Le litige territorial ne doit pas déterminer les relations russo-japonaises (SYNTHESE)

S'abonner
MOSCOU/TOKYO, 17 novembre - RIA Novosti. L'intérêt réciproque de la Russie et du Japon ira s'accentuant, et le litige territorial ne sera plus un facteur déterminant des relations russo-japonaises, a déclaré jeudi à RIA Novosti le directeur adjoint du Centre Carnegie de Moscou Dimitri Trenine.

Il est très peu probable que dans les dix années qui viennent ce problème soit définitivement réglé, car sa solution implique de très sérieux changements dans l'opinion en Russie et surtout au Japon, a notamment estimé l'expert russe, en intervenant à la table ronde "La Russie et le Japon à la charnière des siècles: les moyens d'intensifier la coopération", organisée au siège de RIA Novosti.

Dimitri Trenine a fait remarquer que la Russie est et restera encore longtemps pour le Japon le pays qui a à son égard l'attitude la plus amicale en Asie du Nord-Est.

"Aussi paradoxal que cela puisse paraître, après les trois guerres qui ont autrefois opposé la Russie et le Japon, et à l'issue d'un demi-siècle de confrontation, la Russie est aujourd'hui pour le Japon le pays qui a envers Tokyo l'attitude la plus amicale dans la région asiatique", a indiqué l'expert.

A ce jour, les relations russo-japonaises ont objectivement dépassé la question des territoires contestés, selon l'avis du membre-correspondant de l'Académie des Sciences de Russie, Vassili Mikheïev. Parmi les problèmes de loin les plus importants que l'on doit résoudre "dans l'intérêt des deux pays et dans l'intérêt du développement global", le savant a cité la coopération en matière de sécurité et dans la lutte contre le terrorisme international, les épidémies et les cataclysmes naturels, ainsi que le problème du programme nucléaire coréen.

Somme toute, a supposé Vassili Mikheïev, dans une perspective éloignée, l'évolution des processus d'intégration dans le Nord-Est asiatique déboucherait sur la création d'un espace économique unique et, sur sa base, d'un espace politique unique. Dans un tel cas, le problème territorial se résorberait tout seul à l'avenir, note le savant.

Il serait contre-productif de placer le litige territorial au centre des rapports russo-japonais, est persuadé le président de la Fondation "Politika", Viatcheslav Nikonov.

"En formulant ainsi la question, on pourra attendre très longtemps une solution au problème", a-t-il ajouté.

Viatcheslav Nikonov a tout particulièrement insisté sur la grande signification des échanges d'investissements entre les deux pays et la mise en valeur conjointe de la Sibérie et de l'Extrême-Orient russe.

"La Russie possède, en outre, toute une série de facteurs de force qui sont extrêmement importants pour le Japon. Entre autres, notre pays est membre permanent du Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations Unies (et le Japon essaie depuis longtemps d'obtenir un siège au Conseil de sécurité de l'ONU)", a relevé Viatcheslav Nikonov, en intervenant jeudi à cette même "table ronde" à RIA Novosti.

Le Premier ministre du Japon, Junichiro Koizumi, a qualifié de "difficile et compliqué" le problème territorial.

"Il convient sans doute de bien réfléchir, de se demander s'il faut ou non effectivement se fixer sur cette question précise à ce moment précis", a déclaré jeudi devant les journalistes à Tokyo le chef du gouvernement nippon.

Selon Junichiro Koizumi, au cours de la visite à Tokyo du Président Poutine, qui aura lieu du 20 au 22 novembre prochain, "il est peu probable que les parties puissent parvenir à une solution quelconque par rapport à ce problème ardu qui persiste déjà depuis une soixantaine d'années".

Il y a une semaine, dans une interview au programme "Vesti nedeli" (Actualités hebdomadaires) de la chaîne de télévision "Rossia", le Premier ministre du Japon a notamment déclaré que l'on pouvait développer les relations russo-japonaises même si un problème territorial subsistait.

"(Entre nos pays) il existe un litige territorial dont le règlement nous permettra de conclure un traité de paix, a indiqué en substance Junichiro Koizumi. Afin d'obtenir ce grand objectif qui se pose devant nos deux pays, nous voudrions approfondir nos authentiques rapports de confiance".

Au cours de la rencontre des chefs de diplomatie russe et japonaise qui s'est déroulée mercredi dernier à Pusan, soit la veille du Sommet de l'APEC (Coopération économique dans la zone Asie-Pacifique), le ministre des Affaires étrangères du Japon, Taro Aso, a proposé à son homologue russe, Sergueï Lavrov, un plan de développement économique conjoint des Kouriles Sud.

Selon une source au sein du gouvernement nippon dont les propos sont repris par le journal "Nihon Keizai", "ladite proposition concerne exclusivement les produits de la mer que l'on pourrait "récolter" dans les eaux entourant les quatre îles - Itouroup, Kounachir, Shikotan et Habomai".

Nul n'ignore que le Japon cherche à obtenir la "restitution" de ces îles. Il fait de cette résolution la condition préalable à la signature d'un traité de paix avec la Russie.

A l'issue de la Seconde Guerre mondiale, la partie Sud de l'île Sakhaline et les Kouriles Sud avaient été rattachées à l'Union Soviétique en vertu des ententes internationales appropriées.

Répondant aux questions de ses concitoyens à la télévision en direct fin septembre dernier, le Président Vladimir Poutine a tenu à rappeler que les Kouriles se trouvaient sous la souveraineté de la Russie, et que cela était consacré, comme il se devait, dans des traités internationaux.

"Quoi qu'il en soit, a noté alors le chef de l'Etat russe, à condition d'avoir de la bonne volonté, on trouvera toujours des variantes susceptibles d'arranger les deux parties".

Fil d’actu
0
Pour participer aux discussions, identifiez-vous ou créez-vous un compte
loader
Chat
Заголовок открываемого материала