MOSCOU, 8 novembre - RIA Novosti. Il est prévu de légaliser (amnistier) en 2006 en Russie les travailleurs immigrés illégaux, citoyens des pays-membres de la Communauté des Etats indépendants (CEI), a déclaré mardi devant les journalistes à Moscou Viatcheslav Postavnine, responsable du Service fédéral des Migrations.
"Cette expérience sera lancée au début dans huit régions de la Fédération de Russie, et, si tout se passe comme prévu, près d'un million de citoyens des Etats de la CEI seront alors légalisés", a fait savoir Viatcheslav Postavnine.
Or, a précisé le porte-parole du Service fédéral des Migrations, les délais exacts de cette future légalisation ne sont pas encore définis, et le travail qui se fait à l'heure actuelle vise la création d'une base législative appropriée.
Quoi qu'il en soit, a fait remarquer Viatcheslav Postavnine, il ne s'agit là que de travailleurs immigrés illégaux qui ne sont impliqués dans aucun crime de droit commun.
Commentant les troubles de l'ordre public de ces derniers temps en France, le représentant du Service fédéral des Migrations a noté que le problème des travailleurs immigrés était sans doute plus grave et plus ancien en France qu'en Russie.
"Je pense que ces troubles sont provoqués par le chômage qui touche les immigrés et le fait même que ces derniers ne sont toujours pas intégrés dans la société française. Cela s'explique selon moi par le conservatisme de la société française, ainsi que par l'absence de conditions indispensables à l'intégration de ces immigrés dans la société", a-t-il relevé.
C'est la guerre en Irak qui a servi de détonateur à ces désordres, a estimé Viatcheslav Postavnine.
"Pour ce qui est de la Russie, dans notre situation, nous avons affaire à des gens qui nous sont beaucoup plus proches par la culture, par l'histoire et même par la religion. Somme toute, la Russie est sans doute le pays le plus tolérant, et là, nous pourrions certes servir d'exemple au monde entier", a-t-il dit.
Néanmoins, le président du Conseil de la Fédération (Chambre haute du Parlement russe), Sergueï Mironov, n'exclut pas, pour sa part, que des actes de vandalisme que l'on observe déjà depuis plus d'une dizaine de jours en France puissent éclater dans d'autres pays d'Europe et même en Russie.
Selon Sergueï Mironov, les violences perpétrées en France incitent une fois de plus tant les pays occidentaux que la Russie à prendre en charge les problèmes liés à l'immigration.
"La conclusion s'impose d'elle-même - la Russie doit s'atteler de toute urgence à trouver une solution à ses problèmes démographiques et ce, non pas par le biais d'une augmentation du nombre d'immigrés dans le pays", a déclaré le président de la Chambre haute du Parlement russe.
La Russie ne doit pas résoudre le problème de la pénurie de main-d'œuvre, en recourant à des immigrés, aux personnes venant d'autres pays, même s'il s'agit de citoyens des pays-membres de la CEI, telle est la conviction profonde de Sergueï Mironov. L'expérience de la France en la matière est plus que déplorable, a-t-il indiqué.
Evaluant l'action des organes de l'ordre de France, Sergueï Mironov a estimé qu'ils ne s'acquittaient pas toujours de leur tâche.
"Les violences font rage depuis déjà environ deux semaines, ce qui prouve que les structures de maintien de l'ordre public en Europe ne sont tout simplement pas capables de remplir les tâches qui leur incombent", a-t-il fait remarquer.
D'après le directeur de l'Institut d'analyse et d'évaluations stratégiques, Sergueï Oznobichtchev, les événements tragiques de ces derniers jours en France et en Belgique n'ont pas été planifiés, mais préparés tout au long de l'évolution de la société occidentale où une tension immense s'est accumulée au fil des années, tension qui repose sur l'écart abyssal entre les populations les plus riches et les plus pauvres, et sur la différence dans les droits effectifs entre les populations de souche et les immigrés.
Pour désamorcer la "crise des banlieues", un très sérieux programme socio-économique est nécessaire, a indiqué l'expert dans un entretien téléphonique avec RIA Novosti.
"Quoi qu'il en soit, le problème provient du fait que les gens issus des pays musulmans ne s'assimilent généralement que très difficilement à la société occidentale. La plupart du temps, ils continuent de vivre au sein de leur communauté très fermée et selon leurs propres lois. Il est évidemment encore tôt de parler d'une guerre de civilisations, mais on assiste déjà bien ici à un certain élément d'une rupture entre civilisations, et la nécessité de surmonter ladite rupture constitue un grand défi tant pour l'Ouest que pour l'Est", a dit en conclusion Sergueï Oznobichtchev.