche globale de la sécurité, l'égalité des États membres et la règle du consensus", a précisé le diplomate.
Sergueï Lavrov a appelé à actualiser l'agenda politique de l'OSCE afin d'améliorer son efficacité. "Il faut l'orienter sur les défis à la sécurité communs et réorganiser ses structures, institutions et "missions de terrain" en conformité avec ses nouveaux objectifs", a-t-il relevé.
Le chef de la diplomatie russe a dénoncé le "double jeu" propre aux activités courantes de l'OSCE, notamment sur le plan humanitaire, avant d'ajouter que l'observation des élections par le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l'homme (BIDDH) en était un témoignage.
La Russie a envoyé un groupe représentatif d'observateurs au niveau du BIDDH pour surveiller les dernières élections législatives en Azerbaïdjan. Les observateurs russe dénonçaient le manque de transparence et de contrôle de la part des organes dirigeants de l'OSCE, ce qui explique des évaluations largement politisées, a-t-il dit.
Les États membres de l'OSCE se sont engagés à inviter des observateurs internationaux pour surveiller les élections nationales, mais beaucoup d'entre eux n'ont toujours pas inscrit ce principe dans leurs législations respectives. "Certains pays que tout le monde qualifie de démocraties mûres interdisent toute présence d'observateurs internationaux dans les bureaux de vote, ce qui ne les empêche pas de participer aux missions d'observation organisées dans d'autres États membres et d'appeler ceux-ci à confirmer leurs engagements devant l'OSCE", a constaté le ministre.
Pour réaliser une refonte sérieuse de l'OSCE, il faut lui conférer une personnalité juridique, renforcer le rôle dirigeant des organes collectifs intergouvernementaux dans les activités déployées par les institutions et les "missions de terrains" de l'OSCE et passer progressivement des "missions de terrain" aux "missions thématiques", a appelé M. Lavrov.
Le diplomate a également exhorté à "réviser la philosophie même du BIDDH, notamment en matière d'observation des élections", à améliorer les procédures budgétaires et à accroître le rôle politique du secrétaire général de l'OSCE.