Législatives tchétchènes: l'occasion pour les partis russes de tester leurs forces

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MOSCOU, 26 septembre - Iouri Filippov, commentateur politique de RIA Novosti.

Les élections au parlement bicaméral tchétchène prévues pour le 27 novembre seront un événement peu ordinaire pour les partis politiques russes. Le président de la Douma (chambre basse du parlement) et leader du parti pro-présidentiel "Russie Unie" Boris Gryzlov les a déjà qualifiées de "démarche responsable de portée nationale". Les procédés électoraux malhonnêtes et la guerre des pièces compromettantes typiques des campagnes électorales russes n'auront pas droit de cité aux élections tchétchènes, ont récemment déclaré les représentants des partis politiques russes réunis à Grozny sous la présidence du chef adjoint de l'administration présidentielle Vladislav Sourkov et des autorités de la région fédérale du Sud. Il est clair que l'organisation impeccable des élections en Tchétchénie est une affaire d'honneur pour les politiques russes, d'autant plus que les élections attireront sur elles l'attention soutenue d'un grand nombre d'observateurs internationaux.

Mais ces élections sont beaucoup plus importantes pour la Tchétchénie. L'adoption de la Constitution républicaine en mars 2003 l'a placée au même rang que les vingt autres républiques de la Fédération de Russie. Mais la Tchétchénie reste toujours la grande exception des processus politiques en cours en Russie.

La question de la souveraineté de la république a divisé la société tchétchène avant l'adoption de la Constitution. Les Tchétchènes ne s'intéressaient pas aux autres questions politiques suscitant des débats dans le reste du pays. Mais les habitants de la république ne se sont pas politisés à la manière russe après la confirmation à l'issue du référendum républicain de l'appartenance de la Tchétchénie à la Fédération de Russie. Il est difficile de trouver des Tchétchènes communistes ou des militants du parti libéral-démocrate de Vladimir Jirinovski ou encore du parti "Rodina" à Grozny. Des antennes de tous les partis russes, y compris des partis libéraux "Iabloko" et "Union des forces de droite" existent dans la capitale tchétchène, mais leur influence sur la vie politique et économique de la république est insignifiante.

Cette situation profite au parti pro-présidentiel "Russie unie" qui est souvent associé au pouvoir russe en Tchétchénie. Ces dernières années, "Russie unie" a participé aussi activement que possible aux campagnes électorales tchétchènes organisées dans cette république instable. Plus de 420.000 personnes, soit plus de 75% des électeurs tchétchènes, ont voté pour "Russie unie" aux élections à la Douma (chambre basse du parlement russe) en décembre 2003. En mars 2004, plus de 90% des Tchétchènes qui se sont rendus aux urnes ont appuyé la candidature de Vladimir Poutine au poste de président russe. "Russie unie" a invité les Tchétchènes a adopter la Constitution républicaine au référendum de mars 2003, a soutenu Akhmad Kadyrov à l'élection présidentielle six mois plus tard, avant de faire élire un autre candidat au poste de président - Alou Alkhanov - après la mort d'Akhmad Kadyrov en mai 2004.

Il ne fait guère de doute qu'une nouvelle victoire électorale viendra compléter en novembre la liste des succès de "Russie unie". Ce parti a précisément la possibilité de mettre dans sa campagne électorale l'accent sur le rétablissement et le développement économique de la Tchétchénie. Le "parti du pouvoir" a certainement plus de ressources pour régler les problèmes importants de la Tchétchénie que ses concurrents.

L'intention d'obtenir 60 pour cent des sièges au parlement républicain exprimée par le président de l'antenne régionale de "Russie unie" Rouslan Iamadaïev paraît donc tout à fait réaliste. Il a sans doute raison de dire que si les partis étaient seuls à participer aux élections et s'il n'y avait pas de circonscriptions uninominales, "Russie unie" obtiendrait 58 mandats sur les 58 disputés.

Toutefois, la marche triomphale de "Russie unie" a son envers. Les autres partis, qui hésitent déjà à mettre le pied en Tchétchénie, peuvent perdre tout accès à la république en cas d'échec aux prochaines élections. Ce n'est pas par hasard que "Russie unie", sûr de sa victoire, a été le seul parti à avoir formé une liste électorale et à avoir nommé ses candidats dans les circonscriptions majoritaires. Les autres partis sont dans l'expectative, mais ils ne pourront pas renoncer à participer aux législatives. La "question tchétchène" occupe une place centrale dans les programmes de tous les partis russes et il est temps de vérifier si la Tchétchénie soutient leur "politique tchétchène".

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