Testament d'Yitzhak Rabin: "Donnez la chance à la paix"

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MOSCOU, 3 novembre - Marianna Belenkaïa, commentatrice politique, RIA Novosti. Regardons les événements de fin octobre-début novembre.

Le Premier ministre d'Israël, Ariel Sharon, a de nouveau annoncé la poursuite de la construction du mur de séparation entre Israéliens et Palestiniens. Dans le même discours, il a cependant réaffirmé son soutien indéfectible au processus de paix dans la région. Et en réponse à l'attentat suicide à Khadera fin octobre dernier, l'Etat hébreu lance à présent toute une série de représailles musclées...

Comment pour autant ne pas se souvenir des paroles du feu Premier ministre israélien, Yitzhak Rabin: "Nous lutterons contre la terreur comme s'il n'y avait pas de négociations de paix. Et nous mènerons des négociations comme si la terreur n'existait pas". C'est justement la phrase qu'a citée récemment le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, à l'issue de ses négociations avec la direction palestinienne à Ramallah, le jour même de l'attentat sanglant à Khadera. Le chef de la diplomatie russe a souhaité aux Palestiniens et aux Israéliens de suivre l'exemple d'Yitzhak Rabin.

Dix années viennent de s'écouler depuis le jour de la disparition tragique d'Yitzhak Rabin. Il avait été assassiné le 4 novembre 1995, le jour du sabbat, à l'issue d'un rassemblement monstre en faveur de la paix à Tel-Aviv. Selon la version officielle, son assassin est Ygal Amir, étudiant à une Université religieuse.

Depuis cette dernière décennie, chaque anniversaire de la mort violente de Rabin marque une nouvelle étape dans la révision de tout ce qui se passe au Proche-Orient. D'une année à l'autre, les gens en Israël et en Palestine se demandent si Rabin avait raison ou tort de serrer la main du président de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), Yasser Arafat, sur la pelouse de la Maison-Blanche à Washington en septembre 1993.

"De toutes les mains dans le monde, ce n'était pas celle que j'aurais voulu, voire rêvé, toucher", se souvenait par la suite Yitzhak Rabin. Quoi qu'il en soit, il l'a bien fait. Debout sur la pelouse de la Maison-Blanche, le Premier ministre israélien a dit alors, en paraphrasant l'Ecriture sainte: "Le temps de la paix est venu. Nous autres, soldats qui sont revenus des guerres, en vêtements entachés de sang, nous qui avons vu la mort de nos parents et de nos proches, nous qui sommes venus d'un pays où les parents enterrent leurs enfants, nous qui avons combattu contre vous, Palestiniens, disons-nous maintenant haut et fort: on en a assez du sang et de la discorde".

Fils d'originaires de la Russie tsariste (son père fut de l'Ukraine, et sa mère de la Biélorussie), Yitzhak Rabin avait souvent été le premier. Ainsi, il était devenu le premier Premier ministre - sabra (citoyen juif d'Israël, natif du pays), et fût également Premier ministre de l'époque le plus jeune (Yitzhak Rabin avait occupé ce poste à l'âge de 52 ans). Qui plus est, il était le premier général à la tête du gouvernement. Mais le plus important est qu'il fut le premier à signer des accords de paix avec les Palestiniens. Cela lui avait valu le Prix Nobel de la paix qu'il avait partagé à l'époque avec Shimon Perez, alors ministre israélien des Affaires étrangères, et Yasser Arafat.

Encore du vivant de Rabin et d'autant plus après sa disparition, certains estimaient que ces accords étaient erronés et même dangereux. De telles opinions se faisaient entendre des deux côtés, tant au niveau israélien que palestinien. On prétendait et l'on prétend toujours que les accords signés renferment des pièges pour un processus de paix ultérieur dans la région. De surcroît, une partie des Israéliens accusent Rabin, en faisant remarquer que le processus de paix n'a pas apporté de sécurité en Israël, les attentats se multipliant même, alors que les Palestiniens ont pu se munir d'armes légales. Néanmoins, c'est justement la volonté de garantir la sécurité qui avait poussé Yitzhak Rabin à entamer des négociations avec les Palestiniens.

Cette même volonté inspire aussi Ariel Sharon.

La situation qui s'était créée en Israël en 1992-1995 ressemble beaucoup à celle que l'on peut observer aujourd'hui. En effet, les négociations que Rabin menait à l'époque avec les Palestiniens, les Syriens et d'autres Arabes partageaient le pays en deux camps. D'énormes manifestations se déroulaient en Israël. Les Israéliens protestaient contre le départ de l'Etat hébreux des territoires arabes occupés. La Knesset était déchirée par des conflits intestins. Tout cela ressemble beaucoup aux développements de l'été 2005 quand Ariel Sharon s'est mis à mettre en application son plan de retrait des colonies de peuplement juives de la bande de Gaza et d'une partie de la Cisjordanie.

Et tout comme en 2005, il y a dix ans, les démarches tendant à la paix étaient suivies de bombes qui explosaient sans cesse en Israël. En réponse, Israël adoptait des mesures militaires et arrêtait les négociations. Dans ce sens, Rabin "colombe" n'a certes pas été moins dur que Sharon "faucon". C'est que l'esprit humain garde en mémoire ce qui lui convient.

Quoi qu'il en soit, il y a un point qui distingue bien Rabin et Sharon. C'est Israël lui-même, c'est-à-dire Israël d'aujourd'hui et Israël du début des années 1990. Depuis ces douze dernières années, les Israéliens ont vécu la désillusion des négociations de paix. Tant les Israéliens eux-mêmes que les Palestiniens ont été déçus les uns des autres. L'euphorie et les illusions d'autrefois ont disparu. Ce n'est pas par hasard, en effet, qu'à la différence de Rabin, Sharon nie toute possibilité des "négociations sous le feu". La tactique de Saron correspond à celle d'un homme qui comprend que la confrontation est sans issue, mais qui ne croît pas que la coexistence soit possible pour autant. Mais Rabin, lui, y croyait bien.

Et c'est justement cette foi qui a ouvert la voie vers la paix pour les Palestiniens et les Israéliens. Et c'est sans doute l'héritage le plus précieux de Rabin. Grâce à son courage, il n'y a plus d'alternative à la paix, et ce quel que soit le leader, qu'il soit israélien ou palestinien, qu'il soit "faucon" ou "colombe". Y compris pour Ariel Sharon. Il reste seulement à savoir quel chemin il empruntera pour atteindre cet objectif final. Ce chemin est aujourd'hui moins évident qu'autrefois. Qu'est-ce qui est plus précieux - les accords impossibles à réaliser ou la sécurité, garantie par la force? Comme résultat, on n'a en attendant ni sécurité réelle ni accords opérationnels. Il n'y a que le testament de Rabin - "donnez la chance à la paix".

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