MOSCOU, 4 août - par Viktor Litovkine, commentateur militaire de RIA Novosti.
Le centre d'information de l'ONU à Moscou a organisé le 3 août dernier un point de presse portant sur le trafic illicite d'armes légères.
Pour réaliser l'ampleur du problème il suffit de citer quelques chiffres. Plus de mille sociétés de 98 pays fabriquent des armes légères, mais 13 pays restent dominants sur le marché (Allemagne, Autriche, Belgique, Brésil, Chine, Espagne, France, Grande-Bretagne, Israël, Italie, Russie, Suisse et USA). On dénombre actuellement 639 millions d'armes légères dans le monde, dont au moins 59% sont détenues légalement par des civils. Ces armes tuent tous les ans plus de 300 000 personnes, dont seulement 90 000 dans les guerres, les conflits internationaux, interethniques et locaux ainsi que dans les attentats terroristes.
Ces chiffres figurent dans le rapport "Small Arms Survey 2003: impasse pour le développement" publié par l'Institut universitaire des hautes études internationales (Genève) pour l'ONU. Plus de 100 pays, la Russie comprise, se sont réunis il y a un an à New York pour débattre des mesures à prendre en vue d'endiguer le trafic illégal d'armes légères et de petit calibre.
"Notre pays a intérêt à prendre des mesures radicales et efficaces pour réprimer la prolifération illégale et la fabrication non licenciée d'armes légères dans les différents pays du monde", a déclaré à RIA Novosti le délégué russe à la conférence de New York, Piotr Litavrine, qui dirige le département de la sécurité et du désarmement au ministère russe des Affaires étrangères. À son avis, ces mesures doivent également concerner la marque russe Kalachnikov dont certains pays d'Europe de l'Est, aujourd'hui membres de l'OTAN et de l'Union européenne, poursuivent le trafic.
Mais le problème ne vient pas seulement du fait que la Russie perd beaucoup d'argent (selon des experts indépendants, la fabrication non licenciée d'armes légères fait perdre à Moscou près de 100 millions de dollars, ce qui correspond au volume de ses exportations légales), c'est que le trafic illégal porte un énorme préjudice à sa réputation. Quand des terroristes tuent des innocents avec des fusils Kalachnikov, que ce soit dans les montagnes afghanes ou dans une rue de Bagdad, personne ne se soucie de savoir qui a fabriqué ces armes. Les soupçons pèsent sur la Russie, même si Rosoboronexport, exportateur officiel d'armements russes, ne vend pas d'armes à des particuliers ou à des ONG, ses clients étant uniquement des institutions officielles.
L'ONU est persuadée que le problème des fournitures d'armes légères, en particulier illégales, nécessite un règlement urgent. Toutefois, les avis sont partagés sur la façon dont il faut empêcher que les armes légères soient écoulées vers des marchés "gris" (semi-officiels) et "noirs" (clandestins). Pourquoi? Parce que cela fait le jeu des principaux groupes d'armement du monde.
La production d'armes légères et de munitions accessoires a rapporté 7 milliards de dollars en 2000 (faute de données actualisées), dont 70% pour le compte des États-Unis et de l'Union européenne. Qui voudrait renoncer à ses bénéfices? D'autant plus que la constitution américaine permet à n'importe qui d'acheter et de posséder des armes légères à des fins d'autodéfense. Nul ne va annuler ou modifier la loi fondamentale.
Que peut-on donc faire? Pour l'instant, les pays membres de l'ONU ont convenu de renforcer le contrôle national et international du trafic d'armes légères, de perfectionner la protection des stocks d'arsenaux, d'étiqueter chaque arme à feu et chaque cartouche. Ils se sont également entendus sur la nécessité d'encourager, sur le plan financier et humanitaire, la réintégration des anciens criminels à la vie normale, et la mise en place de campagnes d'achat d'armes et de munitions non recensées détenues par la population.
Depuis plusieurs années ces campagnes ont permis d'acheter à la population presque 6 000 armes légères et 140 tonnes de munitions en Albanie, 2 800 armes légères et 300 000 cartouches dans la République du Congo, plus de 15 000 armes légères, 60 000 grenades et 5 millions de cartouches en Bosnie-Herzégovine, 4 000 armes légères, 400 000 mines, cartouches et engins explosifs en Macédoine. Une goutte d'eau par rapport au nombre d'armes qui circulent encore dans le monde entier et continuent de tuer des innocents. Mais, selon l'ONU, c'est le premier pas qui compte.
La conférence de New York n'a débouché sur aucun document commun et contraignant, elle a juste établi le diagnostic en faisant quelques recommandations dont l'application sera examinée d'ici douze mois.