MOSCOU, 4 août - par Petr Gontcharov, commentateur politique de RIA Novosti.
Est-ce que les ultimatums réciproques formulés par l'Union Européenne (UE) et l'Iran à propos du programme nucléaire iranien ont été sérieux?
La "troïka" européenne (France, Allemagne et Grande-Bretagne) a menacé de suspendre les négociations et de renvoyer au Conseil de Sécurité de l'ONU le dossier iranien, si Téhéran relançait son programme d'enrichissement d'uranium. L'Iran a déclaré, en réaction, que de telles menaces étaient inefficaces et que personne ne pouvait porter atteinte à son droit légitime de développer des installations du cycle du combustible nucléaire. Sa décision de reprendre les activités d'enrichissement d'uranium est irrévocable, a-t-il insisté.
Tels sont les derniers développements de la situation autour du dossier nucléaire iranien qui s'est retrouvée dans une impasse début août. Est-ce que le dossier iranien sera renvoyé devant le Conseil de Sécurité de l'ONU entraînant l'adoption de sanctions et l'isolement de l'Iran?
Les parties semblaient avoir trouvé un compromis tant désiré pendant le dernier volet des négociations à Londres. La troïka européenne a promis de présenter une série de propositions économiques, politiques et techniques à la partie iranienne fin juillet ou début août.
Selon les informations recueillies, les propositions contiennent peu d'exigences et sont plutôt judicieuses: elles prévoient notamment la construction d'une centrale nucléaire avec le concours de sociétés occidentales, l'approvisionnement en combustible nucléaire à long terme, des garanties de sécurité nationales et internationales, l'intensification de la coopération commerciale et économique avec l'Occident, la transformation de l'Iran en fournisseur principal de pétrole et de gaz en Europe. Des préférences sont offertes à l'Iran en échange d'un moratoire sur son programme d'enrichissement d'uranium.
Après avoir considéré les propositions comme "tout à fait acceptables et positives", Téhéran a brusquement changé de ton et a considéré la date butoir de présentation des propositions fixée par la "troïka" (6 août) comme une tentative pour gagner du temps avant de déclarer qu'il fallait reprendre l'enrichissement d'uranium pour équilibrer la situation. Cette déclaration de Téhéran a obligé la "troïka" européenne et le Haut Représentant de l'Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité commune Javier Solana, à avertir l'Iran que l'UE réclamerait une réunion exceptionnelle du Conseil des gouverneurs de l'AIEA pour régler le problème du programme nucléaire iranien.
Pourtant la convocation de la session spéciale du Conseil des gouverneurs ne sera pas décidée avant septembre, échéance pendant laquelle, selon les experts, le nouveau gouvernement iranien et le président Mahmoud Ahmadinejad auront déjà défini la politique internationale du pays, et ce notamment en matière du programme nucléaire classé prioritaire par M.Ahmadinejad. Pour le moment, celui-ci a la ferme intention de défendre le droit iranien à développer le cycle du combustible nucléaire en dépit de toutes les propositions européennes et éventuelles sanctions.
De toute évidence, la position du nouveau président, énoncée d'ailleurs pendant sa campagne électorale, est la raison principale du tournant radical pris par Téhéran dans le dialogue avec l'UE. La délégation iranienne qui participe aux négociations avec l'UE semble attendre que l'administration Ahmadinejad précise sa position après l'investiture du président. La question est de savoir si l'Iran reviendra sur les ententes intervenues avec la "troïka" européenne et si son adversaire principal - Washington - adoptera une position ferme à son égard.
Fait curieux, les États-Unis, qui ont pris l'initiative de régler le problème iranien et ont cherché tous les prétextes pour renvoyer immédiatement le dossier iranien devant le Conseil de Sécurité de l'ONU, se montrent désormais beaucoup plus indulgents. Le porte-parole du Département d'État américain Tom Casey a même déclaré que l'intention iranienne de relancer les activités d'enrichissement d'uranium ne violait pas l'entente Iran-UE.
Qu'est-ce qui se cache derrière ce changement d'attitude? Washington voudrait, probablement, offrir au nouveau pouvoir iranien la possibilité de montrer à quel point il est efficace, ce qui nécessite du temps. Mais cela ne signifie pas que la Maison Blanche changera sa position à l'égard de l'Iran.
Il est fort probable que Téhéran profitera, comme il l'a déjà fait, de la pause pour peser le pour et le contre du développement de son programme nucléaire et qu'il prêtera l'oreille à l'appel de la "troïka" européenne qui l'a enjoint à ne pas "reprendre les activités suspendues ni à prendre d'autres mesures unilatérales".