La Russie et l'UE ont changé et elles ont besoin d'un nouveau traité de coopération

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MOSCOU, 5 octobre - Nikolaï Kavechnikov, chercheur à l'Institut de l'Europe de l'Académie des sciences de Russie, en exclusivité pour RIA Novosti. Le principal acquis du récent sommet Russie - UE de Londres consistait non pas dans la signature d'accords sur des questions précises mais dans le fait que les Européens ont accepté l'idée de la Russie d'élaborer un nouveau traité global destiné à remplacer l'Accord de partenariat et de coopération de 1994.

 Comme l'a indiqué au cours de ce sommet le président Poutine, "nos rapports ont besoin d' "une base juridique rénovée et conforme aux réalités modernes".

Car l'Accord de 1994 n'est conforme à l'état actuel des relations entre la Russie et l'Union européenne que dans une très faible mesure.

En 1994, la Russie accomplissait ses premiers pas dans la mise sur pied d'un système politique démocratique, elle traversait une crise économique profonde et ne faisait qu'aborder la création de l'économie de marché. Aujourd'hui, une économie de marché stable existe déjà en Russie, économie qui, malgré ses déséquilibres structurels, affiche ces dernières années des taux de croissance soutenus et très élevés. Un système politique de type démocratique s'est aussi affermi et fonctionne sans à-coups. La démocratie russe est très jeune mais ses défauts réels sont visibles justement sur la toile de fond des progrès immenses qu'elle a réalisés.

Mais l'Union européenne a changé, elle aussi. En 1994, elle se composait de 12 pays qui venaient de lancer le programme de création d'une union économique et monétaire et tentaient pour la première fois d'appliquer une politique extérieure commune. Aujourd'hui, l'Union compte 25 membres ; une monnaie commune existe ; une conception de politique extérieure commune et de sécurité a été élaborée ; les instruments de son application ont été créés et une considérable expérience a été accumulée en la matière. En même temps, suite à l'adhésion à l'Union de pays d'Europe centrale et de l'Est, l'Europe est entrée dans une période de transformations profondes et douloureuses. Les différenciations au sein de l'Union se sont approfondies. Les problèmes liés à la ratification de la Constitution européenne ont mis à nu les contradictions existantes au sujet des axes de développement de l'UE.

Pour son époque, l'Accord de partenariat et de coopération était un document d'une grande portée. L'APC a ainsi imposé un nouveau cadre aux rapports politiques entre la Russie et l'Union européenne. Il a formulé le principe de la coopération stratégique qui demeure à bien des égards lettre morte et immature, mais crée toutefois un contexte général propice à la promotion des rapports entre les parties. Un système d'institutions communes, dans le cadre desquels les contacts rehaussent lentement mais sûrement le niveau de confiance mutuelle, fonctionne sur la base de l'Accord. Plusieurs accords importants s'inscrivent dans le prolongement de l'APC : sur la coopération policière, sur la coopération dans la sphère de la science et de la technique, sur le programme multilatéral de sécurité nucléaire, etc. Un dialogue énergétique intense se poursuit depuis plusieurs années. En mai 2005, les parties signaient les "feuilles de route" sur les quatre espaces communs (économie; liberté, sécurité et justice; sécurité extérieure; recherche, éducation et culture - ndlr). Même si ces documents ne sont que des déclarations d'intentions, ils ont fixé les axes de la future coopération entre les parties.

Mais les années qui se sont écoulées depuis ont fait ressortir dans le texte de l'APC de nombreux défauts. Englobant formellement trois sphères : l'économie, la politique, la culture - l'Accord de 1994 accorde une attention insignifiante à la politique et à la culture. Le dialogue politique réel aborde de nombreux thèmes non mentionnés dans l'APC et son format a changé avec la création du Conseil de partenariat permanent. Dans la sphère de la régulation des échanges, l'APC copie les dispositions du GATT-OMC. Au début des années 1990, c'était un important pas en avant mais, dans deux ans, avec l'adhésion de la Russie à l'Organisation mondiale du commerce, cette partie de l'accord perdra toute signification. Mais, l'essentiel, l'objectif principal de cet accord, à savoir aider la Russie à mener ses réformes économiques et politiques, a fait son temps lui aussi. Aujourd'hui, les rapports Russie-UE se fondent sur le principe de la coopération entre partenaires égaux et sur l'idée de l'intégration partielle dans certains secteurs des "espaces communs".

Dans le contexte d'une base contractuelle visiblement périmée, les rapports entre la Russie et l'UE se sont transformés en une série de "projets ronflants" et en un marchandage obstiné sur une multitude de questions concrètes. Le mécanisme en place ne fait que reproduire les crises, grandes et petites.

Cette situation fait le jeu des forces politiques en Europe qui trouvent avantageux de diaboliser la Russie et pour lesquelles le maintien de l'image de la Russie en tant que pays imprévisible et potentiellement inamical est l'unique moyen de consolider leurs propres positions au sein de l'Union.

L'idée d'élaborer un nouvel accord qui soit remplacera, soit complétera l'APC représente donc une chance de se débarrasser des illusions et de tracer les axes d'une coopération pragmatique sur la base de valeurs sinon identiques du moins proches. Fait réjouissant, l'initiative d'élaborer un nouvel accord revient à la Russie. C'est le signe que Moscou en finit avec sa "politique de réaction aux problèmes apparaissant" sur l'axe européen.

Aujourd'hui, c'est le moment idéal pour lancer un débat énergique sur les perspectives des relations entre Moscou et Bruxelles. Le règlement des problèmes de l'UE engloutit la majeure partie des ressources de l'Union. La Russie dispose d'une chance de proposer son initiative à ses partenaires européens, d'élaborer sa conception du futur accord et, par cela même, de définir un agenda des négociations reflétant ses propres intérêts.

L'authentique partenariat stratégique avec l'Europe est donc une nécessité pour la Russie du moment que les Européens la poussent à poursuivre sa modernisation politique et économique. Souvent, cette position de l'Europe agace Moscou, mais elle l'aide à surmonter les réticences d'une partie de la société et de la bureaucratie en Russie.

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