L'Ouzbékistan dois être non pas isolé mais compris

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MOSCOU, 4 octobre - Piotr Gontcharov, commentateur politique de RIA Novosti.

Les ministres des Affaires étrangères des 25 pays membres de l'Union européenne réunis à Luxembourg ont adopté une résolution sur l'Ouzbékistan. Ce document visant manifestement à isoler cette république centrasiatique n'a rien d'inattendu. En effet, c'est vers ce dénouement qu'avait évolué l'"affaire ouzbèque" restée dans le collimateur de l'UE et, surtout, des Etats-Unis, après les événements qui s'étaient déroulés au mois de mai dernier dans la ville ouzbèque d'Andijan. Des troubles massifs avaient alors été réprimés par la force.

L'effet des sanctions rappelées dans la résolution (interdits frappant les ventes d'armes à l'Ouzbékistan et les voyages en Europe de plusieurs membres en vue de l'entourage du président Karimov) est nul. Ni l'Europe, ni les Etats-Unis ne sont en mesure, seuls, d'isoler l'Ouzbékistan si ses partenaires n'ont pas l'intention de le faire. D'ailleurs, les sanctions en question ont été imaginées en tant que démarche propagandiste. Leurs promoteurs misaient surtout sur un soutien moral des Etats-Unis qui doivent faire face à des problèmes dans cette partie du monde. Il est évident que les Etats-Unis et, par la suite, l'UE ont durci leur position à l'égard de l'Ouzbékistan après l'échec des tentatives entreprises par le sous-secrétaire d'Etat américain, Daniel Fried, pour convaincre le président Islam Karimov de prolonger la durée de la présence d'une base américaine sur l'aérodrome militaire ouzbek de Karchi-Khanabad.

Rappelons qu'au début de l'épopée d'Andijan Washington en la personne du secrétaire d'Etat avait presque enjoint le président ouzbek, Islam Karimov, d'entreprendre une enquête internationale sur les événements d'Andijan. "En ce qui concerne des conséquences éventuelles, je pense que l'Ouzbékistan ne tient pas à s'isoler de la communauté internationale", avait dit alors la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice.

Le fond du problème, c'est qu'il n'y a pas de remplacement valable à la base américaine de Karchi-Khanabad. Pour atteindre Kaboul, les avions stationnés sur la base de Gansi, à l'aéroport international Manas de Bichkek, la capitale de la Kirghizie, mettent deux fois plus de temps et consomment approximativement deux fois plus de kérosène. Quant à l'aéroport Manas, il est déjà surchargé. Qui plus est, l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) a adopté une résolution invitant les Etats-Unis à fixer la date butoir de la présence de leurs bases militaires en Asie centrale. Le plus inattendu et le plus accablant aussi pour Washington, c'est que la résolution de l'OCS a été signée aussi par le Kirghizstan, sur le territoire duquel se trouve la dernière base des Etats-Unis en Asie centrale.

Le procès de participants à la rébellion d'Andijan a lieu actuellement à Tachkent et le fait que l'on y ait annoncé que l'ambassade des Etats-Unis en Ouzbékistan était impliquée dans les désordres massifs s'étant produits dans cette ville a également joué un rôle non négligeable dans les événements actuels.

Les sanctions prises par l'Union européenne ne représentent pas grand chose dans le litige opposant les Etats-Unis à l'Ouzbékistan. Il y a quelques jours un projet de résolution sur la mise en mouvement à la Cour pénale internationale d'une action contre le président Islam Karimov a été soumise à l'examen du Congrès américain. Le Comité des affaires internationales du Congrès exige que le président George W.Bush se serve de l'influence des Etats-Unis au Conseil de sécurité de l'ONU pour obtenir que le président ouzbek soit châtié pour les événements d'Andijan.

La principale accusation portée presque à l'unisson par les Etats-Unis et l'UE c'est un "recours disproportionné à la force" contre les émeutiers. La question concernant l'adéquation ou l'inadéquation de l'emploi de la force pour assurer la sécurité constitue toujours un dilemme pour tout Etat. L'Ouzbékistan ne fait pas exception. Et c'est justement la raison pour laquelle la Russie n'est pas le seul pays ayant un point de vue différent sur la situation. Pour nous, ce qui s'est passé en Ouzbékistan est une tragédie, seulement l'appréciation que nous donnons aux dessous de ces événements est diamétralement opposée à celle des défenseurs occidentaux des droits de l'homme, a déclaré le ministre russe de la Défense, Sergueï Ivanov. Selon lui, la Russie n'entend pas limiter ses livraisons d'armes à Islam Karimov.

De l'avis d'Anatoli Beliaev, expert du Centre d'étude de la conjoncture politique, l'Occident doit se montrer extrêmement prudent dans l'application des standards européens de la démocratisation, surtout à l'égard des sociétés à population musulmane prédominante. Cet expert pense notamment que si à l'égard de la démocratisation de l'Ouzbékistan on agit comme le recommande l'Occident, alors il y a de fortes chances pour que dans cette république centrasiatique on obtienne un résultat contraire à celui qui est recherché, à savoir une islamisation brutale qui sortira loin des frontières de la république. Pour Anatoli Beliaev, si Tachkent n'avait pas alors fait preuve de résolution, les événements d'Andijan auraient peut-être eu un prolongement dans les républiques voisines, à savoir la Kirghizie et le Tadjikistan. En outre, dans le contexte de la politique réelle, Moscou et Tachkent ont beaucoup d'intérêts communs dans des domaines comme la stabilité régionale - politique et sociale - et la coopération économique. Pour ce qui est des complications observées dans les relations entre l'Ouzbékistan et l'Occident, l'expert estime qu'il serait bien que ce dernier prête l'oreille aux politiques et spécialistes qui connaissent les problèmes de la région autrement que par la lecture d'articles de presse.

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