MOSCOU, 19 octobre - Olga Sobolevskaïa, commentatrice de RIA Novosti.
La Russie reste largement en retard par rapport aux autres pays du monde sur le plan de l'égalité hommes-femmes, selon le dernier rapport du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), intitulé "Russia in 2015: Development Goals et Policy Priorities" (La Russie en 2015: objectifs et priorités du développement).
Tout en gardant leurs positions en matière d'accès à l'enseignement et à l'emploi, les femmes ont toutefois plus de mal que les hommes à accéder aux échelons supérieurs du pouvoir, reconnaît la porte-parole de la mission russe du PNUD, Viktoria Zotikova.
Les femmes politiques partagent cette conclusion. L'élite politique russe est "purement masculine", déclarait le 7 octobre Ekaterina Lakhova, présidente du comité de la Douma pour les femmes, la famille et la jeunesse, dans un discours à la conférence internationale "Les femmes et la démocratie". Aujourd'hui, les femmes occupent 70% des postes dans les collectivités locales, mais plus la hiérarchie est élevée, moins le sexe faible y est présent, poursuivait cette députée qui dirige aussi le mouvement Femmes de Russie. Sur 450 députés de la chambre basse, on ne compte que 44 femmes, et sur 180 sénateurs de la chambre haute il n'y a que 9 femmes. Valentina Matvienko, ancienne vice-première ministre des affaires sociales et ex-ambassadrice à Malte et en Grèce, est l'unique femme gouverneur, à Saint-Pétersbourg.
Ces statistiques poussent les féministes à dénoncer une culture politique "masculine" en Russie. Les femmes se plaignent du fait qu'elles supervisent un nombre limité de questions: la famille, la santé, la maternité, l'enfance et l'enseignement. Un résultat qui n'est que trop modeste pour un pays où les femmes représentent plus de la moitié de la population et où 30% des épouses gagnent plus que leurs époux.
En Russie, les femmes ont été particulièrement actives dans la politique pendant les moments critiques de l'histoire. Il suffit de rappeler la révolutionnaire Alexandra Kollontaï, première femme diplomate et partisane de l'amour libre. Pendant et après la "perestroïka", la députée Svetlana Goriatcheva, la dissidente N°1 Valeria Novodvorskaïa, la députée tchétchène Saji Oumalatova, ou encore la femme du physicien Andreï Sakharov, Elena Bonner occupaient le rang des femmes les plus actives. Le cas de Raïssa Gorbatcheva est unique: elle a renoncé au mutisme propre aux épouses des leaders du parti et, sans occuper un poste officiel, est devenue le bras droit de son mari, "Mme la perestroïka". En suivant l'exemple de la first lady, les autres femmes politiques se sont mises à s'habiller de façon plus élégante et féminine.
La vice-présidente de la Douma, Lioubov Sliska, est aujourd'hui l'une des femmes les plus en vue de la politique russe. Elle est dotée d'un charme féminin et d'un cerveau masculin. Selon Mme Sliska, les députées "sont plus consciencieuses et responsables, créatrices vis-à-vis de leurs responsabilités, et elles créent une ambiance de discipline à la Douma en faisant preuve dans les débats de savoir-faire, d'érudition, de retenue et de bienveillance vis-à-vis de leurs adversaires politiques". "Il faut établir une parité entre les sexes dans la politique", renchérit la députée de droite Irina Khakamada, une dame extravagante qui refuse d'accepter le rôle d'outsider. L'ancienne ministre Ella Pamfilova reste également dans l'ombre. Sa candidature ayant été éliminée à la dernière présidentielle, elle dirige aujourd'hui le Conseil auprès du président pour la promotion des institutions de la société civile et des droits de l'homme. Néanmoins, affirme la féministe Maria Arbatova, même les femmes politiques haut placées n'exercent pas une réelle influence sur le processus politique. On sait par expérience que lorsque la proportion des femmes dans le parlement est en-dessous de 20%, les lois relatives à la protection des droits de l'enfant fonctionnent mal. Les mouvements féminins devraient s'impliquer davantage dans le travail des partis politiques, appelle Ekaterina Lakhova.
Par contre, les femmes sont plus présentes dans la recherche et l'entreprise. Les patronnes organisent souvent des forums, et on voit se lancer dans les affaires des comédiennes, des présentatrices de télévision, des sportives, des femmes médecins et des enseignantes. Le champ de leurs activités est varié, allant des parfums aux conserves en passant par les soins de beauté et la haute couture.
Les grandes entreprises demeurent un domaine purement masculin, mais on trouve des millionnaires parmi les femmes d'affaires, dont l'épouse du maire de Moscou, Elena Batourina, qui fait partie du classement Forbes. Un millionnaire sur vingt est une mère élevant son enfant sans mari, constate la vice-directrice de l'Institut des études sociales d'ensemble (Académie russe des sciences), Natalia Tikhonova. "Psychologiquement, les femmes russes s'adaptent plus facilement aux nouvelles conditions socio-économiques", explique la présidente de l'Académie russe des entreprises, Irina Gorboulina. Les PME russes ont un visage plutôt féminin: dans beaucoup de régions, la plupart des PME sont dirigées par des femmes. La femme russe n'a pas le temps de se plaindre de l'écart entre ses droits et ses possibilités. "L'image d'une femme intelligente, forte et ambitieuse s'est formée en Russie. Les dames sont de plus en plus nombreuses à occuper un poste de direction dans les banques. Une Russe occupant un poste dirigeant, c'est la fermeté et la souplesse, le pragmatisme et l'autoperfection ainsi que la responsabilité sociale".
Toutefois, la Russie a un bon bout de chemin à faire pour rejoindre les pays scandinaves qui tiennent le haut du pavé en termes de parité hommes-femmes.