Russie: L'époque des "oligarques" est en train de basculer dans le passé

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MOSCOU, 29 septembre - Vassili Kononenko, commentateur politique de RIA Novosti. Une lutte extrêmement âpre pour le pouvoir a éclaté au sein de la plus grande organisation d'employeurs en Russie qu'est l'Union des industriels et des entrepreneurs de Russie (RSPP).

Les membres du Bureau de la RSPP se sont réunis à huis clos pour discuter du remplacement de l'actuel président de l'Union, Arkadi Volski, qui se trouve à ce poste depuis sa création il y a quinze ans.

Le "problème du leader de la RSPP" augurait dès le début de sa discussion publique en août dernier une révision cardinale de toute la stratégie de la RSPP et une tentative d'élaborer des règles civilisées du jeu avec le pouvoir. Le Bureau a recommandé au Conseil d'administration de la RSPP d'entériner la candidature d'Alexandre Chokhine au poste de président de l'Union.

A l'heure actuelle, Alexandre Chokhine est président du Conseil de coordination des Unions d'employeurs et chef du Conseil d'observation de la compagnie d'investissement "Renaissance Capital". Quoi qu'il en soit, nombreux sont les hommes d'affaires qui n'excluent pas des surprises vendredi prochain, quand le Conseil d'administration de la RSPP se réunira.

L'intrigue entourant la présentation de la candidature du leader de la RSPP s'est poursuivie pendant plusieurs mois pour atteindre son apogée au moment du "vote de popularité", procédure de scrutin souple qui a associé la veille les membres du Bureau de la RSPP. 26 bulletins de vote ont été distribués (en tout, 27 personnes font partie du Bureau de la RSPP, Mikhaïl Khodorkovski ne participait pas à ce scrutin). Ces bulletins comportaient trois rubriques. Dans la première figurait le nom d'Alexandre Chokhine. La deuxième rubrique renfermait le nom d'Igor Yourguens qui a occupé pendant quatre ans le poste de vice-président de la RSPP avant de passer, en janvier dernier, à "Renaissance Capital". La troisième rubrique restait vide. A l'issue du scrutin, Igor Yourguens a récolté 98 points, et Alexandre Chokhine seulement 93. Or, un autre représentant de "Renaissance Capital", Oleg Kisselev (président du Conseil des directeurs de cette société) a recueilli, lui, 31 points. Les résultats du scrutin se sont avérés pour le moins inattendus parce qu'Alexandre Chokhine était considéré comme principal candidat à ce poste. On prétend même que sa candidature aurait été concertée au Kremlin. Quoi qu'il en soit, l'apparatchik chevronné - Arkadi Volski - a réussi cette fois encore à trouver et à manoeuvrer les leviers nécessaires pour inverser la situation en sa faveur.

Contrairement à des ententes enregistrées auparavant en coulisse et selon lesquelles après l'élection du nouveau leader de la RSPP, Arkadi Volski acceptait d'être président honorifique de l'Union, ce dernier a tout fait pour provoquer une scission. Il est épaulé par les membres du Conseil d'administration de la RSPP où prédominent ceux que l'on appelle les "directeurs rouges" qui sont devenus de gros hommes d'affaires à l'issue des privatisations d'anciennes entreprises publiques au début des années 1990. Ils ont sans doute beaucoup plus d'affinités avec Volski qui est lui-même issu de l'ancienne "nomenklatura" (Arkadi Volski a jadis travaillé au sein de l'appareil du Parti communiste de l'Union Soviétique). Le Bureau de la RSPP est contrôlé par les "barons" du business russe. Ce sont justement ces derniers qui ont lancé, le printemps dernier, la discussion sur la relève du leader de l'Union des industriels et des entrepreneurs de Russie car ils étaient persuadés que le dialogue entre le business et le pouvoir était moins compromis par l'"affaire YOUKOS" que par la passivité manifeste de Volski.

Somme toute, Arkadi Volski s'acquittait fort bien de ses fonctions à l'époque "eltsinienne", quand les "oligarques" constituaient de fait un pouvoir parallèle dans le pays. C'est sous leur pression que de très importantes décisions étaient adoptées au Kremlin, et que nombre de lois dont le business avait grand besoin étaient tout bonnement "achetées", témoignent les députés à la Douma d'Etat (Chambre basse du Parlement russe). Mais dès que le pouvoir s'est raffermi, et Vladimir Poutine a proclamé le principe de "l'équidistance face aux oligarques", le potentiel lobbyiste de la RSPP s'est tout de suite retrouvé en chute libre. Rien d'étonnant à ce qu'au printemps dernier, certains hommes d'affaires très puissants, tels que Mikhaïl Fridman, Vladimir Lissine, Vladimir Potanine et Vladimir Evtouchenkov, ont réclamé la démission immédiate de l'actuel président de l'Union des industriels et des entrepreneurs. A l'issue de tergiversations apparemment interminables, Arkadi Volski a fini par accepter une démission honorable mais à condition que la candidature du nouveau président de la RSPP soit concertée avec lui.

Quoi qu'il en soit, tout porte à croire qu'Alexandre Chokhine a montré trop de hâte à entrer dans ses nouvelles fonctions. Dans une récente interview, il a, par exemple, déclaré sans ambages que tout le problème de la RSPP résidait dans son actuel leader. "Volski ne peut que réagir aux événements, alors qu'il faut anticiper les problèmes qui se posent à présent au business et même les devancer d'un pas", a notamment affirmé Alexandre Chokhine dans le cadre de cette interview. En réponse, l'"offensé" a exhorté ses sympathisants au sein du Conseil d'administration de la RSPP à intervenir contre Chokhine. La menace d'un conflit imminent entre les membres du Bureau et du Conseil d'administration de l'Union des industriels et des entrepreneurs a incité bien des hommes d'affaires influents à changer d'avis au cours du "vote de popularité". Aussi, ont-ils voté pour Igor Yourguens dont la candidature apparaît de toute évidence plus conciliante. Quoi qu'il en soit, en votant "à main levée", les membres du Bureau de la RSPP ont accordé leur préférence à Alexandre Chokhine.

Il est difficile de conjecturer dans quel état d'esprit les membres du Conseil d'administration de l'Union des industriels et des entrepreneurs de Russie qui sont, de préférence, issus du business moyen, se rendront vendredi prochain à Moscou. Toujours est-il que seul le Congrès de la RSPP est en droit de destituer Arkadi Volski. Et si ce dernier revient sur les ententes enregistrées, ni le Bureau ni le Conseil d'administration de l'Union n'y pourront rien.

Dans le même temps, tout le monde comprend qu'une telle tournure des événements signifierait tout simplement le crash complet de la RSPP en tant qu'organisation de lobbying du gros business contrôlant 85% du produit intérieur brut (PIB). Dans une telle éventualité, les hommes d'affaires les plus influents dans le pays n'accepteraient jamais de n'avoir aucun pouvoir décisionnel, et la RSPP cesserait finalement d'exister. Or, un tel scénario est très peu probable à cause justement de l'instinct de conservation toujours très présent dans le milieu des affaires. Tout indique que le Conseil d'administration de la RSPP n'entrera pas en conflit ouvert avec le Bureau et que Volski sera finalement destitué. Néanmoins, toutes les "passions" qui se sont déchaînées autour de l'Union des industriels et des entrepreneurs prouvent avec évidence que l'époque des "oligarques" manipulant le pouvoir est en train de basculer dans le passé. Aujourd'hui, il est vital pour le business de mener un dialogue transparent avec le pouvoir.

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