L'uniforme scolaire remis au goût du jour en Russie

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MOSCOU, 25 août. (Olga Sobolevskaïa, commentatrice de RIA Novosti). La veille de la rentrée, le 1-er septembre, alors que l'on procède aux derniers achats de fournitures d'école, on se rend à l'évidence que l'uniforme scolaire est remis au goût du jour en Russie.

Sa mission première maintenant sera d'entretenir chez les enfants un esprit corporatif, le sentiment de fierté pour son établissement d'enseignement, pour la "marque".

Il y aura autant d'uniformes qu'il y a d'écoles, privées et publiques. L'uniforme deviendra ainsi un signe d'identification, un élément de la symbolique qui distingue les élèves d'une école de prestige des écoliers d'un autre établissement. En Grande-Bretagne et aux Etats-Unis cette pratique ancestrale a fait ses preuves. En Russie on attend d'elle aussi qu'elle "dissimule" l'inégalité sociale des enfants, atténue le contraste des possibilités financières des familles russes.

Pour les parents l'uniforme règle bien des problèmes. Plus besoin de se casser la tête chaque matin à choisir l'habillement de l'enfant en partance pour la classe. Les familles n'ont pas toutes les moyens d'acquérir des vêtements élégants et en vogue. Selon les sociologues, 70% des parents se prononcent en faveur de la réintroduction de l'uniforme. Ceux qui y sont formellement opposés ne sont que 7 pour cent. Dans certaines écoles on est revenu à l'uniforme sur décision du comité de parents d'élèves. Les instituteurs eux aussi soulignent que l'uniforme a des vertus disciplinaires et incite au travail. Les régions ont même été jusqu'à accepter de fournir gratuitement l'uniforme aux familles nécessiteuses. Son coût est au minimum de 250-300 roubles (le dollar s'échange contre 28,5 roubles).

Dans les années 1990 du siècle dernier l'école avait presque totalement abandonné l'uniforme, considérant qu'il constituait un triste souvenir du système qui s'attachait à niveler et à réglementer tout ce qui pouvait l'être. En 1992, l'uniforme scolaire a été interdit de port en vertu de la nouvelle loi De l'instruction. Les écoliers se rendaient en classe dans tous les accoutrements, même en blouson rocker riveté de métal, en jean déchiré. Certaines écolières s'exhibant même avec des rangées de perles autour du cou. D'autres enfants moins bien lotis achevaient d'user les vêtements des frères et soeurs aînés. Cette liberté vestimentaire n'avait fait que creuser davantage le fossé entre les riches et les pauvres. Les écoliers s'étaient divisés en castes: tirés à quatre épingles, les enfants de parents opulents se tenaient à distance de leurs camarades de classe habillés plus modestement. Les rejetons des nouveaux Russes paradaient à l'école vêtus d'habits et de toilettes provenant tout droit de boutiques de stylistes prestigieux.

C'était l'époque de la négation de nombreuses traditions. Dans les années 1990 on avait oublié, Dieu seul sait pourquoi, que l'uniforme scolaire existait en Russie depuis le XIX-e siècle. Les lycéens et les élèves des pensions de jeunes filles nobles le portaient. Dans un premier temps le pouvoir soviétique avait supprimé ce "vestige du passé". Par la suite les écoliers avaient rendossé l'uniforme. Une tunique grise pour les garçons, une robe marron et un tablier noir pour les filles, ces dernières portant en supplément un ruban marron dans les cheveux. Les jours de fête les écolières mettaient un tablier blanc et le ruban devenait blanc. Les garçons portaient aussi une casquette et briquaient la boucle de leur ceinturon jusqu'à la rendre étincelante au soleil. Les enfants se rendaient à l'école le cartable à la main ou accroché sur le dos.

En général cet uniforme était bien toléré par les écoliers soviétiques. C'est vrai qu'il était un tantinet lugubre: gris, marron, noir. Des couleurs qui, de l'avis des psychologues, ont quelque chose d'opprimant. La tenue des garçons rappelait l'uniforme militaire, les jours de fête les écolières ressemblaient à des soeurs de charité.

A l'école primaire cet uniforme est resté en vigueur jusque dans les années 1990. Dans le secondaire un uniforme bleu marine a par la suite été institué pour les garçons. Après les adolescents ont commencé à porter un uniforme bleu, des vestes et des gilets étant même confectionnés pour les filles. Pour ces mêmes psychologues le bleu tout comme le vert, le bleu ciel et le beige ont un effet bienfaisant sur la mentalité. Le cartable a été remplacé par le sac à dos.

Maintenant il y a autant d'uniformes que l'on veut: la gamme des couleurs va du bordeaux au violet en passant par l'argenté. Tissus à carreaux, chemise et col blanc sont en vogue. Les garçons suivent la mode et se mettent à la cravate. Les emblèmes varient selon les écoles. Par contre, il est malséant d'arriver à l'école affublé d'un jean et d'un débardeur à l'effigie d'une idole pop ou d'un grand de la politique mondiale. Mais peut-être qu'en Russie les choses évolueront comme au Japon où maintenant c'est l'uniforme scolaire qui détermine la mode adolescente.

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