L'empire "Gazprom" a englouti "Sibneft"

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MOSCOU, 4 octobre. (Sergueï Koltchine, docteur en économie, maître de recherches à l'Institut d'économie internationale et d'études politiques /IMEPI/ de l'Académie des Sciences de Russie pour RIA Novosti).

Fin septembre dernier, le géant russe "Gazprom" et la compagnie de gestion "Millhouse Capital" ont signé les documents d'acquisition par le monopoliste gazier russe de 72,663% des actions de "Sibneft". La somme de cette transaction se monte à quelque 13,091 milliards de dollars. Auparavant, "Gazprom" avait acheté 3,016% des actions de "Sibneft" à "Gazprombank". De ce fait, "Gazprom" contrôle désormais 75,679% des actions de "Sibneft".

Ainsi, "Gazprom" est en train de devenir une compagnie énergétique plurisectorielle, dont les actifs ne relèvent pas uniquement de l'industrie gazière, mais aussi de l'industrie du Pétrole et de la production d'électricité. Ajoutée à sa propre extraction de pétrole (environ 3% de toute la production de brut en Russie), son actuelle production dépassera dorénavant 10% du total de l'extraction de pétrole dans le pays. Qui plus est, "Gazprom" devient maintenant l'un des plus gros "acteurs" sur le marché pétrolier russe. Quoi qu'il en soit, le Service fédéral antitrust de la Fédération de Russie s'est empressé de rassurer tout le monde, en disant qu'il ne voyait pas de raisons de refuser à "Gazprom" le droit d'acquérir un paquet d'actions de "Sibneft". "A l'heure actuelle, sur le marché pétrolier, aucun acteur ne détient une part dépassant 20%. Même à l'issue de la transaction en question, "Gazprom" n'aura pas de positions dominantes sur le marché", a expliqué le vice-directeur du Service fédéral antitrust, Anatoli Golomolzine.

Mais qu'a donc acquis "Gazprom" en la personne de "Sibneft"? La compagnie pétrolière russe "Sibneft" figurait à juste titre parmi les leaders de la branche, bien que ses résultats à la production en 2005 soient relativement modestes par comparaison avec ceux de ses collègues dans le secteur pétrolier. En effet, le volume de l'extraction de pétrole par "Sibneft" n'a pratiquement pas augmenté au cours du premier semestre de l'année en cours. Pire, la presse rapporte que cette compagnie pétrolière a même déçu ses propres investisseurs. C'est qu'à l'issue de l'année dernière, "Sibneft" a réduit ses bénéfices de 10,2% (si bien que ses bénéfices auraient pu ne pas suffire pour payer les dividendes prévus). Et tout récemment, on a appris les résultats très peu réjouissants en matière de volumes de production de brut par "Sibneft". Néanmoins, nul n'ignore que cette compagnie était bien connue par le passé pour la croissance record de sa production. Et voilà que maintenant "Sibneft" risque de devenir l'unique compagnie russe qui produira cette année moins de pétrole que l'année dernière. Toutefois, à l'issue de 2004, sa part dans la production nationale de pétrole a constitué 3,4 millions de tonnes, ce qui n'est guère négligeable, surtout si l'on y ajoute sa part dans "Slavneft" - encore 10 millions de tonnes.

De surcroît, selon la comptabilité pour 2004, présentée par "Sibneft" elle-même, cette dernière a tout de même augmenté ses recettes. Ainsi, selon les résultats financiers consolidés établis conformément aux standards US GAAP et publiés en juillet 2005, les recettes de "Sibneft" ont augmenté en 2004 par rapport à l'année précédente de 32% pour se monter à quelque 8,89 milliards de dollars. En 2004, les bénéfices nets de "Sibneft" ont constitué 2,05 milliards de dollars.

N'oublions pas, non plus, qu'avec les actions de "Sibneft", "Gazprom" deviendra sans doute propriétaire d'autres actifs pétroliers russes de la compagnie "Millhouse" qui n'appartiennent pas directement à "Sibneft" qui les consolide cependant dans sa comptabilité selon les standards US GAAP. On citera notamment parmi de tels actifs 49,5% des actions de "Slavneft" et de ses filiales (autant d'actions appartiennent aussi à "TNK-BP"), 36,84% des actions ayant le droit de vote des Raffineries de Moscou et 49% des parts dans la société "Sibneft-Yugra".

Somme toute, les changements dans le futur rapport des forces dans le secteur pétrolier russe sont tout à fait évidents. Néanmoins, le résultat de cette transaction est sans doute beaucoup plus intéressant du point de vue de la politique économique pratiquée à présent en Russie. Dorénavant, l'Etat va contrôler pratiquement un tiers de toute la production de pétrole dans le pays ("Rosneft" + "Youganskneftegaz" redevenue publique + "Sibneft" avec la moitié de "Slavneft" + propre production pétrolière de "Gazprom"). On a tout lieu de considérer ce fait comme une sorte de retour à la conception du capitalisme d'Etat. Dans le même temps, pratiquement parallèlement à la réalisation de la transaction "Gazprom"-"Sibneft", les principaux ministres chapeautant le secteur économique au gouvernement fédéral, et plus précisément Alexeï Koudrine et Guerman Gref, ont fait des déclarations sur l'inutilité d'une augmentation ultérieure de la part de l'Etat dans l'économie. C'est sans doute un signal pour le "consommateur extérieur" pour le rassurer de l'attachement invariable de la Russie aux réformes de marché. Ou, peut-être, c'est une preuve des divergences au sein des échelons supérieurs du pouvoir quant à la stratégie de leur réalisation. On ne le sait pas pour le moment. Et ce d'autant plus qu'il importe sans doute peu aux partenaires occidentaux effectifs de la Russie de savoir qui va leur fournir du pétrole et du gaz, des compagnies publiques ou privées. Ce qui compte beaucoup plus pour eux, c'est le respect infaillible par la Russie de ses engagements en matière de fournitures. Ainsi, si c'est effectivement un signal pour l'Occident, c'est plutôt un signal politique à l'intention de l'opinion publique. Ajoutons-y encore les déclarations des officiels russes qui affirment que la transaction a été effectuée à des "conditions de marché transparentes", ce qui doit aussi rassurer en partie l'Occident.

Or, la réaction du marché russe des valeurs à cette transaction a été tout à fait explicite. L'acquisition par "Gazprom" d'un paquet d'actions de "Sibneft" a mis en effervescence tout le marché russe des valeurs. Tout de suite après la nouvelle de cette acquisition aussi importante, l'indice RTS a franchi la barre des 1 000 points.

Toujours est-il que des changements majeurs sont attendus sur le marché russe du pétrole et du gaz. Tout porte à croire que, très prochainement, la structure même du secteur pétrogazier deviendra semblable à celle qui existe aujourd'hui dans les pays les plus industrialisés du monde. Autrement dit, sa base sera constituée par deux ou trois transnationales qui vont intégrer très organiquement le marché énergétique mondial, en rapportant ainsi d'importants dividendes au pays lui-même.

L'entrée au sein de "Gazprom" de l'une des plus grosses compagnies pétrolières de Russie aurait, selon plusieurs experts, toute une série de conséquences positives, en premier lieu, en ce qui concerne l'intégration de nos structures pétrogazières dans l'économie mondiale. Pourtant, l'expérience des fusions et des absorptions précédentes au sein du complexe pétrogazier russe prouve qu'il est prématuré d'évaluer définitivement la récente vente de "Sibneft".

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